Cristina Wendt-Thévenaz

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En tant que CEO et directrice artistique de la maison DeLaneau, elle sait comme personne offrir le meilleur de l'horlogerie mécanique aux femmes.
Tribune des Arts - Septembre 2011Marco Cattaneo

Des émaux délicats, des montres à la mécanique féminine, un atelier logé au cœur de la Vieille-Ville de Genève d'où sortent des pièces, toutes uniques, prêtes à séduire des femmes en Asie, en Russie, au Moyen-Orient. C'est l'aventure voulue par Cristina Wendt-Thévenaz, qui a pris les rênes de DeLaneau en 2001.

 

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Lorsqu'elle rejoint Delaneau, en 1997, Cristina Wendt-Thévenaz n'a pas encore de véritable expérience horlogère. Elle se lance avec passion à la découverte de ce nouvel univers. “J'aime ce processus d'apprentissage, cette nécessaire maîtrise des outils, des codes et des palettes sans laquelle on ne peut pas être créatif.” Elle puise sans retenue autour d'elle, apprend “de tous ceux qui participent au produit”. “Je ne peux pas juste émettre une opinion, j'ai d'abord besoin de comprendre.” Car une montre, aussi poétique et féminine soit-elle, n'est pas simplement une œuvre d'art. “On ne construit pas la stratégie produit d'une marque comme on peint un tableau, il faut tenir compte des besoins commerciaux, connaître le code génétique de la marque, comprendre les enjeux industriels.”

 

L'identité DeLaneau en ligne de mire

À son arrivée chez Delaneau, la marque née en 1949 s'était éloignée du projet initial de Rolf et Yolanda Tschudin, pour devenir presque généraliste. Cristina Wendt-Thévenaz y voit une aberration: “Une petite marque se doit d'avoir une particularité”, souligne-t-elle sans hésiter. Être généraliste lorsqu'on n'a ni économies d'échelle ni synergies à faire valoir est une absurdité. Elle s'attache donc à ressusciter le côté féminin de la marque, et propose dès 2001 sa collection des “capricieuses”.

Suivent, en 2002, le premier tourbillon pour femme, et surtout, en 2003, l'ouverture de l'atelier émail d'où vont naître papillons, orchidées et branches de cerisier, à chaque fois uniques, qui deviendront autant d'inimitables signatures de DeLaneau. Comme l'est cette volonté d'ofrire aux femmes une horlogerie mécanique. “J'aime qu'il y ait une substance derrière les apparences. Et j'aime le côté esthétique, graphique d'un beau mouvement. J'aime cette idée d'une sculpture en mouvement. J'aime qu'une montre bouge pour une raison mécanique, pas à cause d'une vulgaire pile au lithium qui ne marchera plus dans deux ans.”

D'où lui vient donc cet étonnant mélange de rigueur et d'enthousiasme? De l'enfance, peut-être. Une mère suisse-allemande, un père espagnol, cadre supérieur dans une multinationale, arrivé sur le Vieux-Continent pendant la Seconde Guerre mondiale, après avoir été chassé de Manille par l'avance de l'armée japonaise. Cristina Wendt-Thévenaz vit dès sa naissance entre plusieurs cultures, au rythme des déménagements qu'impose une vie d'expatriés. De ses quatre premières années, passées à Barcelone, elle garde surtout le souvenir d'une odeur, celle si particulière de ces sucreries que l'on suspend aux palmes tressées des enfants, à l'occasion du dimanche des rameaux.

À 19 ans, et après plusieurs étapes européennes, elle quitte le nid familial pour étudier les arts graphiques, à Paris d'abord, à Washington DC ensuite. Elle passe des États-Unis à la République Islamique et vit trois ans en Iran, une expérience marquante, difficile, mais dont elle sort plus riche. Elle doit porter le voile, et développe sous l'anonymat obligé de ce vêtement une forme de liberté de penser. “Lorsqu'on n'a pas de vie extérieure, qu'on est isolé du reste du monde et que les règles sont contraignantes, on saisit mieux de quoi on a réellement besoin, on comprend ce qui nous rend véritablement heureux.”

 

La Suisse: choc culturel

L'arrivée en Suisse est un contraste violent: “Je me souviens du premier choc, d'une sorte de rejet culturel. Je me suis d'abord dit: C'est fou ce que les gens aiment leur voiture ici!” Elle s'installe néanmoins, démarre comme graphiste dans l'atelier de Roger Pfund. S'ancre finalement dans cette Genève qu'elle trouve “trop petite pour pouvoir y être anonyme”, et où elle vit avec ses trois filles.

En Iran, elle a eu le temps d'apprendre le farsi, qu'elle parle et écrit. Une langue de plus pour cette femme qui se définit comme européenne, et qui peine à savoir dans quelle langue elle pense ou rêve. “Cela dépend des moments”, lâche-t-elle comme si cette question ne l'avait jamais efleurée. Un instant supplémentaire de réflexion et elle renonce à trancher. Tout juste énumère-t-elle les langues qui lui sont vraiment familières: l'espagnol, le français, l'allemand, l'anglais.

Elle jongle sans peine entre les cultures et s'en amuse aussi. Elle regarde les montres de sa collection “Atamé” aux attaches si particulières. Elle s'arrête sur ce mot espagnol, venu peut-être d'un film d'Almodovar et qui signifie “attache-moi”, et s'enthousiasme de penser que phonétiquement, ce pourrait aussi être du japonais.

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