Revue FH - 30 octobre 2008 - No 17
MICHEL ARNOUX
Service anticontrefaçon
Les analyses de marchés réalisées au Japon n‘ont jamais permis de mettre en évidence une situation problématique sur le plan de la contrefaçon. Faut-il prendre ce constat comme un acquis et abandonner toute surveillance? Dans ce domaine, la méfiance est de mise et les surprises sont rarement bonnes. La contrefaçon est multiforme et peut prendre parfois des directions insoupçonnées, comme l‘a révélé une récente visite à Tokyo.
Les Japonais ont beaucoup de vertus et de qualités, n‘hésitant jamais à faire toutes sortes de cadeaux à la moindre occasion. Les jeunes sont en particulier des consommateurs compulsifs, très sensibles aux marques de luxe et avides de nouveautés technologiques. C‘est ainsi qu‘un jeune homme se doit de combler sa fiancée en toutes circonstances, lui offrant montres, sacs à main, bijoux, téléphones mobiles, baladeurs ou autres ordinateurs portables. La vie n‘étant pas un long fleuve tranquille, au Japon pas plus qu‘ailleurs, tous ces cadeaux ne donnent aucune garantie sur l‘avenir: toutes ces attentions sont parfois incapables d‘empêcher la jeune fille d‘aller butiner dans le jardin du voisin si l‘envie lui en prend. C‘est la vie. Se pose alors une question cruciale: que faire de tous ces articles qui rappellent jour après jour l‘ancien copain et qui pourraient bien briser l‘élan consumériste du nouveau. Ayant flairé le bon filon, certaines boutiques spécialisées s‘adressent à toutes ces jeunes filles en leurs proposant de reprendre à bon prix ces articles devenus indésirables, en particulier les montres.
En parcourant les rues populeuses de Tokyo, on trouve une multitude de ces boutiques d‘un nouveau genre, proposant toute une gamme de montres dites de seconde main, vendues avec un escompte de 20% ou 30%. Ces pièces sont souvent proposées dans le conditionnement original, avec carte de garantie signée que la première propriétaire avait pris soin de conserver, conférant ainsi une valeur supplémentaire à son bien en cas de revente.
C‘est évident, toutes ces ventes se font en dehors du réseau officiel des marques. Paradoxalement, les points de vente agréés non seulement tolèrent le système mais indirectement l‘encouragent en mettant en avant la haute valeur de revente des montres Swiss made comme argument de vente décisif. Les produits changent de main et circulent rapidement, ça fait marcher le commerce. Toutefois, en terme de contrefaçon, l‘effet pourrait être dévastateur à terme.
En effet, un passage attentif dans les échoppes vouées à la seconde main donne la mesure du problème. Au milieu des pièces dont l‘authenticité ne fait aucun doute, on trouve d‘autres montres du même modèle qui présentent des caractéristiques légèrement différentes, accompagnées de documents de garantie qui semblent bien avoir été reproduits sur le modèle des documents authentiques à disposition dans le magasin. Quoi de plus facile en effet - et de plus tentant pour le commerçant peu scrupuleux - que de compléter son assortiment en prenant pour modèle les montres de seconde main et en faisant fabriquer de fausses pièces qui se mélangeront parfaitement dans les vitrines avec les vraies. Dans une telle situation, seul un spécialiste (et encore) sera capable de faire la distinction. Le client est abusé à coup sûr. Vu les prix pratiqués (donc les marges dégagées) et le succès de ce genre de commerce dans le contexte japonais évoqué plus haut, il faut évidemment s‘attendre à une aggravation de ce type de pratique et se demander comment l‘empêcher.

