Les enchères vues par les petites mains

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Le staff saisonnier qui vient prêter main-forte chez Sotheby's et Christie's, deux fois l'an durant les journées d'exposition, livre ses souvenirs les plus marquants.

Le staff saisonnier qui vient prêter main-forte chez Sotheby's et Christie's, deux fois l'an durant les journées d'exposition, livre ses souvenirs les plus marquants.

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Dans les vitrines: les plus beaux bijoux du monde. De quoi impressionner
les jeunes filles postées derrière, qui goûtent au luxe et à la volupté
des pré-enchères.

«La peur de ma vie!» Le beau visage de Solange se plisse lorsqu'elle évoque la parure de diamants qu'il lui a fallu manipuler. «Une cliente souhaitait l'essayer, mais je n'arrivais pas à ajuster le fermoir. La parure a glissé et je voyais déjà comme dans un cauchemar, avec ralenti hollywoodien, les pierres s'éparpiller aux quatre coins de la salle. Un réflexe rapide et le collier est resté en place. Solange elle, a préféré changer de vitrine et s'occuper des bijoux moins impressionnants. Durant les journées précédant les ventes, les hôtels genevois bruissent comme des foyers d'opéra. Experts, acheteurs et curieux se croisent – dans un brouhaha feutré – devant les vitrines où sont dévoilées les merveilles qui seront mises à l'encan. Derrière, le petit personnel temporaire, essentiellement composé de jeunes filles de bonne famille, d'étudiants en histoire de l'art et de dames chics, veillent à la bonne marche des cérémonies. Catherine Moser, assistante marketing chez Antiquorum, se souvient avec bonheur de ce temps passé chez Sotheby's. Là où elle a attrapé le virus des enchères. «Pour des raisons de sécurité, tout est extrêmement réglementé. Chaque pièce sortie de sa vitrine est remplacée par un numéro. Une fois, quelqu'un avait oublié de le placer sur le velours. J'ai observé l'efficacité discrète mais immédiate du staff de sécurité qui en deux secondes avait repéré l'anomalie et retrouvé la pièce manquante.»

Places très prisées

Au pays du glamour, la discrétion et le bon ton sont toujours de mises. Aussi, cette équipe éphémère se recrute-elle de bouche à oreille, sur recommandation. Les places sont très prisées. Mais la bonne éducation fait souvent office de sésame. Parfois un peu trop d'ailleurs. «C'est un job bien rémunéré où l'on vit entre parenthèses durant quelques jours. J'ai toujours adoré la belle horlogerie et j'ai pu voir des modèles de toute beauté, les toucher, les manipuler à l'envie. Nous déjeunons également entre nous dans les salons à l'étage. Luxe, calme et volupté», se rappelle Vanessa. Mises à part les quelques médisances entre collaborateurs et débordements de vanité… Quant à Vincent, alors lancé dans les hautes études internationales, il a pu, lors d'une vente Andy Warhol, côtoyer le maître en personne! «Je me suis aussitôt emparé d'un catalogue que j'ai photocopié en grand format. J'ai ensuite demandé au maître d'apposer son autographe sur certaines oeuvres. Amusé, il s'est empressé de le faire, rajoutant même des détails et des phrases… Aujourd'hui encore, ma «collection Warhol» encadrée dignement, est en bonne place chez moi. Joss, lui, n'a jamais travaillé pour les ventes. Par contre, il ne manque jamais une exposition. «Il y a un nombre impressionnant de jolies filles au mètre carré. Mon meilleur souvenir? Une vente Mapplethorpe, où de belles demoiselles toujours dignes manipulaient des vibromasseurs signés par l'artiste.»
Caroline Gozzi

Tribune des Arts - No361 - Mai 2008

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