Le chemin de croix des petites marques horlogères

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Créée en 2002, la société genevoise Aquanautic assoit désormais sa place sur le marché porteur des montres sportives de qualité. Leçon de persévérance à l'ombre des grands horlogers...
Qu'il est difficile de se faire remarquer en Suisse lorsqu'on est horloger! Leaders de leur marché, souvent au niveau mondial, les grands groupes helvétiques monopolisent l'attention, tant commerciale que médiatique. Il faut dire que ces entreprises ont un atout de poids: présentes depuis des décennies (des siècles pour certaines), les grandes manufactures horlogères disposent d'une aura qu'on ne saurait négliger. Sans oublier une puissance financière certaine, capable d'imposer leur nom à grand renfort d'opérations de communication et de pages publicitaires dans les magazines du monde entier.Pas étonnant, dès lors, que les fourmis peinent à se faire un nom dans cette industrie en constante évolution. A l'ombre des grands horlogers, les nouveaux venus n'ont, pour survivre, pas d'autres choix que de marquer leur différence: design, innovation technologique, positionnement, marketing, autant de possibilités d'apporter une plus-value. Et de se faire connaître enfin.Economie_320995_0Une notoriété que commence à acquérir la société genevoise Aquanautic. Créée en 2002 grâce au soutien de deux investisseurs suisses passionnés d'horlogerie, l'entreprise aura mis cinq ans à se faire une place notable sur le marché des montres sportives de qualité. Son créneau: l'eau. Développant le thème des garde-temps résistants aux chocs sportifs, les responsables de l'entreprise ont une idée originale: faire de leur montre un véritable accessoire de mode, métamorphosable à l'envie grâce à une grille et une deuxième lunette installée sur le cadran en un simple clic. Assorti de différents motifs (coeur, flocon, soleil, etc) et serti de diamants, l'accessoire sert également de pendentif A l'heure où la tendance de l'industrie est au «sport chic» et aux montres de plongée, Aquanautic n'aurait pas pu choisir meilleur concept. Interview du directeur de la marque, Thomas Meyer.La Suisse voit naître depuis quelques années de plus en plus de marques horlogères. Y a-t-il encore de la place pour une jeune société?C'est difficile. Le seul moyen est de construire une identité forte et un look reconnaissable. C'est ce que nous tentons de faire avec Aquanautic. Il faut toujours essayer d'avoir un pas d'avance dans cette profession. Sinon, vous vous retrouvez très rapidement noyé dans la masse.Cette stratégie est-elle coûteuse?Elle demande surtout un gros investissement personnel. L'objectif est de ne pas dévier de son concept et de continuer à l'améliorer. Il y a 5 ans, nous souhaitions créer des montres avec des finitions de très haute qualité mais dans des segments de prix relativement peu élevé. Ce créneau bénéficie aujourd'hui d'une forte demande. Nous avons donc fait le bon choix.Et la chance dans tout cela?Il en faut bien sûr! Nos investisseurs sont des passionnés de la mer. C'est pour cette raison que nous avons développé le thème de l'eau. A l'époque, il s'agissait d'un marché très confidentiel. Il est aujourd'hui exploité par l'ensemble de l'industrie avec toujours plus de succès. Cela nous profite, forcément. Jusqu'à un certain point.Lequel?Le grand point faible des petites marques comme Aquanautic, c'est la communication. Les grands groupes horlogers ont des budgets colossaux pour faire la promotion de leurs produits. Aquanautic a une démarche publicitaire timide, ne sponsorise qu'un ou deux événements sportifs populaires Nous ne pouvons rivaliser sur ce terrain. Il faut donc trouver autre chose.Vos derniers modèles misent sur la technicité horlogère. Est-ce votre nouveau cheval de bataille?En termes de technologie, nous n'avons rien à envier aux grands horlogers. Nous sous-traitons la fabrication de nos montres à des entreprises de l'arc jurassien avec lesquels nous avons développé une relation de confiance. Reste que notre stratégie s'inscrit clairement dans l'innovation.Comment allez-vous procéder?Notre dernier modèle, la Superking Cuda, est en titane et offre une étanchéité à 500 mètres. Elle a nécessité près de 2 ans de travail. Il est également temps de relancer la création, de faire évoluer nos modèles pour leur redonner un élan. Créer des modèles emblématiques nous permettra de marquer notre territoire de manière encore plus prononcée.Qu'attendez-vous de Baselworld 2008?Cette Foire est un excellent indicateur de l'état du marché du luxe. Avec les récentes crises boursières, nous allons peut-être assister à un effet parapluie et enregistrer un certain ralentissement. Cela nous permettra d'ajuster nos prévisions, mais nous misons tout de même sur une belle croissance en 2008.Aquanautic en chiffresAvec un showroom situé à l'intérieur de la célèbre tour de l'Horloge, à la place du Molard, Aquanautic a opté pour une distribution à travers un réseau de détaillants.Au total, l'entreprise est représentée dans 350 points de vente à travers le monde.Prix moyen: 5'000 francs environ. Les collections de la marque démarrent à 1'200 francs pour arriver à 80'000 francs pour les modèles très perfectionnés.Marchés: 35 pays. La marque jouit d'une belle réputation sur le marché asiatique, mais également en Inde et en Russie.Affaires: Aquanautic affiche une croissance à deux chiffres depuis sa création et vise la même expansion pour 2008. Production: 10'000 montres par an.Florence NoëlSource: Tribune de Genève du 18 février 08