Chaumet, c'est Paris. Celui de la place Vendôme où règne la maison mère depuis 1907. Celui de l'aristocratie et de Napoléon, pour qui la maison a créé ses plus belles tiares. Mais aussi celui des amoureux chantés par la môme Piaf. Jeu de séduction, coup de foudre, mis à nu de ses sentiments, premier rendez- vous, attachement… Autant de palpitations qui sous-tendent la création de chaque bijou. Car l'âme de Chaumet est avant tout celle d'un conteur d'histoires, parole de Lionel Giraud, son directeur artistique. La plus connue étant sans conteste celle incarnée par la collection «Un amour de liens», ces bijoux dont le motif principal ressemble à un point de croix. A ce stade, le coeur des amants vibre à l'unisson, attaché l'un à l'autre par une sorte de cordon invisible.

Restait à imaginer la genèse de ce lien et de lui donner corps. D'où l'idée de la ligne «Attrape-moi… si tu m'aimes» constituée sur la base de toiles d'araignée peuplées de son architecte et de son invitée, une abeille, emblème de la maison autant que de Napoléon Bonaparte (avec l'aigle). Histoire d'illustrer le jeu de la séduction et de ces fils tissés pour capturer l'autre. Osé le coup de l'araignée? Et les arachnophobes alors? «Je préfère créer des bijoux qui plaisent passionnément à peu de gens et reflètent l'identité forte de la maison, que des bijoux qui plaisent moyennement au plus grand nombre», s'explique Lionel Giraud. D'ailleurs, la toile n'est pas nouvelle chez Chaumet. Des esquisses de bijoux, datant de la fin du XVIIIe siècle pour les plus anciennes, en attestent. Le motif se décline alors sur de somptueux colliers de chien, des boucles de ceinture, des montres de poche. «Je n'ai fait que la réinterpréter en y ajoutant l'abeille et l'araignée», tempère notre interlocuteur. «Bien qu'il m'ait fallu pas mal de temps pour imposer l'idée de l'araignée…»
Explosion à la Malevitch
Et lorsque la séduction fait mouche, que se passe-t-il? Le coup de foudre, bien sûr. Quel romantique ce Lionel! Voilà donc venu le temps du «Grand Frisson», nom de la dernière collection lancée. «Pour moi, cet instant doit beaucoup au hasard. Il résulte d'une rencontre entre deux êtres à un moment donné. Et ça marche ou pas.» Ici, plus question d'amour galant façon XVIIIe siècle. Il s'agit plutôt d'une explosion, d'un feu d'artifice à la Malevitch, s'enthousiasme Lionel Giraud. Résultat: des bijoux aux allures d'art abstrait, composés de rectangles s'entrechoquant autour de pierres plus rondes, comme un nid de paille au coeur duquel sont lovés deux oeufs. Tout un programme… A la fois vibrant de force par ce côté très graphique et empreint de douceur par le récit ainsi livré.
Prochaine étape? La déclaration. Et, pour Chaumet, les mots d'amoursont des pierres précieuses. La maison a en effet imaginé tout un alphabet construit en ne gardant que la première lettre des gemmes. Exemple: «Je t'aime» se prononcera Jade, Emeraude, Tourmaline, Améthyste, Iolite, Morganite, Emeraude.
Bienvenue dans l'univers coloré des bijoux acrostiches. «L'idée était d'offrir un message caché par le biais d'un bijou fait sur mesure.» Ce qui a donné lieu à de délicieuses anecdotes dans la boutique de la place Vendôme. Un beau jour, une femme âgée d'une cinquantaine d'années est entrée en déclarant qu'elle quittait son mari et qu'elle s'apprêtait à s'envoler pour New York saluer la statue de la Liberté, symbole de sa propre libération. «Elle voulait donc s'offrir un bracelet de la collection ''L'ABC… de Chaumet'' qui traduise le sentiment qu'elle était en train de vivre», en plaisante encore Lionel Giraud. Elle est repartie avec le mot «LIBRE» au poignet. Quelque temps plus tôt, c'est un client asiatique qui est venu faire son choix, bien décidé à demander la main de sa compagne au moyen d'un bijou. Commande fut donc faite d'un bracelet «ABC» disant «Marry me». La réponse intervint dans la boutique même, au retour des amoureux, et ce fut un grand «oui!».
«Pour un joaillier, ce genre d'instants est vraiment magique», s'émeut Lionel Giraud. Ce qui ne l'empêche pas de lancer l'idée d'un bijou… de rupture! Ou, moins extrême, d'un bijou de poche, avec lequel on passerait son temps à jouer, comme avec la montre de poche Chaumet qu'il porte sur lui, créée cinq ans plus tôt. «Cinq ans trop tôt, en réalité.»
Du bijou à la montre

Le thème du bijou sentimental semble même s'étendre aux montres. Comme le suggère la nouvelle compagne «Dandy», interprétée par Sophie Marceau, ambassadrice principale de la marque, plus douce et délicate que jamais. Pourquoi Sophie? «D'abord parce qu'elle est française et actrice. Ensuite, parce que selon un sondage TNS Sofrès pour le magazine FHM publié en octobre dernier, elle est la troisième Française préférée de ses compatriotes, après les humoristes Florence Foresti et Anne Roumanof. En outre, elle jouit d'une notoriété internationale extraordinaire. Quand on se promène dans les rues de Shanghai avec elle, les gens la reconnaissent.
C'est sa beauté simple et toute naturelle qui veut ça. D'ailleurs, c'est elle qui ne voulait pas que ce soit quelqu'un d'autre qui joue le rôle.» Quant au côté sentimental de la «Dandy», il se retrouve dans le concept même de la montre. Car elle incarne avant tout l'élégance à la française. Celle de l'homme qui va au théâtre et s'habille pour l'occasion. «Nous nous sommes inspirés de Sacha Guitry (un client Chaumet) qui apparaissait toujours en smoking», raconte Lionel Giraud. Nous sommes donc dans le registre du narcissisme, certes, mais aussi du jeu de la séduction. Le pendant féminin étant la «Miss Dandy», portée par une femme aimant détourner les codes masculins; une femme à la Yves Saint Laurent, terriblement sexy dans son costume.
Le dernier coup de coeur
Du 12 au 16 mars, à l'Hôtel Plaza Athénée à Paris, Chaumet dévoilera les derniers-nés de ces collections particulièrement loquaces lorsqu'il s'agit d'amour. Avec une surprise à la clé: la «Marc Alfieri pour Chaumet ». Un chronographe flyback créé par Marc Alfieri, avec tourbillon, second fuseau horaire, réserve de marche, indicateur de «trust index» et affichage jour/nuit.
Edité en série limitée de douze pièces, en or blanc et titane, il illustre un autre coup de coeur de la maison. «Nous avons acquis les modèles, que nous avons à peine réinterprétés et pour lesquels nous avons demandé à cet horloger indépendant de fabriquer les mouvements, en échange de quoi nous nous sommes engagés à les distribuer.» Reste que ce modèle paraît bien étrange au milieu des collections Chaumet. Mais «le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point», n'est-ce pas maître Pascal?