Une crise positive

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Les conséquences de la crises sur le marché des enchères.
Tribune de Genève - 9 avril 2009
Gabriel Tortella

 

Chronique_325626_0La crise a des effets auxquels on ne s'attendait pas dans le marché de l'art. Un marché qui ne baisse pas en valeur mais qui peine à trouver des objets de qualité. Pour l'instant, les ventes aux enchères ont démontré que tout ou presque semble trouver preneur, qu'il s'agisse de ventes locales, comme celles organisées par Bernard Piguet ou la Galerie Selano à Genève, ou de ventes internationales, comme celle de montres Rolex, qui vient d'avoir lieu à Milan, ou même la foire Art Paris, consacrée à l'art contemporain, dont les résultats ont été bien meilleurs que ceux attendus.

En revanche, la difficulté pour les marchands ou les organisateurs d'enchères est de trouver des objets de qualité. Les acheteurs sont là, qui préfèrent investir dans l'art plutôt que dans la Bourse; en revanche, les vendeurs font cruellement défaut. Si bien que, par exemple, mon ami François Curiel, patron de Christie's, court le monde encore plus que d'habitude mais il ne parvient à rapporter que des objets qui ne sont pas exceptionnels, même s'ils sont encore de grande qualité. Or, ce sont les pièces exceptionnelles qui attirent les enchérisseurs.

Les possesseurs d'objets d'art préfèrent ainsi les conserver afin, peut-être, de pouvoir les transmettre à leurs enfants, ce qui est quand même plus sûr que les fonds d'investissement proposés par les banques. Résultat: même les meubles d'époque, qui ont vu leur cote s'effondrer littéralement au cours de ces dernières années, retrouvent un certain engouement, ce qui, à mon avis, n'est que justice. En effet, que penser de la valeur du travail quand on voyait une commode d'époque Louis XVI, merveilleusement marquetée, aux bronzes superbes, ayant nécessité des centaines d'heures de travail, se vendre 15 000 euros, quand un meuble en acier soudé des années 50, extrêmement facile à copier, se négociait aux alentours de 100 000 euros? Il y a là une injustice que la crise est en train de corriger.

C'est dire si les prochaines ventes internationales de Genève, en mai prochain, s'annoncent sous les meilleurs auspices. Même si elles ne comporteront pas de pièces vraiment exceptionnelles, de celles que s'arrachent les grands musées. On y verra quand même, chez Sotheby's, un gros diamant bleu, estimé entre 8 et 10 millions de francs. Un diamant «tout neuf» que son nouveau propriétaire pourra baptiser à son gré.

 

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Gabriel Tortella © Tribune de Genève

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