Romandie News - 16 août 2010
ats/rp
Doris Leuthard s'est envolée de Pékin à Zurich dimanche dans la nuit. Au terme d'une intense semaine de visite en Chine, la présidente de la Confédération a emporté dans ses bagages un succès décisif sur le libre-échange.
La ministre de l'économie a conduit ce voyage marathon à un rythme effréné. Dans les fournaises de Chongqing, Shanghai et Pékin, sa délégation a couru de rencontres en tables rondes, de cérémonies en visites d'entreprises, avec un agenda sans cesse modifié - jusqu'au protocole d'entente programmé en dernière minute vendredi.

Car toute la semaine tendait vers cet enjeu ultime: le feu vert pour lancer les négociations en vue d'un accord de libre-échange. "Un beau cadeau", a dit Doris Leuthard, eu égard à l'anniversaire des 60 ans de relations entre les deux pays.
La présidente souligne qu'il s'agit d'un travail collectif. "Impossible d'avoir du succès toute seule. Mon équipe fait un travail excellent, c'est un grand soutien", a-t-elle expliqué à l'ATS.
Même si les négociations prendront du temps, la Suisse se place dans le peloton de tête en entamant la dernière ligne droite dès janvier. Du côté de l'Union européenne, les discussions sont freinées par des intérêts fortement divergents.
Négocier individuellement, et comme petit pays, est un avantage - la Suisse présente moins de problèmes stratégiques pour la Chine, estiment des fonctionnaires fédéraux sur place. Elle peut même lui servir de test: observer, sans gros risques, l'impact de l'ouverture du marché avec un pays du Vieux continent.
Les affaires avec l'Empire du Milieu vont déjà bon train, mais le libre-échange les stimulerait encore davantage, juge Doris Leuthard. "Certes, cela implique aussi de la concurrence, mais un meilleur accès aux marchés est dans l'intérêt des deux parties."
La taille de la délégation témoigne du nombre de secteurs intéressés: une trentaine de représentants de la construction, des machines, des pharma ou encore du textile. La plupart relèvent la bonne marche des échanges mais déplorent toujours des barrières, à l'image de l'horlogerie.
"Nous ne venons pas seulement nous plaindre, nous sommes contents de la croissance des exportations et voulons la poursuivre", note Jean-Daniel Pasche, président de la Fédération de l'industrie horlogère suisse (FH).
Mais aux tarifs douaniers et à la TVA s'ajoute la taxe de 20% sur l'importation de produits haut de gamme. Elle pénalise de facto l'horlogerie suisse, elle qui vend la quasi totalité du segment en Chine. Les fabricants, qui ont dû baisser leurs marges, veulent que l'accord supprime ou réduise la taxe.
Côté chinois, les responsables locaux des trois villes visitées ont aussi souhaité promouvoir les échanges. En particulier Chongqing, dont l'expansion rapide réclame des hautes technologies dans la construction, l'énergie ou les transports.
Les entreprises suisses possèdent ces compétences dont la Chine a besoin, a souvent vanté Doris Leuthard. Pas de chance: à l'Expo universelle de Shanghai, elle n'a pas pu tester le télésiège du pavillon helvétique à cause d'un couac technique.
Pas de quoi entamer la sérénité de la présidente de la Confédération. En toutes circonstances, elle a affiché avec ses divers interlocuteurs un style à la fois direct et chaleureux, agrémenté de touches d'humour, ont commenté des participants.
Le poids de l'agenda a dissipé parfois l'attention des hommes d'affaires: on a pu observer des paupières lourdes en rencontre officielle, ou entendre crépiter bruyamment des emballages de friandises offertes lors d'une présentation de société.
Doris Leuthard a pour sa part gardé un dynamisme intact de la première à la dernière heure. Point de repos en vue: elle dirige mercredi la première séance du Conseil fédéral après la pause estivale, alors que deux collègues ont annoncé leur retrait.
