Michel Jeannot

Dites Seiko en Suisse, et l'on vous répondra presque immanquablement quartz et Japon. Un double «handicap» pour qui veut gagner des parts de marché au pays de la haute horlogerie mécanique. Pour rappel, la crise née de l'avènement du quartz dans les années 1970 – qui a supprimé les deux tiers des emplois horlogers d'alors – était notamment le fait de l'horlogerie japonaise, qui avait cru davantage que les Suisses à cette technologie nouvelle, mise au point pour la première fois à… Neuchâtel pourtant! Les Asiatiques passaient alors pour les fossoyeurs de l'horlogerie helvétique, et la cicatrice n'est toujours pas entièrement refermée. D'où la difficulté pour le Seiko de prendre une place de choix sur le marché de la montre suisse.
Très présent sur son marché domestique, et plus globalement en Asie ainsi qu'aux Etats-Unis, le japonais réalise dans la montre un chiffre d'affaires de quelque 1,2 milliard de francs, produit plus de 300 millions de mouvements, 16 millions de montres terminées et est actif dans 80 pays.
Seiko Watch Corporation (société de distribution, de design et de marketing) s'appuie sur deux entités de la holding pour développer les quatre technologies utilisées par Seiko et pour produire ses montres. A Seiko Instruments Inc. le quartz et le mécanique, à Seiko Epson Corporation le reste du quartz, le kinetic et le Spring Drive. C'est sur cette technologie – non développée par la concurrence – que Seiko a fondé de grands espoirs.
Présenté pour la première fois en 2005, le mouvement Spring Drive de Seiko est un mélange d'horlogerie mécanique et de composants électroniques, qui permet de combiner les qualités d'un mouvement mécanique à une précision plus proche des montres à quartz. Au cours de son dernier exercice, Seiko a vendu quelque 10 000 montres équipées de la technologie Spring Drive, soit deux fois moins que l'objectif avoué à moyen terme. Or c'est par le Spring Drive que le fabricant japonais entend conquérir de nouveaux marchés, dont la Suisse.
Un acteur majeur dans l'horlogerie de luxe
«Le marché suisse est très important pour toute marque horlogère, non pas tant par les volumes de vente envisageables que pour asseoir une image. Notre objectif est clairement d'intensifier nos efforts et d'augmenter notre présence dans le pays.» Pour ce faire, Seiko entend miser sur la technologie Spring Drive. Fer de lance de Seiko dans les segments supérieurs de son offre – hors les quelques pièces de haute horlogerie vendues sous le nom Crédor – la technologie Spring Drive devrait être mise particulièrement en avant pour percer sur le marché suisse. «Notre volonté d'y augmenter sensiblement nos ventes devra assez naturellement passer par une offre haut de gamme, précise Shinji Hattori. Pour ce faire,nous misons sur l'introduction du Spring Drive dans des points de vente qualitatifs de votre pays. Cette technologie – la plus avancée actuellement dans le domaine de l'horlogerie – doit nous permettre à terme de modifier l'image perçue de Seiko en Suisse. Et donc d'augmenter nos ventes.» Puis de conclure en guise d'avertissement: «Grâce aux quatre technologies que Seiko maîtrise parfaitement aujourd'hui, nous avons l'intention de devenir un acteur majeur dans le domaine du luxe horloger.»
