Visionnaire convaincu de l’importance de la maîtrise, aussi bien en horlogerie que sur l’eau, Philippe Stern est à l’origine de certaines des créations les plus marquantes de Patek Philippe. Parmi les nombreuses réalisations qui ont jalonné ses 63 années au sein de la manufacture, deux noms suffisent à illustrer son héritage : la Nautilus et la Calibre 89.
Cette dernière occupait une place centrale dans la collection dévoilée à l’occasion du 150e anniversaire de la maison en 1989. À l’époque, cette montre de poche était la montre mécanique la plus compliquée du monde. Elle concrétisait une vision formulée par Philippe Stern à la fin des années 1970 : pour survivre, l’industrie horlogère suisse devait résister à la vague du quartz et réaffirmer son engagement envers la haute horlogerie traditionnelle et artisanale. Une évidence aujourd’hui, mais un pari audacieux à une époque où l’horlogerie suisse vacillait sous les assauts de la crise du quartz. L’histoire lui donnera raison.
Philippe Stern comprenait également l’importance de la transmission et du partage. Sa collection personnelle de garde-temps a ainsi constitué le socle du Musée Patek Philippe à Genève. Cet automne, cette institution horlogère, devenue selon beaucoup la plus importante collection de montres au monde, célébrera son 25e anniversaire. En 2001, année de la création du musée, Philippe Stern figurait également parmi les décideurs ayant fait de Patek Philippe l’une des marques fondatrices de WorldTempus, preuve de son intérêt aussi bien pour le patrimoine que pour l’avenir.
Industriel avisé, il est aussi à l’origine du Sceau Patek Philippe, créé pour mieux définir et garantir l’excellence des garde-temps de la manufacture. «Nous voulions trouver une manière de mieux représenter la qualité Patek Philippe, car elle n’était pas clairement définie pour nos clients. Nous communiquions largement autour du Poinçon de Genève, mais nous souhaitions aller plus loin. Le Poinçon de Genève définit essentiellement la finition des composants, ce qui est très bien, mais il ne traite ni de la fiabilité du mouvement ni de sa précision», expliquait-il dans un entretien accordé à WorldTempus en 2009.
Autre illustration, moins souvent évoquée, de sa vision à long terme : au milieu des années 1960, alors que Patek Philippe possédait près d’une centaine de pendulettes sous cloche invendues, Philippe Stern insista pour poursuivre leur production. Son objectif était de préserver et de faire prospérer des savoir-faire tels que l’émaillage et la marqueterie. Là encore, le temps lui donnera raison.
Cette compréhension profonde de la nature des choses explique peut-être aussi les talents de navigateur de cet homme à la carrure imposante. La voile exige de savoir lire les éléments mieux que ses adversaires, et Philippe Stern excellait dans cet art. Sur son cher lac Léman, il s’est imposé parmi les plus grands, remportant à sept reprises le Bol d’Or, la plus importante régate au monde disputée sur un plan d’eau fermé.
Troisième génération de la famille du fabricant de cadrans qui avait acquis Patek Philippe en 1932, Philippe Stern a officiellement passé le relais en 2009 à son fils Thierry Stern, lui aussi passionné de voile.
Au-delà des valeurs familiales et de la transmission entre générations, c’est avant tout comme visionnaire que Philippe Stern restera dans les mémoires de ses enfants, de ses petits-enfants et de ses proches, sur les eaux du Léman comme au sein de l’industrie horlogère.