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Les secrets d'Aurel Bacs

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Une moisson de nouveaux records du monde. Des collectionneurs plus acharnés que jamais. Les enchères horlogères vivent un printemps explosif, qui dément le pessimisme économique ambiant.
Enchères_320414_0CHRISTIE'S : Aurel Bacs, le recordman des enchères de montresAurels Bacs détient aujourd'hui la majorité des dix premiers records d'enchères pour des montres. Quels sont ses secrets pour attiser les passions des collectionneurs ?Les enchères tiennent parfois de la magie. Elles réservent même aux plus blasés des surprises, comme celles des dernières vacations à Genève ou à Hong Kong.
Enchères au meilleur niveau chez Christie's : des Patek Philippe et des Rolex, toutes plus exceptionnelles les unes que les autres et plus convoitées que jamais par une élite de collectionneurs internationaux. De quoi redonner confiance pour l'avenir et confirmer la place de l'horlogerie dans le peloton de tête des « valeurs sûres » et « investissables » des différentes productions des beaux-arts contemporains.

Enchères un peu inquiétantes, comme un vente chez Antiquorum qualifiée de « catastrophique » par les professionnels de la place genevoise). Vente qui a vu le prestigieux marché de la collection se transformer, le temps d'une vacation, en marché de l'occasion, voire en « solderie », avec de nombreux lots bradés, faute d'enchérisseurs sérieux, y compris pour des grandes marques ou des montres qu'on ne trouve généralement que sur liste d'attente (François-Paul Journe, Jaeger-LeCoultre, Roger Dubuis ou même Patek Philippe). En valeur catalogue (prix des montres neuves ou quasiment neuves dispersées par un amateur espagnol), les lots avaient une valeur d'environ 25 millions de francs suisses. Sous le marteau, ils ont produit un peu plus de 8 millions…Questions à Aurel Bacs, qui a orchestré de main de maître la vente Christie's, à propos des nouvelles enchères horlogères et qui détient actuellement environ les deux-tiers des dix premiers records du monde en matière d'enchères horlogères.Résultats explosifs, mais moins de lots vendus ?
Aucun trouble, avec un pourcentage de pièces vendues qui reste hors du commun : 346 lots attribués sur 384 proposés. C'est tout simplement que l'exceptionnel se vend beaucoup plus cher, alors que les propositions plus classiques marquent le pas. Les vrais amateurs, qui sont apparemment plus passionnés que jamais, acceptent aujourd'hui de payer au prix fort des pièces qui ne repasseront pas de sitôt sur le marché. On est passé d'une structure de consommation en tonneau à une structure de marché en sablier. Tonneau : quelques pièces exceptionnelles en haut de tableau, beaucoup au milieu, un peu en entrée de gamme. Sablier : beaucoup d'offres exceptionnelles dans le très haut de gamme, et un bon comportement des modèles courants, mais une complexité croissante et une raréfaction de l'activité pour les pièces intermédiaires.

Ce « sablier » est un structure nouvelle, qui transforme notre approche des enchères et qui rend notre métier plus passionnant que jamais : ce n'est plus une affaire d'investissement, mais un marché de connaisseurs, plus complexes, avec des acteurs plus nombreux et plus experts que jamais. Même les critères de qualité ont changé : une simple lunette de Rolex Submariner peut doubler la valeur d'une montre ! L'état du polissage d'un boîtier peut également doubler la cote d'une Patek Philippe. Des ventes comme celle qui vient d'avoir lieu à Genève, avec une pluie de records du monde battus, dessinent un nouveau paysage horloger : les collections des plus avisés ont pris beaucoup de valeur ces jours-ci… Les enchères doivent désormais prendre en compte cette nouvelle réalité.
 
Vente aux enchères ou spectacle bien rôdé ?
Ce n'est pas que du spectacle, mais un minimum de mise en scène est devenu nécessaire : quelle autre activité humaine ne relève pas aujourd'hui du spectacle ?
On peut se contenter d'énumérer les lots et de les adjuger, mais ce n'est pas ce qu'attendent les amateurs présents dans la salle ou les collectionneurs qui guettent au téléphone. Ces amateurs sont parfaitement capables de faire la différence entre le « cinéma » et l'animation d'une salle. Plus que le champagne ou les pom-pom girls, ils apprécient – en experts et en connaisseurs qu'ils sont devenus – la valorisation des émotions fortes qu'ils recherchent à travers leur passion horlogère.

Ne nous y trompons pas : avec la diffusion d'une nouvelle culture horlogère, notamment grâce à Internet, les clients de ces ventes en savent énormément sur les montres. Il y a simplement ceux qui ont une connaissance « livresque » de ces montres et ceux qui savent en ressentir les émotions. Et en apprécier les moindres détails. C'est justement cette part non rationnelle, immatérielle, de la légende attachée à chaque pièce qui crée la différence sous le marteau…Une vraie différence ?
Pour des références identiques, les plus infimes variations  de l'état du boîtier, du cadran ou du mouvement peuvent créer d'importantes survaleurs. Surtout si l'environnement de la montre (écrin, papier, accessoires) est à la hauteur. Les montres « parfaites » voient leur cote exploser. Les « moins parfaites » sont moins performantes. Le marché n'a jamais été aussi sélectif : quand la montre est forte, les amateurs sont d'une grande… générosité ! Les prix sont plus que jamais extrêmes pour des montres extrêmes…Cette embellie horlogère peut-elle durer ?
Pourquoi ne serait-elle pas durable ? La planète des riches clients est plus peuplée que jamais. Quand certains perdent (un peu), beaucoup gagnent : avec un baril de pétrole à 120 dollars, on enrichit les uns sans vraiment appauvrir les autres. Ce qui est important, c'est qu'on ne perçoit aucune crise de confiance dans la valeur des montres de collection : les dernières ventes le prouvent et, sur la durée, on remarque que la cote de ces montres exceptionnelles s'est maintenue malgré l'éclatement de la bulle Internet, le 11 septembre 2001 ou la guerre en Irak. La « crise financière » n'est qu'un épisode supplémentaire, qui ne remet pas en cause l'appétit contemporain pour les vrais « objets culte », appétit qui alimente les batailles d'enchères que nous venons de vivre.« Bataille » ?
Mais oui ! Sinon, la dernière vente n'aurait pas été le second meilleur résultat jamais réalisé par Christie's pour des enchères de montres. On pouvait se poser des questions, avant la vente, avec l'accumulation des mauvaises nouvelles économiques venues des Etats-Unis et du monde bancaire. Il est clair, aujourd'hui que la question de confiance ne se pose plus : les amateurs du monde entier adorent les montres et leurs surenchères sont impressionnantes. Ils ont compris que les montres de collection (vintage) n'étaient plus de simples objets fonctionnels, mais de véritables œuvres d'art, inestimables, chargées d'émotion et presque uniques par leur rareté. Ces montres sont à présent des objets de culture, réalisées par des « artistes » qui ont exprimé en elles plusieurs siècles de traditions. Elles exigent – comme les autres pièces qui relèvent des beaux-arts – de rapports passionnels qui suscitent de terribles convoitises personnelles, ici et maintenant, tout de suite !

Et ce ne sont pas de simples « objets de vitrine » : les amateurs que je connais les portent quotidiennement et ils apprécient le fait que ces montres soient des objets hors mode, qui échappent à la banalité et à l'obsolescence programmée des autres accessoires du quotidien.Propos recueillis par G.P.

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L'émotion à fleur de marteau

On savait que la Patek Philippe 1526 (pièce unique à calendrier perpétuel en acier) allait provoquer les passions. Elle avait été estimée entre 1,5 et 2,5 millions de francs suisses par Aurel Bacs, qui disposait, au moment d'ouvrir les enchères sur ce lot n° 87, d'une bonne douzaine d'ordres écrits, posés par des enchérisseurs des quatre continents. « Je savais que ça allait être très fort », avoue-t-il rétrospectivement.D'emblée, Aurel Bacs entrait dans le vif du sujet, avec une première annonce à un million. Très vite, le ton montait, surtout par téléphone. Première pause autour d'un million huit. Relance à un million neuf, puis escalade jusqu'à 2,2 millions, avec des ordres préalables. Animation dans la salle autour de 2,4 millions, avec une première tentative d'intimidation à 2,5 millions par téléphone, couverte par une enchère de 2,55 millions, histoire de faire croire à l'adversaire qu'on est au bout…Tout pouvait s'arrêter, mais une relance téléphonique à 2,6 millions relance les hostilités. La salle réagit, aussitôt contrée au téléphone et la température monte entre amateurs présents dans la salle jusqu'à 3,1 millions, puis 3,2 millions, jusqu'à 3,4 millions et même 3,5 millions. Sous les applaudissements, celui des deux enchérisseurs qui avait « craqué » juste avant ces 3,5 millions se lève et semble se préparer à quitter la salle. Interpellé par Aurel Bacs, il se ravise, revient s'asseoir et annonce une enchère à 3,55 millions. Son adversaire, faussement fâché de ce retour, se lève à son tour, paraît vouloir quitter la salle, puis revient s'asseoir sous les applaudissement et relance à 3,6 millions.Qui l'emportera ? Aurel Bacs sait qu'il a deux grands collectionneurs en face de lui. Tout va maintenant se jouer sur la psychologie. La tension est palpable. La salle sent se nouer une scène d'anthologie. Dernière passe d'armes : annonce à 3,625 millions pour faire craquer l'adversaire, qui contre aussitôt à 3,650 millions et qui finit par l'emporter. Il s'agit, nous dit-on, d'un « musée privé européen ». Devant les caméras de la télévision, qui ont filmé toute la scène, Aurel Bacs sent des frissons le long de sa colonne vertébrale. Quand le marteau tombe à 3,650 millions (4,137 millions de francs suisses avec les frais, soit 2,598 millions d'euros), la salle ne peut plus retenir son émotion et applaudit à tout rompre, pendant plusieurs longues minutes, à s'en engourdir les mains. Une montre vient d'entrer dans la légende : elle sera la montre-bracelet en acier la plus chèrement disputé aux enchères et la seconde montre-bracelet dans la hiérarchie des records du monde sous le marteau. Quelques instants plus tard, le « perdant » (magnifique) est accoudé au bar de l'hôtel des Bergues : « Je voulais aller jusqu'à 2,5 millions. Je me suis battu comme j'ai pu, mais j'ai au moins la satisfaction de ne pas avoir de regrets, parce que cette montre est partie à son juste prix. Je n'ai plus qu'à tout faire pour obtenir la “seconde“ Patek Philippe de cette dispersion ».
Ce que ce « collectionneur européen » parviendra à faire en s'emparant, sous le marteau, du lot n° 187, une référence 2497 calendrier perpétuel en platine, estimée entre 1,5 et 2,5 millions et adjugée 3,207 millions de francs suisses avec les frais (soit 2,014 millions d'euros), record du monde pour cette référence 2497 et troisième prix le plus élevé jamais atteint par une montre-bracelet.G.P.
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