Revolution #6 - Décembre 2009Michel Jeannot, Rédacteur en chef
Qu'on se le tienne dorénavant pour dit : croire au Père Noël n'est pas une histoire de gosses. Car la nécessité de croire au Père Noël est inversement proportionnelle aux illusions qu'on a sur le monde.
Nimbé dans ses représentations parfaites, protégé par son regard naïf sur la vie, émerveillé de découvrir au quotidien de nouvelles sensations, l'enfant n'a par nature guère besoin d'un adjuvant pour renforcer sa vision idyllique du monde. Pas besoin de ce barbu ventripotent pour illuminer son regard. La vie est belle en soi. Seuls les cadeaux - c'est une autre histoire - ont un effet magique : les yeux scintillent et le plaisir devient sourire.
L'âge de raison vient modifier la donne. Si les années n'ont guère prise sur le plaisir de recevoir - tout au plus exaltent-elles celui d'offrir - elles se nourrissent de rationnel et mettent en lumière les injustices et les souffrances. L'onirisme du Père Noël deviendrait presque une respiration bienvenue face à cette réalité d'adultes, invariablement gloutonne en illusions. Pour ne rien arranger, à en croire les rois du luxe, le Père Noël n'a pas montré une vitalité exemplaire à remplir sa hotte cette année. Il a promis de faire mieux l'annéeprochaine. Mais peut-on encore croire en lui ?
Chargeons-nous donc des festivités. Rêvons d'une nuit dans un grand magasin, de records du monde de finesse, de champagnes à l'écoute du temps, d'une lune s'accrochant au poignet, de courroies fines comme un cheveu, de lauréats auréolés et d'une reine des neiges venue du froid. Autant de scintillements qui illuminent ce numéro de Revolution. Pas de Père Noël,juste quelques objets de rêve. On n'est jamais mieux servi que par soi-même.