Horlogerie, valeur refuge?

A l'heure de nombreuses incertitudes sur les marchés financiers et de l'envolée des cours des métaux précieux, l'horlogerie deviendrait-elle un placement sûr? Certains y croient. Est-ce bien raisonnable?

WOLRDTEMPUS – 2 mai 2011

Chronique

Michel Jeannot

L'horlogerie peut-elle représenter un placement intéressant, au même titre que des actifs en Bourse ou des investissements dans l'immobilier? A une époque où les taux de change jouent aux montagnes russes, que la situation géopolitique laisse planer de nombreuses zones d'incertitudes et que les investisseurs ne savent plus à quel saint se vouer – le dieu dollars ayant lui-même du plomb dans l'aile -, les alchimistes de la spéculation parient volontiers sur les métaux précieux. D'autres, dans la même veine mais plus inventifs, misent sur des denrées plus exotiques, dont les montres de prix. Et, pour beaucoup, ce n'est pas le poids de l'or du garde-temps qui conditionne cet engouement, mais une prétendue analyse du marché horloger qui permettrait d'espérer une rentabilité à terme. Au point que certains fonds «spécialisés» tentent aujourd'hui de transformer les plus précieux garde-temps en objets de spéculation. Tout cela est-il bien raisonnable?Collection_330433_0
Une rapide analyse du marché de seconde main tend à démontrer que la montre n'a jamais été un placement rémunérateur. Bien sûr, l'exception confirme toujours la règle et quelques belles histoires de greniers et de Patek Philippe retrouvées par hasard suffisent à faire rêver. Mais la réalité est autre. Sur l'ensemble de la production dite de haute horlogerie, seules quelques montres produites tous les ans peuvent espérer voir leur cote grimper avec le temps. Et, pour l'essentiel, ces montres sont réservées à une petite cinquantaine de collectionneurs dans le monde, lesquels achètent beaucoup - et pas uniquement des pièces «rentables». Car pour la majorité d'entre eux, la passion souvent déraisonnable l'emporte largement sur le froid calcul financier. Quand bien même ils savent parfaitement compter.

On peut feindre de s'étonner de cette réalité, mais l'horlogerie n'est, à cet égard, pas très éloignée de l'industrie automobile. Et quand bien même on ne retiendrait que la production du segment supérieur, il ne viendrait à l'esprit d'aucun financier de penser que sa berline allemande prendra de la valeur avec le temps. Sur le nombre de voitures de prestige produites tous les ans, combien peuvent espérer voir leur cote grimper? Assurément bien peu, ce privilège étant réservé à quelques voitures aussi exclusives qu'onéreuses. Il en va de même de l'horlogerie. Et ce n'est pas faire injure à cette industrie que d'affirmer que la quasi-totalité des montres produites ne seront jamais des objets spéculatifs. Cela ne minimise en rien la valeur du savoir-faire et les gestes précis et minutieux nécessaires à faire vivre ces précieux garde-temps.

La magie de cette industrie est là: la première et, dans la majorité des cas, l'unique valeur de l'objet montre est sa valeur émotionnelle. Si l'acheteur ne vibre pas à cette émotion, il n'a aucune chance de faire une bonne affaire.


BIPH



Marque