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Gardien du savoir-faire genevois

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La maison a remis au goût du jour l'émail sous fondant, une technique de décoration très complexe élaborée au XVIIe siècle.
Tribune des Arts - Novembre 2010Philippe Clerc

Installées au coeur du vieux Genève, les émailleuses de la maison DeLaneau font rayonner un art connu déjà des civilisations de l'Antiquité. Dans un petit atelier – guère plus de 20 m² –, elles mettent à profit leurs talents pour créer des pièces uniques destinées à une clientèle exclusivement féminine. Des montres faites par des femmes, pour des femmes. Spécialité de la marque, le travail de l'émail demande un doigté et une minutie exceptionnels. 

 



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Amazone Miniature Léopard en or rouge serti de 65 diamants
chocolat taille baguette et 98 taille brillant, avec cadran peint sur
émail grand feu, sur bracelet satin. Mouvement automatique avec
72 heures de réserve de marche. Pièce unique. © Tribune des Arts

 

Le cadran en or de la montre est d'abord recouvert d'une première couche d'émail opaque, avant de passer au feu une première fois. Vient ensuite la décoration à proprement parler: après avoir délimité les contours du motif, il s'agit de remplir chaque alvéole au moyen d'émail liquide. Ce mélange, qui a l'aspect de la peinture, se compose d'huile et de cristaux d'émail. Appliquée au pinceau, cette technique est la plus difficile et demande une très grande précision. Ce sont les oxydes de métaux qui, une fois cuits, définiront les couleurs de l'émail; il faut attendre plusieurs passages dans le four pour que la magie s'opère. Les cuissons, appelées aussi feux, doivent être renouvelées plusieurs fois afin de donner aux couleurs tout leur éclat. Elles se font à une température de 800 à 900 C°. Il s'agit toutefois d'un moment très délicat et deux ou trois minutes de trop suffisent pour que des jours de travail soient compromis. Il faut alors tout recommencer…

 

Un caractère unique

La maison DeLaneau a remis au goût du jour l'émail sous fondant, appelé aussi émail de Genève. Élaborée au XVII e siècle, cette technique de décoration très complexe n'offre aucune garantie de réussite. On sait notamment que des artistes comme Jean-Etienne Liotard, ou le miniaturiste Jean Petiot I, y recouraient. Elle consiste, après la réalisation du motif, à apposer par-dessus un glacis incolore qui servira à protéger l'émail. Outre ce rôle protecteur, il lui donne un aspect particulier de brillance.



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Chacune des montres qui sort de l'atelier DeLaneau renferme un caractère unique. Les motifs des cadrans se déclinent autour de trois grands thèmes: la faune, la flore et les symboles. Fleurs de lotus, magnolias, léopards, revêtent leurs plus beaux atours sous les pinceaux des émailleuses. Tous sont uniques et ne peuvent en aucun cas être reproduits à l'identique puisque, avant le dernier feu, il n'est pas même possible de présager du résultat final. 

Et une autre particularité distingue les pièces créées dans le petit atelier de la Vieille-Ville: l'alliance de l'émail et de pierres savamment serties qui leur donne un caractère particulier. Ce mélange de tradition et de modernité, allié au savoir-faire des émailleuses, fait que chaque femme qui porte à son poignet une DeLaneau détient un vrai objet d'art et s'approprie un peu de l'histoire genevoise: celle de ses émaux.

 

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