Le client enfin roi

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Fini le temps où il devait supplier les marques de lui livrer des montres...
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L'horlogerie constitue ma passion depuis plus de trente ans. Or, je n'avais encore jamais vu une peur aussi généralisée avant l'ouverture d'un salon. Pourtant, ce n'est pas la première fois que l'horlogerie rencontre des difficultés. Début janvier, tous les amis patrons de marques horlogères que je rencontrais, m'avouaient qu'ils craignaient une catastrophe au niveau des ventes. Même si, pour certains, les affaires réalisées à Noël n'avaient pas été trop mauvaises. Si bien que, à l'heure du bilan, après le SIHH de Genève (Salon international de la haute horlogerie), la tendance est plutôt au «déçu en bien», comme disent les Vaudois.

Il faut dire que chaque marque a travaillé dur, sortant des nouveaux modèles intéressants avec autant d'enthousiasme que si la crise n'avait jamais existé, et, surtout, travaillant d'arrache-pied durant toute la durée du salon. Même Georges-Henri Meylan, le charismatique patron d'Audemars Piguet, qui a pris sa retraite à la fin de l'année dernière, n'a pas voulu  aisser seul son successeur, Philippe Merk. Si bien que, lorsque je l'ai vu le dernier jour, il était sur les genoux à force de soigner ses clients.

Cette fois, en effet, ce sont les acheteurs qui ont eu le beau rôle. Fini le temps où ils devaient supplier les marques de leur livrer des montres, où ils étaient obligés de commander des pièces en fonction du bon vouloir des horlogers. Aujourd'hui, ils sont si prudents qu'ils parviennent à obtenir des conditions exceptionnelles, tant pour la gestion de leurs stocks que pour leurs conditions de paiement. Au point que cela les encourage souvent à perdre un peu de leur prudence… Quant aux patrons des marques, ils ont retrouvé tous les talents de diplomates et de négociateurs hors pair, qui faisaient autrefois leur réputation, mais que la haute conjoncture avait quelque peu occulté.

Ce qui n'empêche pas l'année de s'annoncer difficile. Pas un jour ne se passe sans qu'une marque n'annonce des réductions d'effectifs ou du chômage partiel. Il semble néanmoins que les maîtres horlogers soient à l'abri de cette tempête. Les entreprises ont peur de ne pas les retrouver, une fois le coup de tabac passé. Et, en même temps, ils sont sollicités pour le service après-vente qui, grâce à la crise, devient efficace. Finis les délais de six mois à un an pour faire réviser ou réparer une montre de prix. Le client est ainsi redevenu le roi qu'il aurait toujours dû rester. Les détaillants sont de nouveau aux petits soins pour lui, lui offrant un service parfait, vraiment digne de la haute horlogerie suisse. Comme quoi, la crise peut avoir du bon.Enfin, je voudrais vous parler de Ralph Lauren qui s'est lancé dans l'horlogerie et qui exposait au SIHH pour la première fois, suscitant du même coup une certaine polémique au sujet du design de ses montres. C'est vrai qu'elles sont très inspirées de certains modèles d'autres grandes marques. Mais qu'importe! Avec sa notoriété, son fan-club, sa puissance de vente, ses centaines de magasins à travers le monde, je suis sûr que Ralph Lauren n'aura pas de peine à vendre ses montres et à s'en approprier le design. Une manière d'en faire des musts… malgré leur prix plutôt élevé. Economie_325118_1   GABRIEL TORTELLA   Tribune de Genève - 29 janvier 2009