Le feuilleton de la maison de ventes aux enchères genevoise tourne définitivement au roman noir avec l'arrivée de deux loups gris venus de Californie.
Stéphane GachetSOURCE : L'Agefi (Lausanne, 30 mai 2008)ENCHERES : «Pas d'orchidées pour Antiquorum»
Plus noir que la fiction, conditionnel exigé. Une semaine après un changement de mains contesté, Antiquorum pourrait tomber aux pieds de nouveaux actionnaires, qui deviendraient majoritaires pour quelques ridicules 100.000 francs de plus. Bafouant une première recapitalisation de 2,1 millions de francs (2100 titres à mille francs) décidée en janvier dernier, le directeur de la maison, John Tsukahara, aurait fomenté un nouveau tour de table de 2,2 millions de francs, assorti d'une promesse de 5 autres millions. Une manière cavalière d'ouvrir la porte à des mercenaires de la dernière heure, Gerald et Bernie Chase. Un père, un fils et un pédigrée plus gris que le marché du même nom. Le duo d'affairistes californiens serait preneur de la totalité des 2200 nouveaux titres – non émis à ce jour – leur assurant la haute main sur une enseigne qu'ils verraient d'un bon oeil rejoindre leur propre société d'encan spécialisée dans les voitures. Les 2,2 millions de francs seraient déjà versés sur un compte bloqué et la propriété des parts validée par acte notarié. Malgré la tromperie éhontée qui entourerait cette transaction et malgré le noeud juridique qui étrangle Antiquorum depuis l'été dernier (lire «L'Agefi» du 12 novembre 2007).Le cavalier blanc est entaché d'un pédigrée troubleLa réputation sulfureuse des deux loups blancs californiens ne fait que pimenter une opération désespérée de John Tsukahara et de ses éminences noires, Evan Zimmermann, à la tête de la filiale américaine d'Antiquorum et Wiliam Rohr, nouveau COO d'antiquorum Suisse. Le flashback s'impose. En 2006, le fonds d'investissement japonais Artist House a repris 50% de la maison genevoise pour 30 millions de dollars. John Tsukahara, membre du conseil, est alors nommé directeur d'Antiquorum. Osvaldo Patrizzi, créateur de la société, en est évincé et l'affaire tourne au règlement de compte juridique. De son côté, le véhicule de placement Quants, propriétaire de près de 37% d'Artist House, rejoue OK Coral. Antiquorum est mis sous perfusion financière dès l'automne 2007. L'hiver sonne le glas du directeur de Quants. En début d'année, deux membres du conseil, dont le CEO d'Artist House, sont éjectés. John Tsukahara perd son siège au conseil d'administration, mais conserve la direction d'Antiquorum. Dans le même temps, l'ex-CEO de Quants reprend la moitié des 37% d'Artist House en mains de Quants et s'associe avec Forever Most Investment après une alliance avec le hongkongais Chronicle. Une entité active dans l'horlogerie, qui avait consenti un prêt de 10 millions de dollars à Antiquorum en 2006. Une ardoise dont le règlement avait été stoppée net avec l'arrivée de John Tsukahara. Enfin, Forever Most Investment rachète Antiquorum en désespoir de cause (lire «L'Agefi» du 16 mai). La prochaine étape aurait dû être l'éviction définitive de John Tsukahara, qui a de toute évidence décidé de jouer les prolongations. Le happy end n'en sera que plus cinglant. James Hadley Chase aurait adoré.
La concession californienne Symbolic de Bernie Chase