Le Matin - 23 août 2009
Sébastien Jost

C'est le Fonds monétaire international (FMI) qui le dit: l'économie mondiale repart. Selon Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI, il va y avoir «un retour à la croissance dans la plupart des pays dans les mois à venir». L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) fait aussi preuve d'optimisme. Selon elle, les trente économies les plus avancées vont cesser de chuter. La France et l'Allemagne ont récemment annoncé une croissance de 0,3% de leur PIB au 2e trimestre 2009. Le Japon affiche une hausse de 0,9% alors qu'il avait reculé de 11,7% le trimestre précédent...
Et la Suisse dans tout ça? L'économie helvétique aura besoin d'un peu plus de temps pour retrouver une bonne santé. Selon certaines prévisions, elle devrait enregistrer cette année un PIB négatif entre 2,5% et 3% en raison de la faiblesse des exportations et des investissements. D'ici à la fin de l'année, une légère reprise des exportations pourrait avoir lieu. Mais le PIB ne retrouvera qu'à la mi-2010 une croissance positive. Le KOF, institut de recherche conjoncturelle de l'Ecole polytechnique de Zurich, a publié une étude vendredi. Celle-ci montre qu'une majorité des 11 000 sociétés interrogées se plaignent d'une insuffisance de la demande. Mais globalement toutes estiment que la récession s'est ralentie.
La prudence reste pourtant de mise pour Olivier Blanchard dans son article «Soutenir une reprise mondiale» à paraître dans la revue Finance and Development : «Dans les récessions normales, aussi destructrices soient-elles pour les entreprises et l'emploi, les choses se redressent de manière prévisible, mais la récession mondiale actuelle est loin d'être normale.» Et le conseiller économique du FMI de poursuivre: «Le redressement ne sera pas simple. La crise a laissé des cicatrices profondes qui auront des conséquences tout à la fois sur l'offre et la demande.» Mais ne boudons pas notre plaisir. Après avoir touché le fond, l'économie reprend. En voici quatre indices.
Le résultat des entreprises
Ce ne sont pas les chiffres des années d'or. Mais les résultats des entreprises montrent qu'elles ont limité la casse. Voire mieux. En Suisse, le groupe alimentaire lucernois Hochdorf a réalisé au 1er semestre un chiffre d'affaires record de 202,28 millions de francs, en hausse de 1,3% sur un an. Swatch fait part, de son côté, d'un bénéfice net en baisse de 28%, à 301 millions de francs au 1er semestre. Un résultat toutefois supérieur aux attentes des analystes. En ce qui concerne le 2e semestre, le groupe horloger se montre optimiste. Holcim, deuxième producteur de ciment, a également présenté ses chiffres pour le 1er semestre. Le bénéfice net a chuté de 41,2%, à 787 millions de francs. Malgré cela, les investisseurs ont salué la performance et les actions de la société se sont envolées.
Le retour de la confiance
Une étude de KPMG a récemment montré que les patrons européens, Grecs mis à part, avaient retrouvé con-fiance. Augmentation de la production et des revenus, le moral des industriels est au beau fixe. Surtout du côté des Britanniques et des Italiens. En Allemagne, on se montre optimiste égaleme n t. L'indice de l'institut ZEW, baromètre mesurant la confiance des milieux financiers en l'économie alle mande, a affiché cette semaine un net rebond en août, atteignant son plus haut niveau depuis 2006, dopé par le retour à la croissance au 2e trimestre dans le pays. L'indice a rebondi de 16,6 points, à 56,1 points, soit son plus haut niveau depuis avril 2006.
Le restockage
Craignant de se retrouver avec sur les bras des tonnes de marchandises que personne n'osait acheter, les entreprises ont déstocké. C'est-à-dire qu'elles ont fortement réduit leur production et ont vendu ce qu'elles avaient déjà fabriqué. Peugeot, par exemple, a bradé une centaine de voitures à bas prix. Mais, avec la reprise qui pointe le bout de son nez, les sociétés reprennent confiance et produisent de nouveau pour reconstituer leurs stocks. Un phénomène très présent dans l'automobile: les ventes de voitures en France ont augmenté de 6% au 2e trimestre. Certains experts conseillent néanmoins de ne pas accorder trop d'importance à ce phénomène dans la croissance car, un jour ou l'autre, il faudra bien arrêter d'agrandir ses stocks.
La santé de la Bourse
S'il y en a qui suivent de près l'état de santé des entreprises, ce sont bien les analystes financiers. Ils possèdent en général de nombreuses informations sur les sociétés. Il n'est dès lors pas exagéré de conclure que, si la Bourse, toute volatile qu'elle soit, se porte bien, les entreprises sont également en forme. Et les derniers résultats boursiers sont plutôt encourageants. La semaine passée, Wall Street a clôturé en hausse trois jours de suite. Vendredi, la Bourse de Paris a atteint ses plus hauts niveaux de l'année, et Shanghai finissait la semaine à 1,69%. La Bourse suisse, elle, progressait de 1,79%.
Interview de Stéphane Garelli, professeur à l'Institute for Management Development (IMD)

Alors c'est vrai? C'est la reprise?
Nous avons eu trois crises qui se sont nourries les unes les autres. Il y a eu une crise financière qui est aujourd'hui terminée, une crise économique dont nous commençons à sortir, et une crise sociale qui va se poursuivre jusqu'à l'année prochaine. Il y aura une reprise économique et une augmentation du chômage.
Mais pourquoi? C'est illogique.
Pas du tout. Les entreprises attendent d'être sûres que la reprise est solide avant de réengager des gens. Je souligne tout de même que le taux de chômage en Suisse est de 4%, alors que chez nos grands voisins européens il tourne autour de 10%. En Espagne, il est même de 20%.
Il y a aussi des entreprises qui ont profité de la crise pour licencier.
Comme lors de chaque crise, c'est vrai. Certaines, qui n'en avaient pas forcément besoin, ont licencié. Elles ont fait un «nettoyage de printemps». Les inquiétudes actuelles sont liées à l'emploi, comme les licenciements ou le gel des salaires.
On nous annonçait l'apocalypse et voilà que c'est la reprise. A-t-on exagéré l'ampleur de la récession?
Elle a duré deux ans aux Etats-Unis, cela ne vous suffit pas? Il faut toutefois soulever trois éléments qui ont permis de limiter les dégâts. D'abord, l'Asie n'a pas connu une récession aussi forte que l'Europe ou les Etats-Unis. La Chine, l'Inde et l'Indonésie ont très bien résisté. Ensuite, l'économie réelle a été moins affectée que l'économie financière. On a continué à fabriquer des marchandises, à construire des maisons et à se déplacer. Enfin, les entreprises qui ont gelé les investissements durant le 1er semestre par prudence recommencent à dépenser. Pour garder leur budget, elles vont même dépenser beaucoup jusqu'à Noël.
Quels secteurs vont le mieux repartir?
Les entreprises d'exportation vont bénéficier d'une reprise rapide. L'horlogerie, le luxe, l'énergie et l'alimentaire vont vite redécoller. Par contre, les entreprises locales qui proposent des produits dont on peut différer l'achat auront plus de peine. Aujourd'hui, nous sommes dans une économie de remplacement. Quand on achète une voiture ou un téléphone, c'est pour changer de modèle. On n'en a pas forcément besoin. Vu la situation, les consommateurs risquent de retarder ce type d'achat.
Il y a encore de l'incertitude sur la nature de cette reprise. Et si ce n'était qu'un feu de paille?
J'avais annoncé l'an dernier que cela reprendrait après l'été. Je ne pense pas m'être trompé. Sincèrement, je crois qu'il y a une grande probabilité que la crise soit derrière nous. Mais en économie on n'est jamais sûr de rien. Qui sait ce qui se passerait si un terrible événement, comme le 11 septembre 2001, venait à se produire?
Retrouvera-t-on un niveau identique à celui d'avant la crise?
Je ne pense pas. Il y a eu une période de croissance exceptionnelle ces dernières années. En 2001, les exportations suisses se montaient à 82 milliards de dollars, en 2008 elles étaient de 200 milliards de dollars. Ce rythme était impossible à tenir.
Y a-t-il des choses qui ne seront plus jamais les mêmes?
Oui. C'est une crise du système à laquelle nous avons assisté. Les gens n'attendent plus des dirigeants d'entreprise et des financiers qu'ils ne fassent que de l'argent. Ils veulent qu'ils assurent la prospérité qui englobe la qualité de vie, le respect de l'environnement, le développement durable. On demande aux responsables d'adopter un comportement éthique et d'être impliqués dans la vie des communautés locales.
Quel conseil professionnel donneriez-vous à un jeune pour s'en sortir?
Cultiver sa différence. Aujourd'hui, il ne faut pas être bon, mais posséder une valeur unique. Il est aussi préférable de ne pas posséder une compétence dans un domaine mais dans deux ou trois.
