Tandis que je songe au vent porteur qui pousse les marques de haute horlogerie vers des sommets jamais atteints, Miguel de Cervantès me revient à l‘esprit. Et je m‘amuse à comparer l‘univers horloger aux moulins de Don Quichotte. Parmi les quelque 500 moulins qui parsèment le paysage, le Comité de pilotage de la Fondation de la Haute Horlogerie a estimé que seuls 62 connaissaient le métier de meunier et donc pouvaient se dresser sur la colline de la haute horlogerie.
Tous ne s‘y sont pas encore implantés, mais la place a déjà fière allure.

Plus globalement, les 500 moulins horlogers qui prétendent vendre le même pain sont de natures fort diverses, certains n‘étant pas même en mesure de moudre leur grain ! Sur le terrain de l‘horlogerie, il y a donc les bâtisses, incontournables, inscrites au patrimoine architectural national, celles dont le corps est retapé mais à l‘intérieur desquels la machinerie fait défaut; il y a les moulins neufs, rutilants, et ceux dont les ailes sont tombées, où le vent ne fait plus que hurler, et qui attendent qu‘un nouveau locataire y dépose ses bagages...
Jusqu‘à peu, excellente conjoncture oblige, le vent soufflait de tous côtés pour la plus grande joie des meuniers, et des amateurs de pain. Et pourtant. Il ne suffit pas au meunier d‘avoir du grain à moudre, et du vent dans ses ailes, pour produire un pain de légende. C‘est son art bien maîtrisé et la qualité de son grain qui donneront aux boulangers, et aux amateurs de pain, le plaisir d‘un produit parfait.
Le vent, ou la conjoncture, sont par définition frivoles. Ce sont les meuniers, artisans, le grain, matière, et le levain, culture, qui assurent la satisfaction et la fidélité des amateurs de pain. Donc la pérennité du moulin. Il en va de même dans le domaine de la haute horlogerie. Exception et durée sont enfants de terroir et de culture.
Bien sûr le vent a son importance, comme le moulin, sans lesquels le meunier se trouve sans emploi. Mais lorsque Eole manquera, pour quelque temps, ce sont les artisans qui auront entretenu leur moulin, recousu la toile des ailes et conservé le grain au grenier qui pourront attendre paisiblement le retour du vent. Les autres pourraient ne jamais s‘en remettre.
Et il n‘est pas certain que les amateurs de bon pain aient à le regretter.
FRANCO COLOGNY
Président de la Fondation de la Haute Horlogerie
Source: REVOLUTION - Septembre 2008 - # 1