patience d'ange exigée!

2 minutes read
L'art de l'émail plonge ses racines dans l'Antiquité et donne vie à des cadrans avec une finesse déconcertante. A condition d'arriver au bout des innombrables étapes fatales…

 Email_324500_0

«Fleurier Jaguar» de Bovet, en or rose et saphirs cabochons, cadran en émail orné d'un jaguar peint en miniature.
Mouvement automatique. Pièce unique.
 Il requiert une patience d'ange, une rigueur minutieuse et un sens du détail époustouflant. Trois qualités combinées qui rendent si difficile l'art de l'émail et si rares les personnes capables de s'y atteler. Voilà sans doute l'une des raisons pour lesquelles chaque pièce horlogère émaillée prend d'emblée une valeur inestimable, et, du même coup, pourquoi les marques accordent une importance toute particulière à la mise en valeur de ces pièces d'exception. A l'heure où l'industrie horlogère avance à pas de géant dans le domaine de la recherche et du développement, il semblerait que la culture du savoir-faire artisanal, celle qui vise à pérenniser les gestes ancestraux, revienne au galop. Un pied dans le futur, l'autre dans le passé… Finalement toute l'histoire de l'horlogerie.
Email_324500_1
«Réserve de marche émail ivoire» de Jaquet Droz, en or blanc, avec cadran émail «grand feu» ivoire, grande seconde et indication de la réserve de marche de 68 heures. Mouvement automatique. Edition limitée.
De l'art à l'artisanat

L'art de l'émail remonte à l'antiquité, sur les rives chaudes de la Méditerranée, avant de se diffuser dans toute l'Europe. A l'époque, il sert essentiellement à embellir les bijoux et les parures. Ce n'est qu'au XVe siècle que les horlogers commencent à y recourir. Un artisanat très vite érigé au rang d'art avec le développement des quatre techniques d'émaillage que sont le champlevé, le cloisonné, le flinqué et la miniature. Ces techniques ancestrales ont retrouvé leurs lettres de noblesse grâce aux artisans émailleurs auxquels l'industrie horlogère fait appel pour décorer des pièces exceptionnelles de finesse, souvent uniques ou généralement limitées à quelques exemplaires. A tel point que Philippe Léopold Metzger, PDG de Piaget, affirme que «l'émail est devenu la fontaine de jouvence des créations Piaget».

Une palette infinie de motifs

Paysages, insectes en tous genres, vues urbaines, formes géométriques… Art technique tout autant que créatif, l'émail permet d'explorer une infinie palette de motifs dont les couleurs flamboient comme sur aucun autre support. Et de manière inaltérable. Les orchidées réalisées grâce à la technique de l'émail miniature sur les Piaget «Altiplano» ou encore les papillons en champlevé flinqué qui ornent les «Miss Protocole» feraient pâlir d'envie les modèles d'origine.
Email_324500_2
«Miss Protocole»  de Piaget en or blanc sertie de 229 diamants et ornée d'un papillon en émail miniature. Bracelet en satin interchangeable.
 
Mais si l'on s'attarde souvent avec admiration sur les montres décorées grâce à l'émail miniature pour la finesse du dessin et l'éclat incomparable des teintes obtenues par de savants mélanges de cristaux et des temps de cuisson respectés avec la plus grande dextérité, d'autres techniques, visuellement moins spectaculaires, sont aussi employées par les manufactures pour mettre leurs montres en valeur. Un émail «grand feu» fusionné à une température allant de 820 à 850 °C peut donner vie à un cadran particulièrement épuré, d'un blanc profond ou d'une teinte unie travaillée pour s'accorder au mieux avec la couleur du boîtier. Plus simple en apparence, ce travail de l'émail n'en est pas moins extrêmement délicat, une seule erreur de manipulation réduisant des heures de travail à néant.

Marie de Pimodan

Tribune des Arts - Octobre 2008 - No 365