Le stoïcisme des artisans

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Dans une industrie horlogère fragilisée et malmenée, comment les artisans indépendants affrontent-ils la crise? Le cas d'un graveur chevronné.


WORLDTEMPUS - 6 mars 2010

Propos recueillis par Anna Vaucher

Dans la gravure, il y a quelque chose de l'ordre de la zen attitude: pour accomplir un travail si minutieux, mieux vaut troquer la précipitation contre la patience, le café contre le thé vert. Et malgré le ralentissement horloger, certains sous-traitants parmi les mieux établis sont en mesure de rester sereins face aux circonstances. Pour en savoir plus, questions à Philippe Bodenmann, graveur indépendant établi dans le village suisse d'Auvernier et maître en la matière.

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Anna Vaucher: Comment se passe le travail d'un sous-traitant en l'horlogerie, en temps de crise?
Philippe Bodenmann: On ne peut qu'attendre que le creux passe! C'est la règle du jeu: en période faste, on croule sous le travail. Mais quand cela baisse, on tombe de haut. Cela dure, en l'occurrence, depuis la fin de l'automne dernier. Il y a une certaine inertie car l'horlogerie fait interagir de nombreux acteurs différents. Et pour repartir aussi, il faut que de nouveaux modèles soient créés et mis en fabrication. Je suis peut-être sur un nuage, mais j'ai confiance, ça va repartir.

Ce sont des crises habituelles dans le domaine?
Oui, on est déjà passé par des phases comme celle-ci. Quand j'ai terminé mes études, dans les années septante, on luttait beaucoup pour trouver du travail. Pendant la guerre du Golfe, également, entre 1990 et 1991. À cette époque, je travaillais dans un atelier que je partageais avec deux autres indépendants. Il n'y avait pas encore de téléphones portables, donc quand une sonnerie retentissait, la pression montait! Dans la gravure, des phases d'intense activité succèdent toujours à d'autres beaucoup plus tranquilles.

Avez-vous l'impression qu'il y ait eu une recrudescence de l'artisanat, en particulier de la gravure, ces dernières années?
Oui car nous sommes dépendants d'effets de mode. Il y a eu beaucoup de travail durant les années précédant la crise. À tel point qu'il a même fallu refuser des mandats.

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Imaginez-vous que la gravure puisse être menacée un jour par la technologie?
Non. A un moment donné, il y a besoin d'une âme que seule une finition réalisée à la main apporte. Cette patte unique est très demandée, et pas seulement dans l'horlogerie. La main et la machine, ce sont deux choses qui fonctionnent ensemble et non en opposition.

Est-il nécessaire d'exercer sa main, lorsque les commandes se font rares?

Vous savez, la gravure, c'est comme le vélo… cela ne s'oublie pas.