A l'occasion des 30 ans de la Tribune des Arts, Gabriel Tortella a réuni la fine fleur de l'horlogerie lors d'une soirée privée loin des yeux indiscrets.
16 novembre 2009Après avoir apprêté en personnes les langoustes dans les cuisines de l'Hôtel d'Angleterre, Gabriel Tortella, l'hôte de la soirée, a mis en perspective sa carrière hors du commun.
"Avant tout, merci à tous d'être venus ce soir m'apporter votre amitié et me faire l'honneur de votre présence. Je veux juste vous dire quelques petites choses auxquelles je tiens. D'abord il y a deux choses qui m'empêchent de rêver, la pleine lune et les horlogers.
J'arrive pourtant à dormir de temps en temps et à rêver. Justement, je voudrais partager un rêve que je viens de faire.
Il était une fois …
Ça commence toujours comme ça quand c'est une belle histoire.
Là, c'était le 7 novembre 1979.
Il faisait un temps affreux, comme porteur d'une grande tristesse. Le ciel était totalement plombé sur Genève.
Et puis, tout à coup, vers quatre heures de l'après-midi, le ciel s'est dégagé et on a vu apparaître un superbe arc-en-ciel.
Je me suis dit : « C'est l'Enfant Jésus qui m'offre des couleurs pour parler à mon esprit. Il a compris que je voulais moi aussi allumer des feux dans les yeux de mes amis et de tous les amis de l'art et de l'horlogerie.
C'est pour cela qu'il y a toujours un arc-en-ciel dans le titre de « Tribune des Arts. »
Et cela fait trente ans que ça dure. Trente ans que j'essaie toujours de mettre de la couleur dans nos vies et dans nos yeux, pour rêver et faire rêver et croyez-moi ce n'est pas chose facile.
Déjà, quand j'étais un petit enfant, ma mère me donnait beaucoup de lumière et beaucoup de couleurs pour me donner du courage. Aujourd'hui, je sais qu'elle a toujours prié pour moi et qu'elle continue à le faire depuis là haut.
Moi aussi, j'ai beaucoup pensé à elle en redistribuant ces couleurs pendant les trente ans. Trente ans qui sont passés comme un éclair.
Récemment je me suis demandé s'il ne fallait pas que je laisse la place et si je ne devais pas partir me reposer… Je n'ai pas voulu le faire, parce que j'aurais eu l'impression d'être, à mes propres yeux, un lâche, si j'abandonnais tant d'amis que j'aime dans une situation aussi difficile que celle de cette crise. Je n'allais pas laisser tout le monde au pire moment, alors qu'il y a tant de travail à faire !
A chaque fois que j'ai eu envie de m'arrêter, j'entendais, au fond de ma conscience, une petite voix qui me disait : « Vas-y Gabriel , vas-y».
Alors, j'ai beaucoup réfléchi et je me suis dit : « Gabriel, tu dois demander à Paloma, ma femme, celle que le Bon Dieu m'a donné, comme un cadeau du ciel». C'est grâce à elle que je suis ici. Elle m'a encouragé, elle m'a conseillé. Avec ses notes de musique, elle m'a donné la force de continuer.
Vous allez l'entendre, dans un instant, interpréter quelques pages du «Rigoletto» de Verdi, qui est mon compositeur préféré. C'est de l'amour, c'est une étincelle de vie tombée droit du ciel.
Cette musique dans la vie, c'est aussi celle de tous mes amis que j'ai aimé et qui m'ont aimés. Ils sont encore tous autour de moi, ici ce soir, par la pensée ou là haut, dans ce coin de Paradis où nous pourrons un jour respirer ensemble pour retrouver les meilleurs moments des années que nous avons partagées.
Là haut, il y a un Archange qui nous attend. C'est mon Archange, c'est mon ami, c'est l'Archange Gabriel ! Il sait que je ne suis pas encore prêt à le rejoindre. Alors il patiente. Et je lui ai demandé de patienter encore un peu pour tous ceux qui sont avec nous ce soir.
Tout cela, ce monde merveilleux de l'horlogerie, nous continuerons là haut, c'est mon rêve, mais vous savez que mes rêves finissent toujours par se réaliser.
Regardez toutes ces années que nous venons de passer ensemble. Je vous ai beaucoup demandé. Vous m'avez beaucoup donné. Ce que nous avons vécu de meilleur va continuer : Après la pluie, le beau temps revient toujours. Un peu comme cette crise qui est venue tout doucement, mais le beau temps ne tardera pas à revenir.
Moi, je n'ai pas à revenir puisque je ne suis pas encore parti…
Et je vais rester avec vous pour continuer à partager avec vous le meilleur.
Je le dois bien à mon grand ami et associé, Jean-Claude Pittard qui a fait tout ce chemin avec moi.
Nous étions deux apôtres à la poursuite de notre arc-en-ciel. Notre route est encore longue.
Mais il y a à mes côtés, Michel Bonel, l'homme de l'ombre aussi discret qu'efficace. C'est mon frère.
Il y a aussi la charmante Sylvie qui m'accompagne depuis déjà dix ans.
Je me devais aussi de rester pour mon ami Pierre Lamunière, qui nous a fait confiance depuis le début de cette aventure et qui nous a donné au sein du groupe Edipresse, les moyens de rêver et d'aller toujours plus loin. Ce groupe mythique qui a crée Edipresse Luxe, dirigé aujourd'hui par mon ami Marco Cattaneo.
Et je vous devais aussi à vous tous, et notamment à celui qui nous résume tous et sans lequel nous ne serions pas ici ce soir tels que nous sommes : Je pense à mon ami Franco Cologni, témoin à mon mariage. Lui aussi explique depuis quinze ans qu'il veut tout arrêter, mais il est toujours là…
Je vous rassure, avec moi, ça ne durera pas aussi longtemps que lui !
Maintenant mes amis, j'arrête de parler et je vous remercie encore une fois d'être venus. La soirée vous appartient…"
Gabriel Tortella