Troisième volet d'une série de cinq coups de cœur pour les meilleures montres de ce printemps 2008 : bourré de testostérone, le chronographe Concord C1 Tourbillon Gravity réinvente dans un vertige créatif le tourbillon vertical.

COUPS DE CŒUR 2008 / 3 : Soudain, le tourbillon releva la tête… (Concord C1 Tourbillon)
Troisième volet d'une série de cinq coups de cœur pour les meilleures montres de ce printemps 2008 : bourré de testostérone, le chronographe Concord C1 Tourbillon Gravity réinvente dans un vertige créatif le tourbillon vertical.
Nom : Concord C1 Tourbillon Gravity. Relancée en 2007 par la seule force de son chronographe C1, qui ne manquait effectivement pas de muscles, la marque Concord (groupe Movado) frappe encore plus fort cette année avec un chrono-tourbillon qui s'affranchit non seulement des lois de la gravitation, mais aussi des lois classiques de l'architecture horlogère. Cette fois, le tourbillon est logé à l'extérieur du boîtier !Les raisons de ce coup de cœur ?On avait aimé, l'année dernière, le retour de Concord sur la scène de la montre sportive, avec un hyper-chronographe C1, qui concentrait à peu près tous les marqueurs de la nouvelle esthétique horlogère : boîtier vitaminé, cocktail de matériaux, cadrans étagés, angles vifs et reliefs sculptés. Tout au plus pouvait-on reprocher à cette pièce, soigneusement promue par Vincent Perriard, qui est à la fois un des meilleurs spécialistes du branding horloger et un des plus jeunes présidents de l'industrie suisse, un léger manque d'originalité du côté mécanique (un classique Valgranges) et une relative banalité dans la disposition des triples compteurs. L'essentiel reste que, malgré quelques retards dans les livraisons, ces chronographes ne sont jamais restés très longtemps dans les vitrines. Ce premier succès a poussé Vincent Perriard à frapper encore plus fort cette année. Côté design, un boîtier encore plus musculeux, mais sans stéroïdes : 48,5 mm au garrot (diamètre) et tout de même 18,5 mm sous la toise (épaisseur), avec un verre saphir de 3,3 mm pour protéger le cadran. Le genre de montres qui ne craint pas d'afficher ses formes ! Le plus étonnant est sans doute que cette montre reste portable, du fait de son absence de « cornes » et de son bracelet en caoutchouc « plongeant » pratiquement à la verticale du boîtier – lequel est en or gris traité sur certaines surfaces en DLC noir.Côté cadran, l'esthétique est tout aussi décoiffante. Un affichage décentré entre 10 h et 11 h pour les heures et les minutes, avec des aiguilles très travaillées et des index tout aussi « nerveux ». Une réserve de marche (84 heures selon le constructeur) entre 7 h et 8 h, avec un dispositif très spécial -auquel je n'ai pas compris grand-chose – mais qui sert à transmettre directement à l'aiguille de cette réserve de marche l'indication du niveau d'énergie disponible dans le barillet : c'est normalement destiné à régulariser le mouvement. Un « trust index » (indicateur d'amplitude du balancier) entre 4 h et 5 h : c'est un des jouets préférés de l'équipe BNB, qui a conçu ce calibre exceptionnel, et c'est théoriquement prévu pour éviter de trop remonter la montre (couronne à 2 h), ce qui nuirait à sa précision. A 5 h, le compteur du chronographe fly-back, qu'on déclenche par un poussoir à 7 h : s'il y a bien une preuve que nous sommes bien face à une montre témoin des concepts 2008, c'est que ce chronographe mono-compteur et mono-poussoir est dénué d'aiguilles des secondes. Très classe, évidemment ! D'autant que ce mono-compteur fonctionne en permanence : donc, grâce au « retour en vol » (fly-back), on peut pratiquement s'en servir comme compte à rebours ou, dans certaines conditions, comme second fuseau horaire. Le tout sous les inévitables herses, grillages et « bastions » de gomme sans lesquels les cadrans modernes se sentiraient humiliés.Le meilleur pour la fin : le tourbillon logé entre 4 h et 5 h, mais à l'extérieur du boîtier, dans une sorte de « carter » cylindrique qui prend ici la place des classiques poussoirs d'un chronographe. BNB a profité de ce tourbillon orthogonal déporté pour caler sur sa rotation un « rouleau » d'aluminium où se lisent, sur tranche, les secondes constantes de la montre. Mécaniquement, c'est très pointu, puisque l'échappement de la montre est perpendiculaire aux axes de ses rouages, mais ça marche !Un rêve d'amateurs en quête d'émotions fortes ou un jouet parfait pour les grands garçons financièrement confortables. Si on additionne toutes les notations ultra-chic et tous les détails ultra-soignés de ce Tourbillon Gravity, on touche au nirvana des nouveaux beaux-arts de la montre. Gris + noir + touche de bleu : tout juste ! Angles affûtés + treillis nid d'abeille + protubérances meccano-industrielles + club-sandwich d'or et de caoutchouc vulcarboné (très snob, le coup du vulcarbone !), sans parler de l'aluminium-lithium dans lequel sont forgés les composants du mouvement : encore tout juste ! Chronographe concentrique (sans seconde) + tourbillon excentrique (avec seconde) : toujours tout juste ! Branding by Vincent Perriard + shaping by Blade Design + engineering by Matthias Buttet + motoring by BNB : définitivement tout juste ! Que du bonheur, vous dis-je…Il ne faut pas plus pour se poser en symbole, voire en leader de la nouvelle révolution horlogère. Comme le répète Vincent Perriard pour expliquer son intuition stratégique : « Au cœur de la nouvelle horlogerie, en avance sur son temps, bien au-delà de la tradition, non loin de la folie ». C'est justement ce grain de folie avant-gardiste, cette énergie XXL et cette grande santé créative qui justifient le coup de cœur. Même si cette « vision » horlogère post-moderne peut parfois prêter à sourire (quand elle ne prête pas le flanc à un certain ridicule dans la préciosité conceptuelle), on ne peut que saluer la performance exclusive de ces artistes : si elle est on ne peut plus horlogère par ses détails et ses finitions, la Concord C1 Tourbillon Gravity est aussi on ne peut plus contemporaine par sa radicalité esthétique et technique. Bien sûr, il n'y aura que 25 montres de cette première série limitée. Et alors ? On peut déjà parier que cette pièce à conviction bourrée de testostérone va contraindre bon nombre de designers à revoir leur copie pour 2009…Grégory Pons


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