Le CEO de la marque Ellicott crée comme il respire. Un esprit toujours à l'affût qui vit l'horlogerie comme une expérience sensorielle.
Un lundi d'octobre dans les environs de la gare de Genève. Il déambule dans les rues à la recherche d'un lieu calme pour déjeuner. Pierre-André Finazzi n'est pas là pour affaires. Il a simplement aménagé son agenda, pourtant chargé, pour faire un saut de quelques heures dans la ville du bout du lac, afin de se prêter au jeu du portrait. Le patron d'Ellicott est ainsi. En perpétuel mouvement, curieux, prêt à bousculer les habitudes et le temps. «Se rencontrer, c'est quand même beaucoup mieux que de se parler au téléphone. Et La Chaux-de-Fonds, ce n'est pas le bout du monde!» Pas le bout du monde, certes, mais plutôt le centre de son monde. Enfant du canton de Neuchâtel, il ne tarit pas d'éloges sur la ville où il a grandi, étudié, travaillé et élevé ses deux enfants. «Il y a tellement à voir dans cette ville, s'exclame-t-il, l'accent en prime. Rien que pour Le Corbusier, ça vaut le déplacement!» Il aurait pu devenir tailleur comme son père et son grand-père. Son enfance à La Chaux-de-Fonds en aura décidé autrement. «Mon intérêt pour l'horlogerie? Je dirais qu'il prend ses racines dans des questions géographiques. J'ai simplement grandi dans cette région en développant certaines dispositions artistiques.»
Dès l'adolescence, Pierre-André Finazzi se découvre une passion pour les beaux-arts. Il crée des objets, sculpte, dessine, s'enthousiasme pour l'oeuvre de Michel- Ange ou de Léonard de Vinci, admire les eaux-fortes de L'Hermite, se fascine pour Palladio. La suite de l'histoire se veut toute logique. Un diplôme aux Beaux Arts de La Chaux-de-Fonds complété par une formation en gestion de projets à l'Ecole d'ingénieurs de Saint- Imier. C'est ainsi que Pierre-André Finazzi fait ses armes pour devenir l'un des acteurs de l'industrie du luxe, celle de la joaillerie en particulier. Il aiguise son oeil et son esprit critique en étudiant l'histoire de l'art, notamment la période du Quattrocento italien pour laquelle il garde une sensibilité encore bien vivante. «Je reste un grand passionné d'art, souligne-t-il. Je suis ouvert à toutes les formes d'expression artistique et généralement, dans les grandes villes, je m'arrête dans les musées pour visiter des expositions. Ça attise ma curiosité.» Avide de savoir, Pierre-André Finazzi s'intéresse à l'horlogerie au cours de ses études. Un peu par hasard. Quelques participations à des concours de design organisés par des marques suffisent à sceller le destin et propulser le jeune designer dans l'univers horloger dès la fin de ses études. «J'ai assez vite été attiré par la difficulté à être créatif sur un objet aussi petit qu'une montre, de pouvoir jouer avec les volumes. Et l'horlogerie m'apportait une alternative intéressante à la créativité joaillière vers laquelle je me destinais a priori.» Le hasard d'une rencontre le mènera d'abord chez Ebel, en 1977. Ce sera ensuite la fondation de son propre atelier en 1980, le Studio Finazzi Design, sous le nom duquel il crée ou réalise des pièces pour Corum, Montblanc, Patek Philippe, Piaget ou Jaquet-Droz. Viendra enfin la création de The British Masters, en 1995, et la renaissance des marques Graham 1695 et Arnold & Son 1764. «Je me suis intéressé aux pionniers de l'horlogerie anglaise pour mieux les réveiller.» Un intérêt profond qu'il exprime non seulement à travers une parfaite connaissance de leur histoire mais aussi en apposant sa signature sur les modèles de ces marques, notamment sur le fameux chronographe «Chronofighter » de Graham.
«Question de polyvalence»
A 54 ans, Pierre-André Finazzi dirige la maison Ellicott 1738, qu'il a relancée à Baselworld 2008. Encore un pionnier britannique, le meilleur selon le roi Georges III qui l'avait choisi pour concevoir ses montres. Fondateur, CEO, designer, ambassadeur de la marque, Pierre-André Finazzi cumule les casquettes. «Question de polyvalence», dit-il. Créateur infatigable, il conçoit ses produits «comme des oeuvres d'art à vivre comme des expériences sensorielles», sans chercher d'autre muse que celle qui conduit à l'innovation. «L'inspiration peut s'imposer n'importe où, à n'importe quel moment, dans la rue, dans le train ou lors d'une rencontre.» Hypersportif, cet ancien espoir du ski jurassien s'inspire en vivant de ses passions. L'art, bien sûr, la famille, mais aussi le vélo avec lequel il défie des cols aussi mythiques que le Gothard ou le Stelvio. Finalement, peu importe le lieu ou le moment, Pierre-André Finazzi reste aux aguets, en mouvement perpétuel, cultivant sans relâche les nourritures du corps et de l'esprit qui lui permettront de «garder une certaine fraîcheur, rester authentique, original».

Pierre-André Finazzi, CEO d'Ellicott depuis 2002. «Je me suis intéressé aux pionniers de l'horlogerie anglaise pour mieux les réveiller.»
Du Quattrocento à l'horlogerie Dès l'adolescence, Pierre-André Finazzi se découvre une passion pour les beaux-arts. Il crée des objets, sculpte, dessine, s'enthousiasme pour l'oeuvre de Michel- Ange ou de Léonard de Vinci, admire les eaux-fortes de L'Hermite, se fascine pour Palladio. La suite de l'histoire se veut toute logique. Un diplôme aux Beaux Arts de La Chaux-de-Fonds complété par une formation en gestion de projets à l'Ecole d'ingénieurs de Saint- Imier. C'est ainsi que Pierre-André Finazzi fait ses armes pour devenir l'un des acteurs de l'industrie du luxe, celle de la joaillerie en particulier. Il aiguise son oeil et son esprit critique en étudiant l'histoire de l'art, notamment la période du Quattrocento italien pour laquelle il garde une sensibilité encore bien vivante. «Je reste un grand passionné d'art, souligne-t-il. Je suis ouvert à toutes les formes d'expression artistique et généralement, dans les grandes villes, je m'arrête dans les musées pour visiter des expositions. Ça attise ma curiosité.» Avide de savoir, Pierre-André Finazzi s'intéresse à l'horlogerie au cours de ses études. Un peu par hasard. Quelques participations à des concours de design organisés par des marques suffisent à sceller le destin et propulser le jeune designer dans l'univers horloger dès la fin de ses études. «J'ai assez vite été attiré par la difficulté à être créatif sur un objet aussi petit qu'une montre, de pouvoir jouer avec les volumes. Et l'horlogerie m'apportait une alternative intéressante à la créativité joaillière vers laquelle je me destinais a priori.» Le hasard d'une rencontre le mènera d'abord chez Ebel, en 1977. Ce sera ensuite la fondation de son propre atelier en 1980, le Studio Finazzi Design, sous le nom duquel il crée ou réalise des pièces pour Corum, Montblanc, Patek Philippe, Piaget ou Jaquet-Droz. Viendra enfin la création de The British Masters, en 1995, et la renaissance des marques Graham 1695 et Arnold & Son 1764. «Je me suis intéressé aux pionniers de l'horlogerie anglaise pour mieux les réveiller.» Un intérêt profond qu'il exprime non seulement à travers une parfaite connaissance de leur histoire mais aussi en apposant sa signature sur les modèles de ces marques, notamment sur le fameux chronographe «Chronofighter » de Graham.
«Question de polyvalence»
A 54 ans, Pierre-André Finazzi dirige la maison Ellicott 1738, qu'il a relancée à Baselworld 2008. Encore un pionnier britannique, le meilleur selon le roi Georges III qui l'avait choisi pour concevoir ses montres. Fondateur, CEO, designer, ambassadeur de la marque, Pierre-André Finazzi cumule les casquettes. «Question de polyvalence», dit-il. Créateur infatigable, il conçoit ses produits «comme des oeuvres d'art à vivre comme des expériences sensorielles», sans chercher d'autre muse que celle qui conduit à l'innovation. «L'inspiration peut s'imposer n'importe où, à n'importe quel moment, dans la rue, dans le train ou lors d'une rencontre.» Hypersportif, cet ancien espoir du ski jurassien s'inspire en vivant de ses passions. L'art, bien sûr, la famille, mais aussi le vélo avec lequel il défie des cols aussi mythiques que le Gothard ou le Stelvio. Finalement, peu importe le lieu ou le moment, Pierre-André Finazzi reste aux aguets, en mouvement perpétuel, cultivant sans relâche les nourritures du corps et de l'esprit qui lui permettront de «garder une certaine fraîcheur, rester authentique, original».
Marie de Pimodan
TRIBUNE DES ARTS - NOVEMBRE 2008 - No. 366