Gianni Bulgari, de retour à la joaillerie avec sa propre gamme, Enigma, nous dévoile ce qui nourrit sa passion pour la création. Rencontre avec un fin connaisseur d'Art Moderne.
Après s'être détaché de l'entreprise joaillière familiale, Gianni Bulgari s'est accordé un temps de réflexion pour reconsidérer le métier de créateur et finalement se découvrir une passion et un talent inattendus pour le dessin. La conception, en quelques mois seulement, d'une ligne de bijoux et de montres très originale et contemporaine révèle, chez le designer d'Enigma, une sensibilité visuelle particulière, aiguisée depuis l'enfance par l'observation d'objets tridimensionnels et plus particulièrement d'architecture. Amateur d'art certes, mais pas collectionneur pour autant, précise Gianni Bulgari, pour lequel la valeur d'un objet se mesure à l'émotion qu'il procure. Que ce dernier provienne d'un marché aux puces ou d'un antiquaire, il n'a d'important que sa découverte et sa nouveauté. Ce qui prouve que l'homme est sensible non seulement à l'esthétique, mais aussi à la signification des choses. Pour illustrer son intérêt de la sémantique, le designer qui se fait parfois appeler «Monsieur Enigma», a emprunté le nom de sa marque à la fameuse machine allemande utilisée pendant la Seconde Guerre mondiale pour décrypter des messages codés. C'est sur cette anecdote que Gianni Bulgari me révèle sa fascination pour la première moitié du XXe siècle, une période d'explosion, selon ses termes, autant technologique qu'artistique. En effet, les années 1920 ont connu un nouveau courant d'architecture qui a révolutionné l'Europe et le monde entier: la Modernité, représentée, à Paris, par les architectes puristes Le Corbusier et Mallet-Stevens, et en Allemagne par Gropius aux commandes du Bauhaus. Outre l'architecture internationale, la période voit naître une foison de nouveaux mouvements, parmi lesquels notre designer place en tête de liste le cubisme, le futurisme italien, le constructivisme russe ou encore le surréalisme, avec Duchamp, Picabia et Man Ray, dont l'oeuvre Lips (1966) inspirera la ligne de bijoux Enigma du même nom.
Mais si l'on croit discerner une probable influence du rationalisme de l'architecture des années 1930 ou du cubisme dans les formes géométriques simples et épurées qu'arborent les bijoux dessinés par Gianni Bulgari, ils n'en possèdent pas moins un caractère unique, issu d'une parfaite alchimie entre modernité, originalité et somptuosité. Sans oublier le lien qui rattache la ligne Enigma à la tradition des Arts décoratifs, dont Gianni Bulgari revisite le subtil mariage entre modernisme et touche byzantine caractérisée par l'utilisation de l'or. Epris de la ville de Vienne, très représentative des Arts décoratifs, Gianni Bulgari se souvient avoir été littéralement «foudroyé » à la vue d'une boule dorée dont était rehaussé le portail d'une architecture Jugendstil. Aujourd'hui, cette forme finie et insaisissable aux yeux de Gianni Bulgari, est devenue l'emblème de la marque Enigma.
Tania Garnier
 Bracelet «Faces» en or rose et or blanc pavé de diamants, rubis et spinelles noires calibrées, qui forment un «tapis de mosaïques» pouvant évoquer le mouvement cubiste ou encore le concept de modularité issu de l'architecture rationaliste des années 1930.
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 Bracelet double face «Janus» en or rose et or blanc avec diamants, corail et émail noir. Une face comporte des semi-sphères en or blanc entièrement serties de diamants, aux extrémités de motifs en damier d'émail noir. Quant à l'autre face, elle arbore des demi sphères de corail rouge intercalées de motifs rayés en émail noir.
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Bague «Contraire» en or blanc et or rose avec motifs de flèches sertis de diamants et de rubis calibrés.
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Enigma aux Emirats
La maison Enigma, qui compte 70% de ses clients au Moyen- Orient, est notamment présente sur les marchés de l'Arabie Saoudite et des Emirats Arabes Unis comptant Dubaï, Abu Dhabi et le Koweït. Si elle n'est pas directement implantée dans le Golfe, elle organise néanmoins des événements, comme récemment une exposition de bijoux au Koweït, où les pièces dites «mosaïques» ont été particulièrement remarquées (voir illustration). Le président d'Enigma admire tout particulièrement le Koweït pour son évolution fulgurante depuis les années 1970. Une évolution constatée tout au long de ses nombreux voyages dans le Golfe
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Tribune des Arts - No353 - Juillet-Août 2007