L'Agefi - 2 décembre 2009
Bastien Buss
Léger regain d'activité ou commandes ponctuelles? Diverses sociétés horlogères, qu'il s'agisse de marques ou de fournisseurs, sont récemment sorties du chômage partiel. A l'image de Cartier ou Universo, tous deux à la Chaux-de-Fonds. Plusieurs entreprises qui avaient annoncé vouloir introduire des mesures de réduction de l'horaire de travail (RHT) pour l'automne ont en outre décidé provisoirement de repousser leur mise en application, témoigne Laetitia Magnin, du syndicat Unia à Genève. Une situation analogue a pu être observée dans les montagnes neuchâteloises.
Ainsi, la société chaux-de-fonnière Fehr & Cie, spécialiste des cadrans de montres, est sortie des RHT au 1er novembre, après trois mois de réduction partielle des horaires. «Cela ne veut pas dire que les commandes reprennent mais nous avions du retard dans certaines livraisons», indique Michel Schmocker, son directeur général. Malgré les mesures de chômage partiel, la société n'en a pas moins été contrainte de licencier six personnes, sur un effectif de 81 collaborateurs.
De plus en plus de responsables horlogers, dont le personnel se trouve en RHT, pointent du doigt un effet pervers de ces mesures, celui de la perte de motivation du personnel. Avec comme résultat, une qualité qui s'en ressent au niveau de la production. Diverses marques ont confirmé à L'Agefi devoir renvoyer certaines pièces reçues en raison de défauts. «C'est un des grands paradoxes de la crise. On pensait qu'avec des commandes en baisse chez les fournisseurs, les délais et la qualité seraient allés en s'améliorant. Or, il n'en est rien, au contraire», selon un horloger neuchâtelois, désireux de conserver l'anonymat. Un constat également établi chez Fehr.
Pascal Crespin, syndicaliste auprès d'Unia Neuchâtel, demeure très prudent quant à l'avenir à moyen terme. «Les entreprises travaillent pour les nouvelles collections. Ce qui ne veut encore pas dire que les produits trouveront preneurs. Aucun chiffre disponible ne permet d'entrevoir une reprise des activités». Et d'évoquer le paradoxe de certains cas de commandes urgentes, qui nécessitent parfois de recourir à des heures supplémentaires, alors que le reste de l'entreprise tourne au ralenti. «Mais cela reste ponctuel et très limité dans le temps», témoigne-t-il. Dans ce contexte d'incertitude, le syndicaliste se montre très pessimiste pour 2010, puisque de nombreuses sociétés n'auront plus les ressources financières pour juguler les effets de la crise. «D'après les témoignages que nous recueillons, les banques ne jouent plus le jeu. Ou alors, si elles accordent des crédits, ils sont nettement inférieurs aux besoin des sociétés», regrette-t-il. Dans ces conditions, de nombreuses faillites sont à craindre l'an prochain, selon lui. Surtout du côté des fournisseurs qui se situent en fin du processus de production, par exemple les sertisseurs. Dans son ensemble, le secteur pourrait perdre jusqu'à 10% de ses effectifs. Ce qui représente environ 5000 emplois, qu'il s'agisse de licenciements ou de poste de travail non repourvus, selon des estimations de la Convention patronale de l'industrie horlogère suisse (CPIH).
Bon nombre des fournisseurs ont déjà tiré un trait sur le premier semestre de 2010. «Toute la branche espère maintenant un rebond pour les six derniers mois de l'année prochaine», selon Michel Schmocker.
