Pierre Jacques vient de prendre les rênes de la marque qui s'était jusque-là passée de CEO, ses deux fondateurs étant absorbés par la création de montres. Il livre ses premières impressions.
WORLDTEMPUS – 4 février 2011
Propos recueillis par Louis Nardin
Avec Pierre Jacques comme CEO, De Bethune est désormais représentée par un délégué aussi professionnel qu'agréable et compétent. Il vient compléter une équipe structurée autour des deux fondateurs de la marque: l'horloger et inventeur Denis Flageollet et l'expert en horlogerie et designer David Zanetta. Admiratif de cette marque célébrée par tous les connaisseurs horlogers, sa tâche constituera d'abord à la faire connaître dans toute sa profondeur. Avec comme actualité d'agrandir le réseau de points de vente qui compte déjà parmi les détaillants les plus cotés comme Mercury en Russie, The Hour Glass à Singapour, Chronopassion à Paris ou encore Cellini à New-York. Ce développement devrait justement commencer par les Etats-Unis.
Un mois à peine après être entré en fonction, et avec un rap d'IAM passant en fond sur la radio, Pierre Jacques livre à Worldtempus sa vision de la marque, explique la stratégie qu'il entend mettre en place et livre ses premières impressions.
Jusqu'alors directeur de la boutique genevoise de Les Ambassadeurs, Pierre Jacques s'est fait connaître des horlogers en cofondant le magazine GMT avec Brice Lechevalier. Ayant également passé deux ans à la tête du Grand prix d'horlogerie de Genève, il a renoncé à cette fonction pour se concentrer exclusivement sur sa nouvelle mission.

Louis Nardin: Entré en fonction le 1er janvier, vous proposiez le 4 de créer une montre plus simple et moins onéreuse que la majeure partie du catalogue. Le 17, Denis Flageollet vous tendait le premier prototype qui a été plébiscité par la presse et les détaillants. Comment jugez-vous cette expérience?
Pierre Jacques: Je me suis contenté de faire une proposition, soit offrir une montre d'entrée de gamme à un prix plus accessible que la moyenne du catalogue. Nous y sommes parvenus et elle est vendue 29'900 francs hors taxes. Mais je retiens surtout la réactivité étonnante de Denis Flageollet et de son équipe. Il ne lui a fallu qu'une dizaine de jours pour modifier en profondeur un calibre existant, réaliser un premier prototype fonctionnel et adapter un boîtier qui le mette en valeur. J'avais conscience que la culture d'innovation chez De Bethune était très forte avant d'entrer dans la société. Mais je ne m'imaginais pas qu'elle se doublait d'une telle rapidité d'exécution.
Sur quoi repose cette rapidité?
Les processus de décision impliquent très peu de monde. Il n'y a pas besoins de multiples validations avant de passer à la réalisation. C'est l'avantage de cette petite structure qui emploie une cinquantaine de personnes au total.

En 9 ans, De Bethune a créé pas moins de 11 calibres originaux, dont un tourbillon à seconde morte récemment, et déposé 9 brevets à la pointe de la recherche horlogère. A quoi tient cette puissance d'innovation?
Denis Flageollet et David Zanetta sont toujours impatients d'inventer. Ils partagent ce besoin perpétuellement urgent de matérialiser leurs dernières idées. A cela s'ajoute un perfectionnisme sans concession. La qualité, en particulier, ne fait l'objet d'aucun compromis.
En quoi De Bethune est-elle une authentique manufacture comme vous l'annoncez?
De Bethune produit à l'interne 95% de ses composants, soit environ 3'500 références, en allant jusqu'aux aiguilles, aux cadrans ainsi que tous les traitements de surface. Même les spiraux, qui sont achetés à l'extérieur, sont retravaillés à l'interne pour intégrer la courbe De Bethune. Même si la définition de ce concept est sujette à discussion, sa production, si verticalisée, en fait de facto une manufacture.

Discrète au niveau médiatique, De Bethune connaît un déséquilibre entre la qualité et l'innovation de ses montres, et sa visibilité publique. Allez-vous travailler à la renforcer?
Ce sera même ma principale mission. Depuis 10 ans Denis Flageollet et David Zanetta inventent des calibres, subliment la technique horlogère et dessinent des formes de montres encore jamais vues et toujours dans le respect le plus strict de l'artisanat horloger. La marque mérite d'être présentée aux amateurs de haute horlogerie car elle concentre tous les traits distinctifs d'une marque de prestige, une vision du design futuriste en sus. Ma mission est de faire rayonner la marque et de porter plus loin ses valeurs, en organisant des dîners de collectionneurs par exemple.
Quels sont vos objectifs de vente?
Nos prévisions tablent sur 300 modèles pour 2011. D'ailleurs l'année a très bien débuté et nous souhaiterions même parvenir à écouler une centaine de pièces en Chine. A terme, la production ne devrait pas dépasser 600 pièces par an pour préserver son exclusivité.

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