La crise sera douloureuse pour certains

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Selon Franco Cologni, il ne faut pas s'attendre à un redressement avant une année. Le moyen de gamme est dans l'oeil du cyclone.
.Economie_324493_0 PROPOS RECUEILLIS PAR BASTIEN BUSS À LAUSANNE
6 novembre  2008
Brillant entrepreneur, redresseur d'entreprises et visionnaire, Franco Cologni est l'une des personnalités qui comptent dans l'horlogerie suisse. Président de la Fondation de la haute horlogerie (FHH), il évoque pour «L'Agefi» l'avenir de ce secteur, qui ne sera pas épargné par les turbulences conjoncturelles.
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 FRANCO COLOGNI, PRÉSIDENT DE LA FONDATION DE LA HAUTE HORLOGERIE

Quelle est la gravité de la crise économique pour l'horlogerie suisse? Franco Cologni: Durant ma carrière, j'ai connu cinq crises. Celle qui se profile risque d'être particulièrement douloureuse, mais pas pour tout le monde. Nous sommes clairement à la fin d'une période de vaches grasses. Rien d'anormal à cela. Il s'agit d'une pure et évidente réalité économique, où les cycles conjoncturels se succèdent.
Pourquoi alors ce discours unanimement pétri d'optimisme de la part des horlogers? Je ne partage pas cet avis. A mon sens, ils ne pratiquent pas la langue de bois. Du moins pour la majorité d'entre eux. Certaines sociétés horlogères ont su anticiper ce retournement de tendances avec des structures adaptées et flexibles. Par contre, il ne fait pas l'ombre d'un doute que d'autres devront maigrir de manière drastique ces prochains mois, voire années.
Combien de temps le marasme va-t-il durer? Le luxe sera le dernier segment à souffrir, mais aussi le premier à se redresser. Il n'y aura donc pas de traversée du désert pour lui. La prochaine reprise? Elle sera plus proche pour la haute horlogerie, dans un maximum d'un à deux ans. En ce qui concerne l'entrée et le moyen de gamme, les temps s'annoncent plus compliqués.
Tout le monde n'est donc pas égal face à la crise? Absolument. Les montres dont le prix en magasin se situe à 20.000 francs et au-delà s'en sortiront relativement bien. Pour les autres, de fortes inquiétudes sont permises. Mais, de manière générale – et cela s'observe depuis de nombreuses années au travers des statistiques d'exportations horlogères – le moyen de gamme a une tendance structurelle à être boudé. Le ralentissement actuel risque encore d'accentuer ce phénomène.
Revenons à l'ensemble de l'horlogerie: l'affaiblissement sera-t-il global? Bien sûr. Nous avons voulu une économie globalisée. Nous devons maintenant accepter des risques qui eux aussi sont globaux. Les ventes de Noël vont être un baromètre intéressant. Qu'en pensez-vous? Chute brutale des ventes? Il s'agira certainement d'une confirmation de la mauvaise conjoncture. Mais attention, je n'y vois qu'un baromètre ponctuel qui n'est pas forcément le signe annonciateur d'une tendance de fond.
Comment se présente l'avenir à moyen terme? Il ne faut en aucun cas paniquer. Je reste fondamentalement optimiste pour le futur, mais pas celui qui débute demain. Sachons voir plus loin.
On dit souvent que le luxe n'a pas de prix. Avec la crise, cela risque-t-il de changer? J'en doute fort. Par contre, un changement de paradigme pourrait apparaître. A mon sens, la haute horlogerie va perdre un peu de ses vertus d'objet de plaisir pour se muer davantage en un outil d'investissement. On cherche désormais des valeurs sûres, des produits réels et non des abstractions financières absconses. En ce sens, la crise du crédit va marquer profondément la mentalité des investisseurs.
Le client va-t-il gagner en rationalité? Cela paraît évident. Il deviendra plus intelligent. L'achat coup de foudre va trépasser au profit d'un achat raisonné. La haute horlogerie se mue dès lors en un bien refuge. Durant les périodes difficiles, on en revient toujours aux valeurs fondamentales. Ce qui est de bon augure pour les maisons horlogères établies, celles qui peuvent se targuer d'un vrai patrimoine, d'une authentique identité et d'un réel savoirfaire. C'est certainement la fin du marketing «poudre aux yeux».
Quel(s) type(s) de marques va (vont) disparaître? En tant que président de la FHH, ce n'est pas à moi de prendre position sur la question. Mais celles qui ont fait du bricolage vont plonger et les vrais professionnels perdureront sans peine.