Chez DeLaneau, pas de grande manufacture ultra-moderne perchée dans l'Arc jurassien ou plantée dans ce terreau fertile désormais surnommé “Plan-les-Watches”. Les ateliers et les bureaux sont nichés au cœur de la Vieille-Ville de Genève, au pied de la cathédrale St-Pierre, agencés dans un dédale architectural d'un autre temps. Ce qui ne les empêche pas d'avoir tout pour réussir et d'être parfaitement équipés, notamment au niveau de l'émaillage. Même si la directrice, Cristina Wendt-Thévenaz, n'hésite pas à faire appel, si besoin, à des artisans de renom exerçant hors les murs. A noter cependant que tous sont basés aux alentours de Genève et que tous sont sélectionnés pour leurs méthodes artisanales traditionnelles et leur amour du métier. Seule compte la qualité extrême du travail effectué.

Car ici, tout est fabriqué et fini à la main. Et surtout, soigné jusqu'au moindre détail. Rien ne sort sans avoir été vérifié 1000 fois. Or, je ne pense pas seulement à l'habillage et au décor, mais aussi à ce qu'ils dissimulent: des mouvements mécaniques complexes, réalisés dans la plus pure tradition helvétique. Mais attention, Cristina ne verse pas dans la complication pour la complication. Celle-ci n'a de sens que si elle sert à mieux mettre en valeur la féminité, la créativité et le fort potentiel émotionnel de la montre. Vous cherchiez l'ADN de DeLaneau? Vous l'avez! Et il est fait de la même matière que les rêves, comme dirait un certain Shakespeare.
Premier tourbillon pour femme
Dès lors, on comprend mieux le lancement en 2002 du tout premier tourbillon féminin, une complication jusque-là irrémédiablement virile. Il s'agissait de créer un modèle qui recèle quelque chose de magique pour les femmes et quoi de plus fascinant que ce minuscule artifice mécanique capable d'annuler les effets néfastes de l'attraction terrestre? Sans compter qu'il sublime littéralement le décor qui l'entoure, lui-même prodige artisanal, chef-d'œuvre de tradition genevoise en phase d'oubli. Je vous parle de gravure à l'ancienne, de peinture miniature sur émail, de sertissage invisible...

Mê̂me philosophie pour la famille Angel Heart, apparue en 2008. Le rêve s'incarne cette fois dans la symbolique de l'ange et du cœur formé par les deux ailes posées sur le cadran. Quant à la magie, elle opère lorsque celles-ci s'ouvrent, découvrant la petite seconde qui s'y dissimule. Encore une complication au service exclusif de l'émotion. Car au fond qui, dans la vie quotidienne, prête attention aux secondes? En particulier quand on est une femme!
La part belle au décor
La 1608, créée en 2008, n'échappe pas à la règle. D'ailleurs, le public ne s'y trompe pas, vu le succès remporté par ce nouvel opus. Ici, la complication horlogère sollicitée est non pas seulement une heure sautante mais une heure-minute sautante affichée dans un double guichet digital extra-large (1608 faisant référence au nombre de sauts effectués par jour). Pourquoi ce choix? D'abord parce qu'il est en phase avec les besoins et les us de la femme actuelle, en ce sens qu'il facilite la lecture de l'heure. Ensuite, parce qu'il débarrasse le cadran de ses aiguilles et laisse le champ libre à l'expression artistique, notamment par des motifs en relief posés en applique, soit émaillés, soit sertis de pierres précieuses, soit simplement gravés. Quelles merveilles alors que ces magnolias plus vrais que nature, si vivants qu'ils semblent vouloir sortir de leur cage d'or et de saphir pour mieux éclore à l'extérieur! Ne leur manque que le parfum. Et comment ne pas se pâmer devant ces boîtiers aux lignes pures, ronds, rectangulaires ou carrés, entièrement pavés, enserrant un cadran uniquement constitué d'un damier de diamants baguette en serti invisible.

Mais le plus fort dans tout cela, c'est que chez DeLaneau, vos désirs sont des ordres. Rêvez, ils font le reste. Du moment que cela demeure en accord avec l'esprit de la maison, pas de limite. Seule condition: être patient. Car de telles œuvres peuvent demander plus d'un mois pour être façonnées et l'équipe aux mains d'or est somme toute plutô̂t réduite. Ce qui nous vaut, tout au plus, une centaine de pièces par année. Ainsi en va-t-il lorsque l'on met tout son cœur et toute son âme dans son ouvrage. Quant aux prix, certes ils sont élevés mais justes au regard du travail effectué.
Croyez-moi, cela fait longtemps que je suis dans le métier et j'ai rarement vu autant de perfectionnisme, de créativité et de poésie chez une marque horlogère. C'est sûr, Cristina fera encore longtemps rêver les femmes. D'autant qu'elle est entourée d'une équipe hors pair, parmi laquelle Anne-Carole Dufour, pour la communication. Difficile de résister à un tel duo de charme…
