Chronique d'une renaissance annoncée

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Une petite marque qui monte et dont on ne paie pas encore la notoriété.

Revolution #8 - Automne-hiver 2010-2011Michel Beziat

Les marques d'horlogerie les plus discrètes ne sont pas forcément de belles endormies. Question de moyens et de personnalité sans doute… Loin des campagnes de pub tapageuses, des communiqués de presse en avalanche, des innovations forcément mondiales, et finalement de tout ce qui fait le marketing d'aujourd'hui, il est des marques à l'histoire prestigieuse qui accomplissent chaque jour du beau travail dans la discrétion de leurs ateliers. Eterna est l'une d'elles. Et mérite à vrai dire qu'on s'y arrête.

 

Points positifs

— Une petite marque qui monte et dont on ne paie pas encore la notoriété.

— Des modèles équipés de mouvements manufacture disposant d'un excellent rapport qualité prix, comme la Madison 3 aiguilles avec mouvement à dispositif “Spherodrive” à 5'950 CHF.

— Quelques rééditions de pièces historiques originales en série limitée, comme la Super KonTiki de 1973 équipée d'un intéressant bracelet en milanais.

 

Points négatifs

— Avec moins de 300 points de vente dans le monde et quelques milliers de pièces vendues par an, la marque manque encore d'une notoriété qu'elle mérite pourtant largement étant donné son prestigieux passé.

— Encore seulement 15% de mouvements faits maison.

— Des designs encore très - trop ? - classiques

 

Voici une marque dont le nom la prédestinait à s'inscrire pour toujours dans l'histoire de l'horlogerie. Et c'est ce qui se produira, mais par d'autres moyens… Cette fabrique d'ébauches, créée en 1856 par Josef Girard et Anton Schild sous le nom de “ Dr Girard et Schild ”, est en effet à l'origine d'un fabricant d'ébauches devenu l'un des premiers producteurs de mouvements au monde : ETA, contraction d'Eterna… Être à l'origine d'ETA – excusez du peu – est forcément le signe d'un héritage industriel hors du commun.

 

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On se souviendra donc que si la première montre Eterna à être intégralement fabriquée dans les ateliers de Granges en fut expédiée en 1876, la manufacture fut un pionnier des montres bracelets, avec le dépôt dès 1904 d'une demande de brevet pour un boîtier de montre-bracelet spécial avec “ attaches de sécurité mobiles ”. 

En 1908, elle invente la première montre-bracelet avec fonction réveil. En 1914, à l'occasion de l'Exposition Nationale Suisse, elle présente la première montre-bracelet produite en série, et en 1926 une montre-briquet qui se remonte lorsqu'on l'allume ! En 1928, la marque dépasse le million d'ébauches fabriquées et vendues et en 1930 elle signe la réalisation du plus petit mouvement baguette fabriqué en série pour équiper des montres-bracelets pour dames. C'est en 1932 que Théodore Schild, descendant du fondateur, opte pour la séparation de la fabrique d'ébauches, qu'il nomme ETA S.A., et de la marque Eterna proprement dite, qui continue à se consacrer à la fabrication de montres de précision.

Encore une invention majeure en 1948 puisque la maison est à l'origine de la masse oscillante montée sur roulement à billes, un système nommé en son temps “ Eterna–Matic ” et devenu depuis un standard universel des mouvements automatiques. Les cinq billes feront désormais partie intégrante du logo d'Eterna… 

 

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Renouer avec ses origines de grande manufacture

Le tournant a lieu dans les années 1980 lorsque l'ensemble entre dans le giron de SMH, futur Swatch Group. Quelques années plus tard, les deux entités sont séparées et la marque Eterna est vendue au Groupe PCW qui la cède en 1995 à la famille Porsche. Cette dernière va s'appuyer sur Eterna pour fabriquer ses propres montres sous la marque Porsche Design. 

Même privée d'une partie de sa structure industrielle depuis sa revente par le Swatch Group, Eterna dispose encore en effet d'un savoir-faire plus que centenaire et d'un formidable réseau de sous-traitants, dont, bien entendu, ETA avec qui elle a gardé des liens privilégiés. Et de fait les nouveaux propriétaires comprennent vite qu'il ne s'agit pas de laisser une aussi belle marque péricliter au profit de la leur. Eterna a été l'une des plus grandes manufactures de Suisse, fabriquant chacun de ses modèles de A à Z et approvisionnant nombre de marques prestigieuses ; il ne tient qu'à elle qu'elle le redevienne.

 

 

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Un nouveau calibre par an

C'est en 2001 que l'impulsion est donnée et qu'Eterna reprend le développement de ses propres calibres. Le premier mouvement maison de la “ nouvelle ” Eterna est le 6036. Pour une renaissance, la maison a préféré viser haut en développant le premier chronographe automatique à quatre barillets pourvu de compteurs à affichage digital et remise à zéro pilotée ; une merveille de technologie produite à 20 exemplaires par an mais réservée à Porsche Design et son modèle “ Indicator ”. 

C'est donc pour ses 150 ans, en 2006, que la manufacture va présenter le premier calibre qu'elle produira en grande série à partir de 2007 : le 3030. Il s'agit d'un mouvement mécanique à remontage automatique ultraplat, de grande taille – 30 mm -, avec fonction grande date et dont la forme lenticulaire – plus mince à sa périphérie qu'en son centre, une caractéristique des calibres Eterna – confère aux montres qu'il équipe une impression de finesse encore plus grande. Dès lors, à son rythme, Eterna va présenter un nouveau mouvement tous les ans. 

Chacun est construit à l'interne par ses bureaux techniques, et la marque en assure la fabrication des ponts et des platines, ainsi que l'assemblage. Échappement, taillage et décolletage sont encore confiés à des sous-traitants. À présent, ce sont donc 15% des montres d'Eterna qui battent au rythme de calibres maison, soit environ 4'000 montres, le reste étant majoritairement équipé de mouvements ETA. 

 

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Superbe calibre de forme

Parmi ces calibres, dont la sophistication et le niveau de finition n'ont fait que croître avec le temps, on retrouve notamment le 3510, présenté dans le modèle Madison à Bâle 2010. C'est un superbe mouvement de forme, mécanique à remontage manuel, avec grande date, disposant de 8 jours de réserve de marche et du système breveté exclusif “ Eterna Spherodrive ” : ses deux barillets sont en effet montés sur roulement à billes en oxyde de zirconium non lubrifiées, ceci afin d'éviter l'usure de ces composants exposés à des forces intenses lorsque le ressort qu'ils contiennent est entièrement remonté. 

Fort de ses caractéristiques techniques et de ses finitions haut de gamme, le 3510 d'Eterna ne déparerait assurément pas dans la collection d'une grande manufacture… Eterna ne compte pourtant pas s'arrêter là. Un nouveau calibre de 13 1/4''' est en préparation pour 2011. Actuellement en test, ses performances et ses capacités s'annoncent très prometteuses. Son nom ? Le calibre 38. Il est juste fort dommage qu'on nous ait fait jurer de ne pas en dire plus pour l'instant à son sujet…







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