Grand timide devenu homme public

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Travailleur acharné, Fawaz Gruosi doit aussi son succès à son formidable don de mettre à l'aise.

Travailleur acharné, le président de de Grisogono doit aussi son succès à son formidable don de mettre à l'aise.

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Fawaz Gruosi

 

«Du temps libre? Non, je n'en ai pas et ça ne m'intéresse pas. Mon temps libre, c'est quand je travaille.» Du coup, Fawaz Gruosi, 54 ans, travaille tout le temps, promène dans sa poche le planning de ses prochains déplacements, achète des livres dans les aéroports dont il ne parcourt que les premières pages. En voyage vingt jours par mois, il accompagne ses clients là où ils se trouvent, à la mer l'été, à la montagne l'hiver. Ses coins préférés? La Sardaigne et Saint- Moritz.

«J'ai basé mon métier sur le relationnel»

Malgré un agenda surchargé, il parle plutôt doucement, s'intéresse à vous, vous regarde dans les yeux. Quelques secondes à peine et déjà le charme opère, ça y est, vous connaissez Fawaz Gruosi depuis longtemps. Son geste ample de la main, l'accent de cette Italie où il a vécu une partie de son enfance, la cigarette qu'il regrette de fumer, sont autant de repères aussitôt familiers. Ce don de vous mettre à l'aise – cette empathie –, a fait de ce grand timide un homme public, dont la photo fait tour à tour la une des magazines économiques et celle de la presse «people». Fondateur de de Grisogono, qu'il a créé voici quatorze ans, Fawaz Gruosi s'accommode parfaitement de sa notoriété, même si, à cause des photographes, il est obligé de se raser plus souvent qu'il ne l'aimerait: «Ma vie est devenue comme ça», constate-t-il amusé. «J'ai basé mon métier sur le relationnel, sur la vie sociale». L'un de ses métiers, plutôt, car entre la création, l'ouverture de boutiques, comme à Tokyo cette année, Miami l'année prochaine, Shanghai peut-être en 2009, ou la vie sociale justement, il en pratique plusieurs. Et les aime tous, sauf la finance et la comptabilité. «Ça, je déteste», affirme-t-il, péremptoire. L'argent ne l'intéresse pas, il n'a jamais mis un sou de côté, réinvestissant systématiquement tout ce qu'il gagnait. Jusqu'à faire de sa société une entreprise florissante au chiffre d'affaires dépassant les 100 millions de francs, répartis à peu près pour moitié entre la joaillerie et les montres. Mais, au fait, d'où vient le nom de Grisogono? «Quand nous avons créé l'affaire, nous étions trois associés, et chacun voulait lui donner son nom», s'amuse-t-il. Tous trois ont alors établi des listes de noms italiens, «mais ça n'allait pas, ça avait l'air d'une pizzeria». Jusqu'au jour où l'un des associés a pensé au nom de jeune fille de sa mère: la marquise de Grisogono. La marque était née, et Fawaz Gruosi la conserva lorsque, quelques mois plus tard, il se retrouva seul maître à bord. Libanais par son père et Italien par sa mère, Fawaz Gruosi a vécu à Florence, à Londres, en Arabie Saoudite, à New York, à Paris. Sa première langue était l'arabe qu'il a oublié depuis, sa seconde le français. Lorsqu'il écrit, il le fait en anglais. Sa patrie, pourtant, c'est Genève. «Pas la Suisse, Genève», précise-t-il dans un sourire. «Je me suis trouvé bien ici, alors j'ai décidé d'y rester. A Genève, j'ai ma femme, ma maison, mes amis.» Il marque une pause, avant d'ajouter «et mes six chiens». Mais l'heure n'est pas encore à la promenade: depuis sept ans, Fawaz Gruosi caresse un rêve secret, «quelque chose d'impensable pour un joaillier». Il n'en dira pas plus, nous donnant juste rendez-vous en 2009 pour lever le voile. Nous attendrons avec plaisir!

Marco Cattaneo

Tribune des Arts - No352 - Juin 2007

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