L'Express-L'Impartial - 15 avril 2010
Daniel Droz
L'industrie horlogère suisse a fait appel aux travailleurs frontaliers à partir des années 1960. Un universitaire neuchâtelois publie une étude sur le cas de Tissot sur une période de 20 ans, allant jusqu'à 1980. La situation est difficilement comparable à celle vécue aujourd'hui. Interview.

«Les frontaliers, s'ils sont très sensibles à la conjoncture, ne s'inscrivent pas uniquement dans le segment inférieur du marché du travail, ceci grâce à leurs qualifications». C'est une des nombreuses conclusions à laquelle le chercheur Francesco Garufo est parvenu dans une étude consacrée au travail frontalier dans l'horlogerie entre 1960 et 1980. Il s'appuie sur le cas de l'entreprise Tissot du Locle, qui lui a ouvert ses archives (voir encadré). A l'époque, les travailleurs frontaliers qualifiés ont mieux résisté à la grande crise des années 1970 que leurs concitoyens non qualifiés.
Francesco Garufo, peut-on comparer la situation actuelle à celle d'avant la grande crise horlogère des années 1970?
Personnellement, je ne pense pas. Tout d'abord parce que la structure de l'horlogerie a radicalement changé. Aujourd'hui, quelques grands groupes contrôlent l'essentiel de la production horlogère, qui a donc été considérablement concentrée par rapport à la situation antérieure à la crise du milieu des années 1970, où la branche était extrêmement fragmentée. Cela donne tout d'abord une assise financière importante aux principaux producteurs horlogers, ainsi que la possibilité de contrôler beaucoup mieux l'ensemble de leur production et de la commercialisation de leurs produits (distribution, marketing, etc...).
Ensuite parce que le positionnement par rapport au marché mondial a été redéfini: il ne s'agit plus forcément de vendre dans tous les segments, mais de viser clairement une certaine clientèle pour chaque marque. De plus, le travail effectué sur le «swiss made» garantit aussi l'image de marque de l'horlogerie suisse, qui me semble par conséquent beaucoup plus solide qu'à la veille de la crise horlogère... Lire la suite de l'article
