Tribune de Genève - 12 octobre 2010
Emmanuel Barraud
«L'horlogerie se porte comme un charme», «Le secteur du luxe a déjà largement oublié la crise», entend-on. Pour le syndicat Unia, il est temps de récolter les fruits d'une conjoncture qui semble très favorable à l'un des principaux secteurs d'exportation de l'industrie suisse, et certainement le plus prestigieux.

Hier, le syndicat a donc présenté ses revendications dans la perspective des négociations sur le renouvellement de la convention collective de travail (CCT) de la branche. Celles-ci démarreront la semaine prochaine et viseront à remplacer l'actuelle convention, datant de 2007, qui arrivera à échéance à la fin de 2011.
«Les exportations de la branche ont bondi de 20% sur un an, des perspectives qui nous permettent d'être ambitieux», annonce tout de go le syndicat. Et d'égrener un véritable chapelet de revendications. D'abord au niveau des salaires, bien sûr: les représentants du personnel exigent une uniformisation partielle des pratiques salariales, en imposant un salaire minimal de 3600 francs pour les employés des zones salariales les plus basses (Jura, Jura bernois, etc.), 3800 francs pour la zone intermédiaire (Vaud, Neuchâtel…) et 4000 francs pour celle où la vie est la plus chère (Genève).
«Eviter certains abus»
Dans la foulée, Unia réclame aussi une semaine de vacances supplémentaire, un congé maternité étendu à 18 semaines et assorti d'un congé paternité de dix jours, ainsi qu'une limitation à 5% des effectifs au maximum des employés temporaires d'une société. «La moyenne de la branche est inférieure, explique Jean-Claude Rennwald, responsable du secteur chez Unia. Avec cette mesure, nous voulons éviter certains abus. Avant la crise, certaines sociétés pouvaient employer jusqu'à 20% de temporaires», affirme-t-il.
Autant de revendications que l'on n'entend pas de cette oreille du côté patronal. «Nous sommes malheureusement beaucoup moins optimistes qu'Unia quand aux perspectives de croissance du secteur, explique Elisabeth Zölch, présidente de la Convention patronale de l'industrie horlogère. Pour nous, la reprise est encore très fragile, car elle repose beaucoup sur les économies de la Chine, de l'Inde et des Etats-Unis, dont les profils sont très différents. D'où notre scepticisme.» Elle estime donc que ces demandes sont «trop dures» et anticipe déjà qu'elles ne seront pas acceptées totalement par le patronat, qui se réunira à la fin de cette semaine pour adopter sa ligne de conduite.
