Tribune de Genève - 19 mai 2011
Katarzyna Gornik
Quelques heures avant de se saisir à son tour du marteau de commissaire-priseur, après ses collègues spécialistes des montres et du vin, François Curiel, responsable des ventes de joaillerie pour Genève et président de Christie's Asie, a commenté l'évolution du marché.

Katarzyna Gornik : Quel regard sur cette semaine?
François Curiel: On peut dire qu'elle a démarré en fanfare. Le produit total de la vente de montres, qui a atteint 23 millions, n'est pas le plus important jamais réalisé (cela a été le cas en 2007, avec un total de 28 millions.) Mais surtout, en quarante ans de métier dans la maison, je ne pensais pas que je verrais un jour une Rolex partir pour plus d'un million. Normalement, ces prix sont réservés à des montres très compliquées. Il est vrai que cette Rolex de 1942 est très rare sur le marché.
Comment évoluent les affaires?
On constate que le marché est preneur d'objets extraordinaires. En fait, il n'y a pas de limite de prix pour une pièce de grande qualité. D'ailleurs, les ventes d'art contemporain à New York, la semaine dernière, ont également atteint des sommes importantes. Un autoportrait d'Andy Warhol a été remporté pour 38 millions… Le contexte est très porteur, dynamisé par l'arrivée de nouveaux acheteurs, venus notamment d'Asie. Autre évolution: aujourd'hui, 65% des acheteurs sont des particuliers, pas des marchands. Et, enfin, le Net nous a amené beaucoup de nouveaux clients. Environ 20% des acheteurs participent désormais par ce biais aux ventes.
Quelles sont les tendances en joaillerie?
Les diamants de couleur – bleus, roses, rouges, jaunes et verts – sont extrêmement recherchés par des acheteurs de toute provenance.
Genève est-elle encore une capitale des enchères?
L'année passée, nous avons réalisé pour 74 millions de ventes à Genève, 140 à Hongkong et 130 à New York. Genève n'est plus le seul centre. S'il y a de la place pour ces trois places de marché, Genève reste le numéro 1 pour les montres.
Pourquoi cette obsession des records?
Franchement, ce sont les records qui attirent l'attention des médias. Au final, bien sûr, cela permet de montrer aux vendeurs qu'on a le savoir-faire pour mettre en valeur leur collection.
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La guerre des records et des millions
Une Patek Philippe de 1928 est partie pour 3,2 millions. Une montre-bracelet Rolex pour 1,03 million de francs. Un record mondial pour ce type d'objets, triomphait, lundi, Christie's, à la suite de la mise à l'encan des montres. Une mise qui a atteint un total de 23 millions pour 401 lots vendus (sur 420).
Le soir précédent, Sotheby's écoulait 194 lots (sur 280 objets) pour un peu plus de 7,7 millions. Avant d'annoncer en fanfare un autre record du monde pour une tiare vendue aux enchères mardi. La coiffe en émeraudes et en diamants a été remportée pour 11,3 millions.
Autre succès dont s'est réjoui Sotheby's: l'adjudication, pour 9,6 millions, d'un diamant rose pesant 10,99 carats. Dans la foulée, Christie's a dégainé son record du monde: une bouteille de Romanée-Conti qui s'est arrachée pour 109 250 francs.
Le total des ventes pour la joaillerie a atteint plus de plus de 69 millions de francs hier soir. Le diamant taillé en forme de coeur, pièce phare de la vente, a été acquis pour 9,6 millions de francs. K.G.
