Michel Arnoux

S'il est de notoriété publique qu'un train peut en cacher un autre, le fait qu'un parapluie, non pas bulgare mais chinois, peut dissimuler une fausse montre est moins connu.
Un jour comme un autre dans le port de Gênes. Le fonctionnaire chargé du dédouanement des marchandises commence tranquillement sa journée. Il prend sur la pile le premier dossier, un cas simple pour se mettre dans le rythme. Les papiers parlent d'un conteneur en provenance de Chine, 30'000 parapluies répartis dans 620 paquets. Ennuyeuse routine. Première vérification pour le calcul de la taxe douanière, il lui faut contrôler que le nombre de paquets déclarés correspond bien à la réalité. Après comptage et recomptage, une différence de 28 paquets reste inexpliquée. Ca fait quand même 3'000 parapluies en trop, calcule rapidement notre douanier. Sans autre, il prévient ses collègues de la section anti-fraude qui prennent en charge le cas. Le grand déballage commence.
Les gens de l'anti-fraude, habitués aux coups tordus, ne sont pas autrement surpris lorsqu'ils découvrent, sous les parapluies, 118 paquets contenant 27'412 contrefaçons de montres et près de 50'000 composants divers (fermoirs, glaces, barrettes, fonds, aiguilles, bracelets etc). En outre, un paquet contient une potence avec son outillage, en particulier les poinçons, pour l'impression des marques sur le cuir des bracelets.

Deux représentants de la FH se sont rendus sur place pour prendre connaissance du dossier et réaliser les expertises usuelles. Pour le cas d'espèce, le schéma est assez habituel. Il s'agit en l'occurrence de fausses montres de qualité médiocre destinées à la vente sur les plages et les sites touristiques italiens. Les pièces sont fabriquées en Chine puis expédiées par bateau en Italie, sans marque et partiellement assemblées, accompagnées de tout l'outillage nécessaire pour compléter le travail. A l'évidence, un homme de main était censé récupérer les colis chez le transitaire, après dédouanement, pour les acheminer dans un atelier clandestin. Les quantités relevées donnent une petite idée des capacités de l'atelier en question.
Selon les premières investigations, ce dernier devrait se trouver en Toscane, dans un triangle Pise-Florence-Empoli. L'enquête suit son cours pour tenter de le localiser de manière précise. Toutefois, il y a fort à parier que d'ici là, les tenanciers auront plié bagage.
Cet épisode démontre que le secteur de la contrefaçon classique est toujours vivace. Les ateliers clandestins restent une réalité en Europe et Internet n'a pas cannibalisé toute la distribution du faux. Accessoirement, cet exemple montre aussi à quoi tiennent parfois les saisies. Si le nombre de paquets avait été déclaré correctement, les contrefaçons auraient été dédouanées sans encombre et les fausses montres seraient restées des parapluies!
