Qu'est-ce que donc le temps?

3 minutes read
“Je ne me suis sentie bien dans mon temps que tard dans ma vie”

Revolution #6 - Décembre 2009Chronique -  Cecilia Attias

 EXCLUSIVITÉ RÉVOLUTION

Qu'est-ce que donc le temps? Si personne ne me le demande, je le sais; mais si on me le demande et que je veuille l'expliquer, je ne le sais plus. Pourtant, je le déclare hardiment, je sais que si rien ne passait, il n'y aurait pas de temps passé: que si rien n'arrivait, il n'y aurait pas de temps à venir; que si rien n'était, il n'y aurait pas de temps présent.

Saint Augustin, Confessions, XI, 14, 17

Cecilia Attlas_327181_0

CECILIA ATTIAS -Présidente de The Cecilia Attias Foundation for Women © Revolution

 

Si l'on suit la pensée de Saint Augustin on s'aperçoit que le temps n'existe pas, le temps n'est composé que d'inexistences. Le passé n'est plus, le futur n'existe pas encore, quand au présent, au moment d'y penser, il devient déjà le passé. Alors pourquoi notre civilisation vit-elle dans cette inquiétude permanente du temps et ce stress angoissant ? Peur d'être en retard. Peur d'avoir « manqué quelque chose ». Peur de ne pas être la où il faut quand il le faut.

J'ai couru après le temps qui passait trop vite à mon gré. J'ai été jeune trop longtemps puis le temps m'a rattrapé et je suis devenue si vite trop âgée. Trop âgée pour paraître insouciante, trop âgée pour courir, pour danser, pour rire… En fait, je ne me suis sentie bien dans mon temps que tard dans ma vie. Je n'ai pas aimé être jeune, je rêvais d'expérience et de savoir, et en ce temps-là je n'avais pas le temps d'apprendre. Je ne parlais pas du temps mais de l'attente ; attendre d'être plus sûre de moi, attendre des connaissances que je ne savais pas, attendre des autres…

Et puis, un beau matin, le temps s'est mis à exister, trop présent… Le temps qui effraie, celui qui ne vous laisse plus de temps, et je suis devenue pressée, impatiente. Je ne savais pas assez et je n'avais plus beaucoup de temps pour savoir plus.

Me voilà impatiente, insatisfaite ! Je veux tout connaître, tout savoir et je n'ai probablement plus le temps. Comment connaître toute la littérature, toute la musique du monde, tous les peintres et sculpteurs qui sont les témoins, qui ponctuent le temps, tous les hommes qui font de ce monde toutes les beautés, les splendeurs, les misères qui le caractérisent. Alors j'essaye de trouver des solutions, j'essaye de rendre le temps utile, je me sers du temps pour aider, pour tendre la main, protéger ceux qui n'ont pas eu la chance que j'ai eue en son temps de naître au bon endroit, au bon moment.

Il y a beaucoup d'attente, beaucoup d'espoir et c'est l'avenir qui dira si j'ai su, l'espace d'un instant, arrêter le temps pour donner de l'espérance à ceux qui en attendaient tant, à ceux qui avaient cessé d'espérer. Et puis, avec le temps j'ai appris que la vie éternelle existe, qu'elle est là devant moi. C'est le futur, le lendemain et le surlendemain, ce qui fera que je serai toujours là, un peu de moi dans le temps qui viendra, un peu de moi dans ces beaux yeux, vieux de vingt-cinq ans et de vingt-deux ans, âgés de douze ans puis  tout jeunes dans le temps avec cette vie qui commence a connaître le temps, vieille d'un an.

J'ai appris que malgré le temps, je serai toujours là, que ce que je sais, ils le savent déjà, que ce que je sens, ils le sentent déjà. Ils sont là, ils sont mon passé, mon présent et plus que tout mon éternité. Mes enfants, prenez soin du temps, il n'existe pas, il est passé déjà et quand vous vous en apercevrez, il sera trop tard, il ne reviendra pas.  

Alors celui qui suivra, attrapez-le. Attrapez-le, gardez-le et surtout utilisez-le. Apprenez tout, retenez tout, et puis un jour vous connaitrez l'éternité. Comme Saint Augustin qui a su par ses pensées, nous apprendre que le temps est ce qui caractérise l'existence humaine et qui nous éloigne de Dieu.