Les grands experts des maisons de vente affûtent leur marteau. Genève est plus que jamais une capitale mondiale pour les bijoux et les montres. Mais d'autres centres d'intérêt se font jour…
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Tout a vraiment commencé à Genève en 1969. C'était déjà une vente de bijoux. Christie's procédait à la dispersion des joyaux du mannequin Nina Dyer, ex-femme du baron Thyssen et du prince Sadruddin Aga Khan, pour un montant de 2,7 millions de francs. Et déjà on parlait de record. Un des lots s'était vendu pour plus d'un million de francs, pour la première fois sur le continent européen. La voie était ouverte. Suivirent Antiquorum, Phillips et Sotheby's.
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Montres: montée en puissance
Aujourd'hui, près de quarante ans plus tard, Genève est devenue une capitale mondiale incontestée des ventes aux enchères. Grâce essentiellement aux joyaux et aux montres. Et au printemps dernier, ce sont plus de 150 millions de francs qui se sont négociés en quatre jours à Genève, toutes maisons confondues. Pour Eveline de Proyart, directrice de Christie's Genève, un nouvel engouement pour les ventes est perceptible, après une période de stagnation. Les bijoux restent le fer de lance, mais on assiste à une montée en puissance des montres. Qui se traduit pour Christie's par une des plus importantes sélections jamais proposées aux enchères le 12 novembre avec 432 montresbracelets estimées de 14 à 23 millions de francs. Aurel Bacs, co-directeur du Département international des montres chez Christie's, ne tarit pas d'éloges: «C'est la plus belle vente de montres jamais organisée par notre maison. Et je suis fier du travail de toute mon équipe qui a sélectionné des lots d'une qualité exceptionnelle et d'une variété impressionnante. Ils attireront les collectionneurs du monde entier, quels que soient leurs goûts.» Pour sa part, Alexander Barter, vicedirecteur du Département international de montres de Sotheby's, a choisi de miser sur la qualité, plus que sur la quantité. En présentant une bonne cinquantaine de Patek Philippe. Tandis qu'il réserve son coup de coeur pour une montre de poche en or des deux maîtres horlogers de la vallée de Joux, Piguet et Meylan.
Fièvre joaillière
Au secteur joyaux, c'est le grand feu d'artifice. Il y a bien sûr le fabuleux diamant de 84,37 carats. Il fait la légitime fierté de David Bennett, président du Département de haute joaillerie de Sotheby's pour l'Europe et le Moyen-Orient, qui n'en a jamais vu de si parfait. Mais il y a ce millier de lots qui l'accompagnent. Certains sont anonymes et n'en brillent pas moins de tout leur éclat. D'autres ont une grande histoire et renvoient aux dynasties européennes. Christie's présente ainsi trois grandes collections historiques. Qui comprennent selon Eric Valdieu, directeur du Département joaillerie de Christie's Suisse, des pièces absolument spectaculaires qui ne parlent pas qu'au porte-monnaie, mais aussi au coeur et à la sensibilité. De New York, où Christie's vient de conclure la vente de haute joaillerie pour 47,7 millions de dollars, il
affirme péremptoire: «Genève constitue la plus belle vente en termes absolus depuis dix ans». Pour sa part Philips de Pury & Cie devenu le grand spécialiste de l'art contemporain à New York et à Londres, continue d'investir à Genève avec sa traditionnelle vente de joyaux.
Koller: pleins feux sur le XXe siècle
Sur un plan plus typiquement suisse mais indispensable, Koller et sa petite équipe dynamique poursuivent leur propre chemin. Dans un foisonnement multiple qui va des tableaux avec, pour la première fois, une forte sélection russe, et des livres, au mobilier et au design. Avec comme toujours une très belle sélection de lampes Gallé. Et un panier de bonnes bouteilles!
Les vins passent la première
Pour les grands crus, Genève devient incontestablement une référence. Christie's s'apprête à réaliser une des plus grandes ventes de son histoire. Avec 1486 lots pour une estimation globale de 5,5 millions de francs. «C'est la plus importante vente européenne depuis dix ans, s'enthousiasme Michael Ganne, le spécialiste du Département vins de chez Christie's. A Genève, les ventes de grands crus s'accélèrent depuis une année et demie. Le marché est sain, la Suisse abrite de grands collectionneurs. Lors de la dernière vente, plus de la moitié des acheteurs était de nationalité suisse. En vendant à Genève, nous évitons la TVA française qui est de l'ordre de 18,6%, ainsi que les frais de transport, assez importants.»
La peinture suisse s'affirme
Quant à la peinture suisse, elle est bien représentée par les deux grandes ventes que tiennent deux fois par année Christie's et Sotheby's à Zurich. Ainsi que, sur un plan plus local, par les vacations de la galerie Selano qui, quatre fois par année, fait la promotion de l'Ecole genevoise de peinture. Et ce, inlassablement, depuis vingt-trois ans. Il faut savoir enfin que le rôle de la Suisse dans le mouvement des enchères est primordial à deux titres. La part de la contribution venue de notre pays et destinée aux grandes ventes internationales, est de plus en plus importante. Et d'un autre côté, note Eveline de Proyart, de plus en plus d'acheteurs qui participent aux grandes vacations à travers le monde, sont domiciliés en Suisse.
Monnaies: état de grâce
Les monnaies, antiques ou plus récentes, bénéficient quant à elles d'un état de grâce. A condition d'être en or, affirme Olivier Chaponnière, le propriétaire de Monnaies et Médailles. «L'or atteint 770 dollars l'once, un record depuis les années 1980. Résultat: les monnaies en cette matière ne se sont jamais aussi bien portées depuis vingt ans. Et tout ce qui approche de l'or se porte tout aussi bien.» La conclusion, toute en nuances, est donnée par François Curiel. Le président de Christie's Europe est un fin connaisseur du marché international. «L'époque où Genève était N° 1 est finie. Il y a désormais la concurrence de New York, mais aussi de Hong Kong, qui sont au même niveau que Genève, notamment pour les joyaux. Il faut savoir qu'en peu de temps, Hong Kong est devenue la troisième salle de vente mondiale de Christie's dans cette Asie où le marché se développe à une vitesse vertigineuse et s'élargit au bénéfice de tout le monde. Mais je suis persuadé qu'au niveau planétaire, il y a de la place pour trois. En revanche, pour les montres, Genève reste incontestablement le N° 1, loin devant les deux autres villes.»
Michel Bonel
Tribune des Arts - No356- Novembre 2007







