Connu comme l'inventeur du Tableau-piège, Daniel Spoerri voit son art comme une information à voir ce que l'on n'a pas l'habitude de regarder. Ni plus, ni moins.
«Ne prenez pas le Tableau- piège pour une oeuvre d'art. C'est une information, une provocation, une indication pour l'oeil de regarder des choses qu'il n'a pas l'habitude de remarquer. Rien d'autre. Et d'ailleurs, l'art, qu'est-ce que c'est? C'est peut-être une manière et une possibilité de vivre», assène Daniel Spoerri.
Le 26 octobre 1960, le Nouveau Réalisme regroupait autour d'Yves Klein les douze artistes signataires du Manifeste définissant la «singularité collective, à 40 degrés au-dessus de Dada», qui les orientait vers la diversité urbaine et la critique de la société de consommation, loin de l'abstraction subjective exploitée par de nombreux artistes de l'époque.
La vie elle-même constitue ainsi le mode d'emploi quotidien de l'art de Daniel Spoerri. Cette appropriation du réel le rapproche également des positions radicales du mouvement Fluxus, cherchant à réduire l'écart entre l'art et la vie. Aujourd'hui internationalement connu comme l'«inventeur » du Tableau-piège, Daniel Spoerri a aussi été le créateur d'une galerie présentant des oeuvres comestibles, l'organisateur de banquets thématiques, le concepteur du Musée sentimental. Inlassablement, il explore depuis les années 1960 l'énigmatique banalité du quotidien et développe un langage fait d'attitudes et d'innovations culturelles.
Objets récupérés et fixés Les objets qu'il récupère, fixés sur des supports et détournés de leur fonction, accèdent grâce à lui au monde des idées et deviennent des signes, des chiffres ou des fétiches. La colle, l'accumulation, la composition due au hasard qui en organise l'assemblage, leur usure sont les instruments nécessaires à la réalisation d'un Tableau-piège. On y retrouve l'esprit corrosif de Dada ou l'amour du rebut incarné par Kurt Schwitters. «Des objets trouvés, au hasard, en ordre ou en désordre, sur des tables, dans des boîtes ou dans des tiroirs, sont fixés, ‘‘piégés'' tels quels. Seul le plan est changé: dès lors que le résultat est appelé tableau, ce qui est à l'horizontale est mis à la verticale.»
L'artiste suisse d'origine roumaine cessera cette pratique du Tableaupiège quand il s'isolera sur une île grecque pour renouer avec une autre réalité plus austère. Car le Tableaupiège est un processus qui relève avant tout de l'histoire de l'art et qui rappelle combien la nature morte a été peinte et repeinte à travers les siècles: «Coller trois assiettes et les accrocher au mur dans un contexte d'histoire de l'art où il s'agit de tirer la dernière conséquence de la nature morte et du vérisme – car c'est cela, au fond, le Tableau-piège: autrefois, il était reproduit et à présent il est accroché là comme s'il était peint, mais en fait il est tridimensionnel.»
Karine Tissot Mamco Genève
10, rue des Vieux-Grenadiers,
2e étage.
Tél. +41 22 320 61 22.
Dimanche 7 décembre 2008, visite commentée à 15 h et entrée gratuite.
Mercredi 3 décembre 2008, ouverture nocturne gratuite de 18 h à 21 h et visite commentée à 19 h.
Guides-volants à disposition. www.mamco.ch
Le 26 octobre 1960, le Nouveau Réalisme regroupait autour d'Yves Klein les douze artistes signataires du Manifeste définissant la «singularité collective, à 40 degrés au-dessus de Dada», qui les orientait vers la diversité urbaine et la critique de la société de consommation, loin de l'abstraction subjective exploitée par de nombreux artistes de l'époque.
La vie elle-même constitue ainsi le mode d'emploi quotidien de l'art de Daniel Spoerri. Cette appropriation du réel le rapproche également des positions radicales du mouvement Fluxus, cherchant à réduire l'écart entre l'art et la vie. Aujourd'hui internationalement connu comme l'«inventeur » du Tableau-piège, Daniel Spoerri a aussi été le créateur d'une galerie présentant des oeuvres comestibles, l'organisateur de banquets thématiques, le concepteur du Musée sentimental. Inlassablement, il explore depuis les années 1960 l'énigmatique banalité du quotidien et développe un langage fait d'attitudes et d'innovations culturelles.
Objets récupérés et fixés Les objets qu'il récupère, fixés sur des supports et détournés de leur fonction, accèdent grâce à lui au monde des idées et deviennent des signes, des chiffres ou des fétiches. La colle, l'accumulation, la composition due au hasard qui en organise l'assemblage, leur usure sont les instruments nécessaires à la réalisation d'un Tableau-piège. On y retrouve l'esprit corrosif de Dada ou l'amour du rebut incarné par Kurt Schwitters. «Des objets trouvés, au hasard, en ordre ou en désordre, sur des tables, dans des boîtes ou dans des tiroirs, sont fixés, ‘‘piégés'' tels quels. Seul le plan est changé: dès lors que le résultat est appelé tableau, ce qui est à l'horizontale est mis à la verticale.»
L'artiste suisse d'origine roumaine cessera cette pratique du Tableaupiège quand il s'isolera sur une île grecque pour renouer avec une autre réalité plus austère. Car le Tableaupiège est un processus qui relève avant tout de l'histoire de l'art et qui rappelle combien la nature morte a été peinte et repeinte à travers les siècles: «Coller trois assiettes et les accrocher au mur dans un contexte d'histoire de l'art où il s'agit de tirer la dernière conséquence de la nature morte et du vérisme – car c'est cela, au fond, le Tableau-piège: autrefois, il était reproduit et à présent il est accroché là comme s'il était peint, mais en fait il est tridimensionnel.»
Karine Tissot Mamco Genève
10, rue des Vieux-Grenadiers,
2e étage.
Tél. +41 22 320 61 22.
Dimanche 7 décembre 2008, visite commentée à 15 h et entrée gratuite.
Mercredi 3 décembre 2008, ouverture nocturne gratuite de 18 h à 21 h et visite commentée à 19 h.
Guides-volants à disposition. www.mamco.ch