Dans la cour des grands horlogers

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La petite entreprise genevoise a sorti le grand jeu pour célébrer ses quinze ans d'existence.

Certes, pour une entre­prise, quinze ans n'est pas une durée de vie extraordinaire. Sauf pour de Grisogono. Fondée par le désor­mais célèbre Fawaz Gruosi, la petite maison de joaillerie genevoise aura réalisé un par­cours économique des plus im­pressionnants: parti de rien, expert en pierres précieuses mais néophyte en matière d'hor­logerie, Fawaz Gruosi peut aujourd'hui se targuer non seu­lement de jouir d'une réputation internationale en matière de joaillerie, mais également de jouer dans la cour des grands horlogers suisses. Le tout en un temps record dans cette indus­trie en si forte concurrence.

Pas mal, tout de même, pour un chef d'entreprise qui se défend d'être un stratège… Homme d'affaires, Fawaz Gruosi l'est certainement devenu avec le temps. Le génie de la création, lui, a toujours fait partie de ses gènes. Audacieux dans sa pen­sée, l'artiste transforme des cailloux en somptueuses parures avant même de les avoir taillés. Imagine des complications hor­logères ultrasophistiquées pour les enfermer dans des écrins hors norme. Façonne les tendan­ces du 21e siècle aussitôt suivies par les stars et autres membres du show-business.

Pas étonnant dès lors que sa société affiche une ascension si fulgurante. «Il est vraiment très rare qu'une société sans aucune histoire horlogère (ndlr. de Grisogono n'a commencé à pro­duire des montres qu'en 2000)  acquiert si vite une telle légiti­mité », note Jean-Daniel Pasche, président de la Fédération hor­logère suisse. Mais comment donc Fawaz Gruosi s'y prend-il? En gérant au plus près son image d'horloger-joaillier avant­gardiste, travailleur acharné, pa­tron accessible et ami des stars, ami des journalistes aussi. «J'ai de la chance, la presse m'a sou­vent soutenu», confie-t-il.

Prochaine verticalisation

Fidèle à ses principes – luxe et glamour – le patron a ainsi sorti le grand jeu pour célébrer la semaine dernière l'anniversaire de sa société dans le plus pur style «de Grisogono»: sans limi­tes! Au total, pendant 2 jours, plus de 200 journalistes ont été choyés par la marque: réception au domicile privé de Fawaz Gruosi, visite des ateliers, soirée digne des événements jet-set, dé­jeuner aux meilleures tables de Genève, clôture des festivités au Grand Théâtre de Genève avec un ballet de Maurice Béjart. Autant d'opérations séduction parfaite­ment orchestrées par le créateur genevois qui ont permis de lui forger une notoriété des plus soli­des.

Retour sur quinze années de croissance économique quasi ininterrompue d'une entreprise intimement liée à son fondateur. Impossible en effet d'évoquer l'histoire de de Grisogono sans partir sur les traces de Fawaz Gruosi. Un homme qui doit sa destinée professionnelle à une bonne dose de hasard, comme il se plaît à le souligner. «Je vivais à Florence avec ma mère et j'ai quitté l'école à 18 ans par néces­sité financière», raconte-t-il. C'est aux côtés d'un joaillier qu'il se forme à cet art, avant d'enta­mer des collaborations détermi­nantes avec Harry Winston puis Gianni Bulgari. Au début des années 90, Fawaz Gruosi décide de voler de ses propres ailes, un peu sur un coup de tête. «J'avais des idées de création bien préci­ses, mais aucune stratégie com­merciale », explique-t-il.

En 1996, le joaillier signe son premier coup de génie: au hasard d'une lecture, il découvre le dia­mant noir, une pierre délaissée par l'industrie en raison de sa fragilité et de sa couleur, et dé­cide d'en faire son emblème. Suc­cès mondial instantané. «A l'épo­que, les prix du diamant noir étaient dérisoires. Ils ont depuis décuplé», raconte-t-il. Suivront le diamant laiteux, le galuchat (de la peau de raie utilisée comme cuir de bracelet), le Bobby Brown Gold (de l'or couleur caramel), autant d'inventions qui mar­quent l'industrie du luxe.

A peine lancée, l'horlogerie intrépide de Grisogono fait éga­lement mouche. Un succès qui permet aujourd'hui à l'entre­prise d'envisager un avenir ra­dieux, tant en termes d'affaires que d'expansion interne. D'ici 2009, le Genevois devrait ainsi entamer une véritable verticali­sation et s'installer dans sa propre manufacture, qui sera construite à Plan-les-Ouates.

La récompense ultime pour un horloger. Lors de sa confé­rence de presse, Fawaz Gruosi ne cachait ni sa satisfaction ni son émotion. «Tout ce que j'ai entre­pris, a-t-il expliqué en préam­bule, je n'aurai jamais pu l'entre­prendre sans mes 180 collabora­teurs, dont la plupart sont à mes côtés depuis le début.» Jolie re­connaissance. Et belle modestie.

Luxe, faste, glamour: comment faire un show façon «de Grisogono» Les événements de la société genevoise sont réputés dans le monde entier pour leur réus­site. Petit aperçu organisationnel. Il y a d'abord l'idée. Sans elle, rien ne tient. Imaginé par l'en­semble de l'équipe de Grisogono sous le pilotage de Michèle Reichenbach, directrice de la communication, le concept d'une soirée de Grisogono est soigneu­sement mis en scène. Pour ses 15 ans, la société a décliné le thème des péchés capitaux afin de souligner l'audace sans limite de son fondateur.

Vient ensuite le décor: géré par une société cannoise, fidèle du joaillier genevois, ce dernier rivalise d'ingéniosité. Au total, douze semi-remorques auront été nécessaires pour transformer la Halle Sécheron en un décor fantasmagorique ou le faste côtoie le mystère. Déambulant sur des balançoires parsemées aux plafonds, des mannequins se prélassent en admirant les créations de Grisogono. Plus loin, un mur laisse apparaître des trous de serrures dans lesquels des horlogers s'affairent. Installés sur des tables tournantes, les convives applaudissent un or­chestre perché sur des roues de mouvement horloger gigantes­ques, tandis que les spectacles d'artistes et de danseurs se succèdent. Grandiose.

Reste le coût: «plusieurs cen­taines de milliers de francs», glisse Michèle Reichenbach.

Nous n'en saurons pas plus.
Le vrai luxe n'a pas de prix. Tribune de Genève / FLORENCE NOËL / www.tdg.ch
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