La marque des architectes du temps renoue avec son passé en fabriquant un calibre de montre où I' artisanat est étroitement lie aux technologies de pointe et I' histoire de Ebel se dessine en filigrane
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Depuis Ie rachat de Ebel par MGI Luxury Group, I' un des principaux objectifs de cette entreprise est de se consacrer au développement de mouvements mécaniques. La marque des architectes du temps renoue avec son passé en fabriquant un calibre de montre où I' artisanat est étroitement lie aux technologies de pointe et I' histoire de Ebel se dessine en filigrane. Par Vincent Daveau
Ancienne, la Maison Ebel a utilisé pendant longtemps, comme nombre d'entreprises, des mouvements de montres fabriqués par d'autres. Rien à redire quand on connait Ie coût des investissements à consentir pour en produire un seul. Seulement, aujourd'hui, face à un changement de mentalité des consommateurs, il devient impératif pour les marques de se pencher sur la production de leur "moteur" ou au moins d'être capable de Ie modifier en profondeur. II en va du sérieux de I' entreprise qui prétend rayonner dans Ie monde. Avant de découvrir les subtilités de la fabrication des calibres contemporains de Ebel, revenons sur ses principes de base.
Quand le temps se comptait autrement
Au début des années 1980, Pierre-Alain Blum, propriétaire de I' entreprise Ebel, était convaincu qu'après la période d'euphorie du quartz qui faisait s'effondrer sur elles-mêmes les plus grosses structures horlogères, Ie temps reviendrait ou les collectionneurs et amateurs de beaux objets regarderaient d'un œil nouveau les constructions horlogères mécaniques. En bon visionnaire, il pressentait que Ie temps piloté par un quartz impersonnel serait une parenthèse dans I' histoire des montres de prix. Bien entendu, a I'époque ou rien ne valait plus grand-chose, il n'était pas question de produire un mouvement mécanique "ex-nihilo". Aucune banque a cette époque n'aurait suivi. A défaut de fabriquer, Pierre-Alain Blum se mit en quête d'un calibre de chronographe encore disponible pour produire une série de chronographes Ebel. En ces temps-la, ne I' oublions pas, II suffisait pratiquement de se baisser pour ramasser les reliefs d'une époque brillante brisée, souvent, en seulement quelques semaines. On sait combien certains illuminés de I' instant firent fortune à force de récolter, ici ou la, ces mouvements que la plupart pensaient ne jamais devoir être remontes dans des boitiers de montres. Au jeu des quêtes étranges, Pierre-Alain Blum n'eut pas à aller géographiquement trop loin pour trouver la perle rare. Basé à La Chaux-de-Fonds, il n'était pas très distant du Locle, ville où Zenith avait ses quartiers depuis 1865 (9 kilomètres par la route). La quête fut d'autant plus aisée que d'après la légende entourant Ie calibre mythique EI Primero, un chef d'atelier de la manufacture du nom de Jacky Vermot aurait empêché la direction de détruire les stocks dormants de mouvements et de chablons comme les machines ayant servi à les produire.
Légende sans doute, mais, comme I' a démontré I' archéologue berlinois Heinrich Schliemann, Ie découvreur de la ville de Troie, toute histoire a des fondements réels. Apres avoir rencontré les dirigeants de la Manufacture Zenith, I' homme de Ebel est reparti, dit-on, avec un carton de calibres emboités, généreusement offerts, dans Ie coffre de sa voiture.
Lancement d'une collection mythique
En 1981, les études autour du calibre EI Primero allaient bon train dans les bureaux du CEC 2 d'Ebel. Ce mouvement mythique que la marque référençait sous Ie numéro 134 occupait tous les ingénieurs qui lui construisaient une platine additionnelle de calendrier perpétuel. Pourquoi cette complication précisément? Simplement parce qu'elle était, pour d'obscures raisons, la plus appréciée à I' époque. Associée à la société Dubois-Depraz, Ebel réalisa la conception et Ie développement de cette platine de fonction enfin disponible à partir de 1984. Quelques années plus tard, en 2002, elle proposa de nouveau la platine de complication à la direction de LVMH. L'idée actuellement reprise par MGI Luxury Group fut refusée, comme d'autres, nous Ie verrons ultérieurement.
En 1986, la ligne "1911" avait révélé une forme extraordinaire de fluidité et de modernité empreinte d'intemporalité. Le plébiscite de la part des collectionneurs fut total. D'un prix élevé au sein des pièces de qualité de fabrication contemporaine, ces montres n'en éveillaient pas moins des passions. Leurs cadrans comme leurs inimitables boitiers, mélangeant subtilement sportivité et classicisme, étaient considérés par la concurrence comme des exemples à suivre. Pendant ce temps, la manufacture pourvoyeuse des calibres laissait encore en friche cette petite merveille de mécanique.
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Calibre 137
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Evolution d'un calibre de référence
Toutefois, après Ie rachat de Ebel par "Invest Corp", la marque devait présenter un garde-temps exceptionnel dont Ie nom et Ie design seraient encore retenus plus de dix ans après son lancement. En effet, Ie "Modulor", premier nom donné au chronographe "1911", fut équipé d'un tout nouveau calibre: Ie "137", mouture liminaire d'un mouvement développé par Ebel.
A la fin des années 1980, la société, dans I' obligation de se démarquer, décida de développer son propre calibre bien avant que ce ne soit pratiquement imposé. Le but était clair: s'inscrire dans une volonté d'étendre Ie prestige de I' entreprise et de pousser les ingénieurs locaux à développer une expertise interne en matière de mouvements mécaniques à remontage automatique.
Le calibre, qui s'appellerait par son numéro de code (137) fut mis au point dans les anciens bureaux d'étude CEC 2 de Ebel. II serait faux d'y voir un "moteur" bricolé né d'une sorte de lubie. Le bureau comptait au nombre des rares entités susceptibles de concevoir un mouvement de ce style. Il ne faut pas oublier qu'a I' époque, Ebel fabriquait et assemblait des calibres à quartz pour son propre compte mais aussi pour différentes marques de renom international, dont Cartier. L'élaboration et la construction du calibre "137" prirent cinq longues années jusqu'a sa sortie, en 1995, sous Ie nom de "Modulor". Efficace et esthétique, ce calibre à la particularité de disposer d'un mécanisme dont Ie couple de friction reste constant, que la trotteuse de chrono soit enclenchée ou non. Ce système simple mais génial permet ainsi d'avoir une précision constante et d'être certifié chronomètre même dans la mesure des temps courts. Cela n'a I' air de rien, mais cette particularité que I ‘on serait en droit de croire généralisée à toutes les pièces est pratiquement unique dans I' histoire des montres contemporaines. Le "137" la partage avec Ie tout nouveau produit proposé par Patek Philippe ...
Le calibre 137 est certifié chronomètre même dans la mesure des temps courts.
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Calibre 139
Dans ce mouvement, on appréciera tout particulièrement la lecture des temps chronométrés dans deux secteurs opposés.
Parallèlement à ce développement, Ebel mit au point Ie calibre "139" qui devait être présenté en 1995. Débuté en 1992, Ie travail sur ce module n'aboutit qu'en 2004, peu de temps après la reprise de la marque par MGI. Initialement installé dans les chronographes "Ebellissimo", il défraya la chronique parmi les nouveautés en raison de son étonnant système de lecture.
De toute évidence, I' esthétique originale de ce moteur I' a fait retenir pour être installé dans une boite de "1911 BTR". Montre innovante qui sera présentée à Bale en avril de cette année.
Le futur est en marche
Certes, une manufacture ne peut pas se contenter d'un seul calibre de chronographe dans I' éventail des mouvements fabriqués par ses soins. En 2002, alors que Ebel était sous Ie contrôle de LVMH, un mouvement original fut mis en production, dont Ie développement et la conception avaient été confies au maitre horloger Patrice Belin. Seulement, la vie a parfois d'étranges revers et LVMH devait suspendre les travaux. Une fois MGI en place, elle a repris I' étude de ce concept intéressant avec la maison Lajoux-Perret (ex Jaquet). Pour tout dire, ce développement exploitait une idée qui avait été également développée en 1999-2000 chez Zenith. Le principe est d'une grande simplicité. II suffit de prendre la base d'un calibre de chronographe réputé pour sa robustesse, comme Ie calibre 137, et de Ie démonter partiellement pour Ie reconditionner en montre simple. Car, qu'est-ce qu'un chronographe intégré, sinon un moteur mécanique à trois aiguilles auquel ont été ajoutées différentes fonctions ? C'est ce raisonnement qui poussa Ebel à reprendre I' étude du calibre Ebel 240. Aujourd'hui, on retrouve ce nouveau moteur au cœur de la nouvelle "1911 BTR GMT" et Ie travail effectué a du être impressionnant vu ce que I ‘on découvre au travers Ie fond transparent. Les amateurs apprécieront la gravure représentant une rose des vents, ainsi que la forme générale de la masse oscillante en forme de compas et de rapporteur d'architecte.
Au nombre des innovations présentées en 2006 se trouve aussi un calibre chronographe associe à un quantième perpétuel.
Calibre 288
A gauche, vue en détails des éléments constitutifs et rouages d'une platine de calendrier perpétuel
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Pour comprendre pourquoi les puristes décrivent Ie calibre "288" comme une évolution de la référence 136 incorporant un mouvement EI Primero, il faut remonter légèrement dans Ie passé. Le module développé par Ebel à la grande époque s'appuyait sur Ie calibre fourni par Zenith (nom de code: 136). Seulement, en passant au calibre "137", calibre Ebel personnalisé, il fallait tout repenser et modifier la platine de référence pour I' adapter au nouveau moteur. Pratiquement aussi compliqué que de reprendre tout à zéro, ce travail a été réalisé en partenariat avec la firme Dubois-Depraz, qui n'a pas ménagé sa peine pour parvenir à faire de ce mouvement réassocié, véritable complication de série, une référence appréciée.
Un travail soigné
Parfois, I' univers des moteurs horlogers ressemble a s'y méprendre a celui des blocs automobiles, nonobstant la taille des pièces et autres composants. En substance, dans ce monde mécanique, on trouve du bon et du moins bon; des calibres traités avec soin et des mouvements montés en séries. Dans I' absolu, les groupes motopropulseurs des véhicules sont traites sensiblement de la même façon. II y a les produits génériques et les autres, retravaillés à partir de bases similaires mais montés avec soin, avec des éléments périphériques différents ou sélectionnés pour leurs qualités. Bref, en substance, d'un même produit, il est possible d'obtenir différentes performances. Pour les mouvements de montres, il en est de même. Dans I' absolu, tout mouvement mécanique fabriqué avec des composants de qualité est supposé pouvoir répondre aux critères du Contrôle Officiel Suisse des Chronomètres. Dans I' absolu seulement car, dans les faits, seul un très faible pourcentage des calibres produits sont effectivement garantis et certifiés comme répondant à ces normes.
Pourquoi ? C'est très simple. Entre un mouvement non certifié et un autre qui I' est il n'y a pas de différence apparente aux yeux du béotien. Mais il suffit d'une petite loupe pour s'apercevoir très vite qu'entre ces deux pièces, il existe un gouffre qui ne se limite pas au prix de revient. Si, pour Ie premier, une heure de montage manuel et quelques réglages suffisent, pour la version certifiée chronomètre, en revanche, Ie travail à effectuer est nettement plus important. II faut avoir a I' esprit qu'un calibre, présenté au contrôle, ne peut pas être représenté techniquement et que son numéro d'identification une fois attribué, correspondant à celui indiqué sur Ie bordereau, doit être remis avec la pièce. La marque émettrice conserve un double. Sous I' angle de la production, il est impensable de perdre des calibres onéreux faute de pouvoir les classer parmi les meilleurs. C'est pourquoi les ateliers des marques qui transmettent des pièces au COSC les préparent au banc avant de les envoyer pour Ie contrôle final et I' établissement du bordereau officiel. Dans des locaux souvent séparés du reste de la production, certains personnels spécialisés des entreprises comme Ebel se consacrent au montage et au réglage spécifique des modules destinés aux tests de chronométrie. Dans I' absolu, les pièces sont triées d'avance et seules les meilleures conservées. Le montage s'effectue aussi avec plus de rigueur du fait qu'il y a moins de pièces à réaliser et que les quotas à respecter sont souvent allégés au prorata de la qualité qui, elle, est augmentée. On remarque aussi que Ie groupe de réglage, I' organe réglant comprenant la roue d'ancre, I' ancre, Ie balancier et son spiral incluant parfois Ie mécanisme de réglage fin du type Triovis, Variner ou Incabloc Nivarox-Flex sont modifiés par rapport aux productions génériques. Dans I' absolu, ces pièces sont comme les éléments d'un moteur de base dont les ingénieurs auraient changé les pistons, modifié la distribution et sélectionné les meilleures injections pour accroitre les rendements.
Les horlogers sont donc à la recherche de la perfection temporelle, à I' oreille. Enfin à I' oreille, plus vraiment, mais à I' aide d'outils performants (Witchi) permettant de vérifier en temps réel la courbe des réglages des montres dans toutes les positions. Tous les contrôles sont donc rigoureux, établis en cours de montage et chaque intervenant met toujours Ie plus grand soin à effectuer sa tache pour qu'une montre portant la dénomination de chronomètre sur Ie cadran ne soit jamais prise en défaut. C'est Ie cas des nouvelles réalisations de Ebel qui, fière du soin qu'elle leur apporte, entend reconquérir sa place parmi les plus grands ...
La Revue des Montres (France)
Février 2007-02-16
PROJECT'HEURE par Vincent Daveau






