Lorsqu’on évoque Jaeger- Le Coultre, on pense à la pendule Atmos, objet unique puisant son énergie des différences de température mais également, et surtout, à la Reverso et son boitier convertible offrant deux, parfois trois visages. Ce qu’on oublie facilement c’est que ces deux légendes figurent au catalogue de la marque depuis respectivement 95 ans (Atmos) et 94 ans (Reverso). Quel autre modèle de montre peut se targuer d’une telle longévité ? Ce qu’on sait moins, ou qu’on oublie davantage c’est que de nombreuses icônes d’autres marques prestigieuses furent motorisées par des mouvements issus de la marque combière. Votre magazine préféré célébrant cette année son 25ème anniversaire, nous avons choisi de thématiser ce banc d’essai sous le signe de la longévité et de nous pencher sur l’un des derniers modèles de la collection Reverso : La Tribute Geographic.
L’habillage
Initialement destiné a préserver la glace de la montre des chocs subis lors des matchs de polo, le célèbre boitier réversible, équipé dès les années 90’ de glaces saphir, a su tirer profit des deux visages qu’il offre en offrant une multitude de complications réparties sur ses deux faces. Pas de grande surprise ni de grande innovation de ce côté-là. Les proportions inchangées de ce rectangle art-déco demeurent efficace quelles que soient ses dimensions. Seuls quelques détails techniques invisibles ont permis d’améliorer au fil du temps la réversibilité du boitier et son verrouillage. La plaque reliant les brancards qui est au contact du poignet a quant à elle gagné en ergonomie mais là encore sans modifier l’esthétique de la montre au porté. Côté recto, le cadran bleu affichant heures, minutes, petite seconde et grande date est dans le plus pur style art-déco des modèles originels avec ses inséparables aiguilles dauphines. Le verso affiche sa complication : Une heure universelle constituée d’une traditionnelle bague rotative ponctuant les vingt-quatre fuseaux horaires au centre laquelle est gravée la projection circulaire de l’hémisphère nord élégamment laquée du même bleu que son cadran. Cette séparation distinctive de l’affichage de l’heure et de la date locale en facilite la lisibilité. Pas de révolution en ce qui concerne l’habillage donc, mais de subtiles améliorations au fil du temps. On ne change pas une équipe qui gagne.
Le mouvement
Il s’agit du calibre 834. Une déclinaison du mouvement grande date au dos duquel à été jouté le module d’heures universelle. A l’instar de l’ensemble des modèles de la collection il s’agit d’un mouvement à remontage manuel dispensant, selon les données du constructeur, une autonomie de 42h. Point de bride glissante au ressort. De la tradition pure dont on salue le choix. L’organe régulateur oscille à la fréquence de 21'600 A/h et garantit une précision exemplaire. La décoration est qualitative sans être excessive. Chez Jaeger-Le Coultre on sait définitivement fabriquer des mouvements de très haute performance, sans la moindre esbrouffe. La grande date intégrée s’affiche par deux disques disposés côte-à-côte. Ils sont ainsi au même niveau et l’espacement entre les unités et les dizaines demeure restreint et offre une lisibilité parfaite. La correction de l’heure universelle se fait par une targette linéaire disposée sur le côté supérieur du boitier et donc, dissimulé par le brancard. Celle de la grande date se fait hélas par un correcteur disposé sur le flanc de la boite et nécessite un outil correcteur. Cela étant dû au fait que le mouvement grande date auquel a été ajouté le module d’heure universelle est d’une conception plus ancienne que celle des targettes linéaires adoptées plus tardivement par la marque. Une uniformisation des correcteurs aurait imposé le développement d’un nouveau calibre complet avec les répercussions sur le prix de la montre qu’on imagine facilement. Toutefois, ces deux systèmes de correction surprennent et on aurait peut-être même préférés trouver deux correcteurs « à l’ancienne » que cette hybridation un brin désarmante. Malgré ce constat éminemment critique, le calibre 834 de cette Tribute Geographic demeure, à l’instar de tous les calibres de la manufacture une référence en termes, d’efficience, de performance et de fiabilité !!!
Les tests
L’ergonomie est parfaite et le boitier rectangulaire s’adapte étonnement à grand nombre de poignets. Le remontage et la mise à l’heure se font aisément en dépit d’une couronne de relative petite taille. Il en est de même pour les corrections de la grande date et de l’heure universelle. Celles-ci sont à la fois douces et franches. La chronométrie est exemplaire malgré la relative petite taille du balancier-spiral imposée par la platine de forme rectangulaire (voir tableau des mesures). La réserve de marche s’est révélée largement supérieure à celle annoncée (48-50h mesurées pour 42h annoncées !). Là encore, la surprise c’est de na pas en avoir, ou alors, que celle-ci soit encore meilleure auxquelles la marque nous a habitué depuis…. toujours.
En conclusion
Jaeger-Le Coultre n’occupe pas la place qu’elle mérite sur l’échiquier horloger. La qualité, l’innovation, la précision et la fiabilité des montres que la marque produit depuis près deux siècles devraient en faire une star auprès des collectionneurs, des maisons de vente aux enchères sans parler des spéculateurs « moutons » qui ignorent parfois que leur Nautilus ou leur Royal Oak des années 70 (pour n’en citer que deux) est parfois animée par un mouvement Jaeger-Le Coultre ! Cette Reverso Tribute Geographic perpétue dignement 192 ans d’excellence qui n’a rien à envier aux plus populaires des marques à un rapport qualité-prix imbattable. A se demander si les coûts « abordables » des montres produites par la manufacture ne sont pas la cause illégitime de ce déficit de reconnaissance que la marque mérite tant. Gageons que cette Tribute Geographic contribue à élever la renommée de la maison à sa juste position. Elle en est plus que digne, intemporellement !