Les recettes antichômage se multiplient en Suisse

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Le taux de chômage suisse a grimpé de 10% entre novembre et décembre pour atteindre 3%. L'industrie, l'horlogerie et la banque ont enregistré les plus fortes progressions.
Mais, contrairement aux années 90, pouvoirs publics et privés se mobilisent, favorisant le chômage partiel. Dans le canton, le taux est passé de 5,7 à 5,9%. Des personnes touchées par le phénomène témoignent.

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Anne Gaudard
En décembre, 11 100 personnes ont dû se rendre dans un Office régional de placement (ORP) pour y ouvrir un dossier. Pour moitié victimes de la crise. Pour moitié victimes des effets des phénomènes saisonniers sur le marché du travail, dans la construction notamment. Ainsi, comme attendu, l'emploi se détériore en Suisse. Le chômage a bondi de quelque 10% par rapport à novembre pour atteindre un taux de 3% et toucher 118 762 personnes. Mais l'ampleur de ce mouvement «devrait se résorber en février et surtout en mars», précise Serge Gaillard, de la direction du travail au Secrétariat d'Etat à l'économie (seco). «Nous maintenons ainsi nos prévisions d'une moyenne de 3,3% du taux de chômage en 2009 et de 4,3% en 2010.»
Industrie, horlogerie et banque en première ligneSans grande surprise, ce sont l'industrie, l'horlogerie et la banque qui ont enregistré les plus fortes progressions par rapport à l'an passé. En comparaison avec le mois dernier, c'est la construction qui a le plus souffert en décembre. Et Serge Gaillard de relever en outre que le placement temporaire a été durement touché. Un secteur en première ligne lors de l'arrivée d'un front froid.Cette hausse de décembre signale-t-elle une période de glaciation? Tous les regards se tournent vers les mesures de stabilisation annoncées par la conseillère fédérale Doris Leuthard en novembre et décembre, allant des investissements aux mesures élargissant le chômage partiel (voir ci-dessous).Insuffisantes, selon Daniel Lampart, économiste de l'Union syndicale suisse: «Nous demandons des investissements de 1% du PIB et un renforcement du pouvoir d'achat.» Avec ces mesures concrètes, «la Confédération est dans son rôle, elle doit donner un coup de pouce à l'économie», soutient Jean-Hugues Busslinger du Centre patronal vaudois en demandant à ce que l'on ne touche pas à la flexibilité en matière d'emploi encore laissée aux entreprises.Recours au chômage partielPour Daniel Lampart, en fait, «les patrons ont profité de la bonne conjoncture. A eux donc d'en faire aussi bénéficier leurs employés.» Il énumère: «A défaut de travail, il y a toujours la possibilité légale de la formation continue. Et du chômage partiel.» Une mesure désormais courante. «En décembre, les cantons ont enregistré 700 demandes de réduction de temps de travail, précise Serge Gaillard. Cette statistique confirme que beaucoup d'entreprises n'ont pas encore perdu confiance en l'avenir.»Un allongement de la période d'indemnisation augmenterait-elle l'efficacité de cette antichambre du chômage? C'est prématuré, juge Jean-Hugues Busslinger. «Cette mesure est logique pour l'industrie, relève Kurt Kuper, CEO de Reuge. Un prolongement pourrait réduire le risque de licenciements.» Le fabricant de boîtes à musique a quelque 50% de sa production en arrêt actuellement. Certes, rétorque Daniel Lampart, «mais il s'agit surtout de la part des entreprises de réduire d'abord les heures supplémentaires. Une statistique récente révèle qu'elles équivalent à 100 000 postes de travail.»«Parmi les mesures qui devraient contribuer à la stabilisation du taux de chômage figure aussi la Loi sur l'assurance chômage qui permet le creusement de la dette en période de récession et le renflouement des caisses en période de haute conjoncture, plaide Serge Gaillard. Ainsi l'an dernier nous avons noté un surplus de 600 millions de francs et nous budgétisons un déficit d'un milliard pour cette année.» La révision de cette loi sera bientôt discutée aux Chambres.Autre échéance attendue pour mesurer l'ampleur du mouvement amorcé sur le marché de l'emploi: la publication par les entreprises de leurs résultats annuels. Et des décisions qui en découleront.

Petite hausse à Genève 

L'écart se rétrécit

A fin 2008, le taux de chômage genevois est passé de 5,7% à 5,9%. En clair, le chômage a continué à augmenter dans notre canton, «mais plus faiblement qu'en Suisse», explique l'Office cantonal de l'emploi. Ainsi, la hausse du nombre de chômeurs, qui s'élève à 2,9% (soit 370 personnes de plus inscrites au chômage) par rapport au mois précédent, ramène l'effectif pratiquement au niveau de décembre 2007. Toutefois, l'écart entre Genève et la Suisse continue de se rétrécir: «L'ensemble du pays subit, en effet, en décembre une hausse nettement plus forte que dans notre canton, avec une augmentation mensuelle du nombre de chômeurs de 10,3%.»

Les 30-40 ans touchés

Le nombre de chômeurs s'établit désormais à 12 926 personnes et l'ensemble des demandeurs d'emploi à 18 297, soit, pour cette dernière catégorie qui comprend, outre les chômeurs, les personnes en emploi temporaire ou en formation, un recul de 3,6% sur un an.
La classe d'âge la plus frappée par la hausse du chômage est clairement celle des 25 à 49 ans (+3,4%). Les plus de 50 ans sont dans la moyenne cantonale (+2,7). Enfin, le chômage des jeunes reste assez stable (+0,3%).

Par branches

Les hausses les plus fortes concernent l'industrie métallurgique (+183,5% sur un an), les banques (+30%) et le bâtiment (+9%). L'enseignement a, lui, connu une baisse (-27,4%).EE