Retour sur les premières vues de l'Orient

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Cet hivers, l'Emirat de Sharjah découvrait la collection photographique de Thomas Walther. Un témoignage essentiel de la vie dans les pays arabes de la fin du XIXedébut XXe siècles.

Tribune des Arts - Juillet 2009
Chloé Gabathuler

 

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Alexandre Bougault, Fauconnier, 1910, Collection Thomas Walther


Si l'Emirat de Sharjah est bien loin de pouvoir rivaliser financièrement avec Dubaï ou Abu Dhabi, il se démarque nettement de ses voisins en matière de culture. Gouverné depuis 1972 par un amoureux des arts, le Sheikh Sultan bin Mohammed Al-Qasimi, Sharjah détient de nombreux musées et organise depuis près de dix-huit ans une biennale d'art. C'est dans ce cadre propice que s'est déroulée l'hiver dernier une exposition exceptionnelle, “ Focus Orient ”, consacrée à la photographie orientaliste de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

Fait marquant: les quelque deux cents oeuvres, toutes issues de la collection Thomas Walther, n'avaient jamais été exposées auparavant. Photographe et collectionneur depuis ses années d'études, Thomas Walther a parcouru, durant près de trente ans, marchés aux puces, antiquaires et brocantes afin de se constituer une collection de photographies unique. Parmi les oeuvres sélectionnées pour “ Focus Orient ”, figuraient tous les grands noms de la photographie orientaliste.

Contribution au développement de l'égyptologie

Maxime Du Camp, tout d'abord, fut un des initiateurs du genre. Il effectua deux voyages dans les pays du Levant, dont un en 1849 en compagnie de Gustave Flaubert. Du Camp se concentra essentiellement sur les paysages et les monuments. Ses images de Karnak, Luxor ou Abu Simbel contribuèrent au développement d'une nouvelle science: l'égyptologie. Il en va de même pour les prises de vue de Francis Frith qui, elles aussi, témoignent d'un regard scientifique. D'autres photographes réalisèrent plutôt des scènes de genre ou des portraits.

C'est le cas notamment de Henri Béchard qui immortalisa les petites gens – porteurs ou vendeurs d'eau –, mais également d'Alexandre Bougault dont le portrait d'un fauconnier ne manqua pas d'intriguer le Sheikh de Sharjah. En effet, il aurait demandé à Thomas Walther, lorsqu'il visita l'exposition, pourquoi ce personnage portait deux faucons. Walther aurait répondu que la photographie à cette époque était une affaire plutôt encombrante et que le temps d'exposition était très long. Pour cette raison, le réalisme n'était pas toujours un des premiers objectifs des photographes, a fortiori lorsqu'ils immortalisaient un groupe de personnes.

Certains Européens comme Lehnert & Landrock ou Félix Bonfils s'installèrent en Orient et ouvrirent des studios photo. Si certaines de leurs images étaient publiées dans leur pays d'origine, le plus souvent sous forme d'albums, le principal de leur production – portraits et vues urbaines – était vendu sur place aux touristes. On aurait pu penser que ces prises de vue empreintes parfois d'exotisme de pacotille et d'européocentrisme provoquent quelques réactions auprès du public de Sharjah. Pourtant, il n'en fut rien. Pour Hisham Al Madhloum, chef du département de la culture et de l'information, ces clichés constituent un témoignage essentiel sur le passé des pays arabes.
 

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