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Un avenir toujours incertain

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William Devine aura-t-il encore suffisamment de temps pour s'occuper de Condor?

Ce fut l'un des fleurons de l'industrie jurassienne. Active autrefois dans la fabrication de bicyclettes, notamment pour l'armée suisse, et de vélomoteurs, l'entreprise Condor, installée à Courfaivre, a employé jusqu'à 300 collaborateurs. Aujourd'hui, elle vivote avec une quarantaine de personnes dans le domaine de l'industrie des machines et de l'aéronautique. Depuis le 31 janvier, Condor est au bénéfice d'un sursis concordataire octroyé par la justice.

Encore incertain, son avenir se trouve entre les mains de repreneurs potentiels représentés parWilliam Devine. Ce Genevois actif dans le domaine de l'horlogerie n'est pas un inconnu dans le canton du Jura. En 2003, il avait repris la marque horlogèreIkepod, elle aussi au bénéfice d'un sursis concordataire, avant de la revendre à des investisseurs américains. L'an dernier, William Devine a pris la tête du conseil d'administration de Condor au moment où l'entreprise s'apprêtait à déposer son bilan en raison de son surendettement. La promesse d'injecter au moins un million de francs a convaincu le juge de surseoir à la faillite. Un mandat a été confié à William Devine pour redresser la société. Or, la situation s'est avérée catastrophique: l'analyse approfondie de la comptabilité a dévoilé des pertes plus importantes que prévu. Ce qui a contraint la société à demander un sursis concordataire. Parallèlement à cette procédure, Condor s'est restructurée avec succès. Elle s'est concentrée sur ses activités de sous-traitance dans le domaine de la mécanique. Grâce à la bonne conjoncture et aux mesures prises, les pertes d'exploitation ont été divisées par dix.

Un soutien du canton

Rien n'est cependant joué: la position de Condor reste fragile. Il faut d'abord en terminer avec la procédure judiciaire. Un projet de concordat devra satisfaire les créanciers. Puis il s'agira de recapitaliser la société. Pour l'instant, les négociations se poursuivent. Dans la région, on espère qu'un rachat, via un groupe industriel, permettra à Condor de survivre. Le canton du Jura est prêt à soutenir des repreneurs. Si de nouvelles activités voient le jour, il peut cautionner un prêt bancaire, prendre à sa charge le paiement des intérêts et payer le 60% des salaires des collaborateurs pendant au moins trois mois.

Des ébauches pour l'horlogerie

L'an dernier, William Devine laissait entendre que Condor pourrait à nouveau se lancer dans la production de vélos, mais aussi dans les montres. Un retour aux sources, puisque les fondateurs de Condor fabriquaient à l'origine des ébauches pour l'horlogerie. Actuellement, on n'en sait pas davantage sur les réelles intentions de William Devine. Ce dernier, qui vient de prendre la direction de l'horloger genevois Bédat Co, aura-t-il encore suffisamment de temps pour s'occuper de Condor? Absent à l'étranger, il fait dire à son secrétariat qu'il n'entend pas s'exprimer sur l'avenir de la société jurassienne. Dans les prochains mois, le conseil d'administration pourrait s'étoffer avec l'arrivé d'au moins un nouveau membre.

A Courfaivre, les employés de Condor sont désormais dans l'attente d'un repreneur. Face au silence de William Devine, l'inquiétude domine.

Bilan/ Jean-Philippe Buchs / www.bilan.ch