Encourager les savoir-faire artisanaux : entre tradition et innovation
Depuis ses origines, Vacheron Constantin a fait de la préservation et de la transmission des savoir-faire artisanaux une priorité, comme en atteste l’atelier entièrement dédié aux métiers d’art qui se trouve au sein de la manufacture. Aujourd’hui, 271 ans après sa fondation, la Maison occupe une place à part dans le monde de l’art et de l’horlogerie, puisant son inspiration dans un vaste éventail de pratiques artistiques issues de cultures de quatre coins du globe, depuis l’Antiquité. Aussi foisonnant qu’inspirant, cet intérêt porté à toutes les formes de cultures et aux arts décoratifs s’incarne dans chacune des montres de la Maison. La création de garde-temps décorés dans les règles de l’art de la Haute Horlogerie repose sur la combinaison de savoir-faire ancestraux – guillochage, gravure, sertissage, émaillage – et de techniques horlogères réinventées en permanence.
Vacheron Constantin joue un rôle d’incubateur et de curateur de premier plan, contribuant à favoriser les arts et à développer tant la culture que la créativité. À l’origine de partenariats artistiques déployés sur trois continents – avec le Louvre depuis 2019, le Met depuis 2023 et the Educational Institute of the Palace Museum (Institut Pédagogique du Musée Impérial) de Pékin depuis 2024 – l’une des priorités de la Maison est d’accompagner les talents en perpétuant et en transmettant des techniques, des pratiques, des compétences qui invitent horlogers et artisans à repousser sans cesse les limites du possible.
L’excellence artisanale réinventée
Initié en mai 2025 par le Met en collaboration avec Vacheron Constantin, The Artisan Residency Programme atteint sa dernière phase et écrit un nouveau chapitre dans l’histoire de la préservation de l’art et la transmission des savoir-faire artisanaux. Ce programme de résidence s’articule autour de trois piliers essentiels : encourager le développement et l’épanouissement des compétences artistiques les plus diverses, bousculer les savoir-faire traditionnels en les orientant vers de nouvelles formes d’expression ; et enfin inspirer les futures générations à travers les échanges d’idées et la transmission des connaissances.
À l’occasion d’un événement officiel organisé par Vacheron Constantin le 8 octobre au Met à New York, les trois artistes sélectionnés pour ce programme : la designer américaine Aspen Golann, le céramiste américano-égyptien Ibrahim Said et l’orfèvre joaillière anglo-italienne Joy Harvey, dévoileront l’œuvre que chacun a conçue durant les dix-huit mois de résidence vécus entre New York, Genève et la ville où se trouve leur atelier.
Puisant leur inspiration au cœur de la foisonnante histoire du Met et de l’expertise des arts décoratifs de Vacheron Constantin, Aspen Golann, Ibrahim Said et Joy Harvey ont intégré dans leur travail des métiers décoratifs traditionnels tout en bousculant leurs codes avec innovation et créativité.
Innovation et créativité sublimées
Le programme aboutit à trois créations originales. Si chacune se montre hautement singulière, elles révèlent de manière unanime une même vision artistique partagée par les artisans forts d’une double inspiration, puisée parmi les chefs-d’œuvre préservés et exposés au Met (couvrant des siècles d’histoire de l’art), ainsi que dans les techniques artisanales et les savoir-faire pratiqués chez Vacheron Constantin depuis des générations.
Vessel – Vase monumental, par Aspen Golann (sculpture en bas-relief sur bois)
Shaping Time – Le Temps Sculpté, par Ibrahim Said (modelage et gravure sur céramique laquée)
« Ruined Splendour » Bronze Diadem – « Splendeur en ruines » Diadème en bronze, par Joy Harvey (orfèvrerie martelée, ciselée et laminée en alliage de métaux précieux et semi-précieux : bronze, cuivre, étain, or et argent)
Après leur immersion au sein du Met à New York et de la manufacture Vacheron Constantin à Genève, les trois artistes ont intégré de manière résolument personnelle les trésors des patrimoines des deux institutions. À partir de matériaux spécifiques (le bois pour Aspen, l’argile pour Ibrahim, les métaux pour Joy), d’outils dont certains sont restés inchangés depuis des millénaires et de machines numériques (comme le scan 3D pour Joy), ils ont suivi leur propre processus créatif. Les artisans ont reproduit des gestes quasi inchangés depuis des siècles en leur insufflant une touche de modernité audacieuse et innovante.
À l’occasion de leurs visites au sein des deux institutions, les artisans ont rencontré des curateurs, des conservateurs et plusieurs experts du musée dont les travaux étaient en ligne avec leurs centres d’intérêt et leur propre projet. Les trois artistes ont eu la possibilité d’admirer et de manipuler certains objets de près, et de s’initier aux techniques de conservation qui leur serviront de base pour concevoir leur œuvre personnelle. Bénéficiant d’un accès quasi illimité au musée pendant les heures publiques et privées, Aspen Golan, Ibrahim Said et Joy Harvey ont eu le loisir d’explorer les collections du musée, chacun passant le temps nécessaire dans les galeries et auprès des objets qui résonnaient le plus profondément avec leur propre recherche et pratique. À l’occasion de ces nombreuses visites, ils ont tissé et entretenu des relations étroites avec les membres du personnel du musée, ce qui a permis de nourrir et d’entretenir le dialogue et la collaboration de manière continue.
VESSEL par Aspen Golann
Vase monumental. Sculpture en bas-relief sur bois.
Dans son atelier basé au New Hampshire (USA), Aspen Golann a créé une forme de vase monumental en bois mesurant 5 pieds de haut (1,52 m). Cette immense structure creuse est ornée de motifs issus de la nature, incluant des feuillages, des fruits et des chevaux sculptés en bas-relief. Destiné à l’ornementation, ce vase associe des savoir-faire traditionnels tels que la menuiserie, la sculpture et l’ébénisterie.
Lors de son séjour au Met, Aspen a été frappée par des pièces du mobilier américain du 17e au 19e siècles. Elle a été particulièrement attirée par une série de coffres originaires du Connecticut et de Pennsylvanie dont un coffre en bois sculpté illustrant le travail des premiers ébénistes de New Haven, une commode (dite « au motif de tournesol ») aux panneaux sculptés de feuilles et de fleurs, ainsi qu’un coffre en bois peint reproduisant des licornes et des cavaliers dans une mise en scène pittoresque. Parmi les autres pièces qui ont capté l’attention de l’artiste, se trouvent une chaise d’appoint du 18e siècle à l’assise décorée par une broderie florale ainsi qu’un bureau-bibliothèque en bois satiné, érable et acajou fabriqué dans le style du mobilier de l’époque fédérale et comportant des éléments ornementaux typiques de Baltimore (Maryland).
Chez Vacheron Constantin, Aspen a suivi avec intérêt les techniques d’émaillage et de gravure pratiquées au sein de l’atelier des Métiers d’Art. Auprès des artisans spécialisés, elle a découvert comment ces techniques de décoration pouvaient sublimer les montres, faisant de ces objets du quotidien les réceptacles vivants d’une histoire artistique et culturelle riche en allégories et en symboles.
Aspen Golann
Ébéniste et sculptrice sur bois, Aspen Golan est une artiste américaine qui enseigne le design et la fabrication de meubles à la Rhode Island School of Design en Nouvelle-Angleterre (USA). À travers la réinterprétation de pièces emblématiques du mobilier américain des siècles derniers, son travail explore de manière originale et engagée les questions de genre et de dynamiques de pouvoir. Elle est également à l’initiative de la Chairmaker’s Toolbox* qui favorise l’accès et l’équité dans le domaine de la conception de chaises.
« Découvrir les montres de collection du patrimoine Vacheron Constantin m’a rappelée combien l’artisanat pouvait être raffiné et à quel point chaque détail d’une création, y compris infime, pouvait faire l’objet d’une attention extrême. Cette prise de conscience m’a permis de m’investir davantage dans chaque facette de ma pratique. »
SHAPING TIME par Ibrahim Said
Le Temps Sculpté. Modelage et gravure sur céramique laquée.
C’est en Caroline du Nord que l’œuvre d’Ibrahim Said a vu le jour. Mixant l’eau et l’argile sur un tour de potier, l’artiste a façonné trois compositions semi-circulaires qu’il a fusionnées dans une imposante structure verticale à trois niveaux. Aussi large que haute (1,37 m x 0,91 m) et dégageant une puissante impression organique, cette pièce sculpturale est ornée de sculptures en relief, de perçages et de surfaces émaillées multicolores qui réinterprètent les motifs typiques de l’ancienne Égypte et de la culture islamique, au milieu d’une constellation d’étoiles à huit pointes. Dans ses contours comme dans son exécution, l’œuvre d’Ibrahim renvoie un écho à la fois distinct mais subtil à l’emblème de Vacheron Constantin en forme de croix de Malte.
Lors des passages d’Ibrahim au Met, plusieurs objets ont attiré l’œil du céramiste, notamment la symétrie et la simplicité d’une bouteille Lentoïd** (également appelée « Gourde du Nouvel An ») caractéristique de l’Égypte ancienne. Les autres sources d’inspiration du céramiste ont été un filtre à eau islamique de l’Égypte des 10e/12e siècles, un collier floral (1336/1327 av. J.-C.) retrouvé dans la cache d’embaumement de Toutânkhamon, ainsi que le collier à plastron de la princesse Sithathoryunet orné de hiéroglyphes entourés de deux faucons et de pierres semi-précieuses. Ce pectoral est gravé du nom de Sénousret II, quatrième souverain de la 12e dynastie égyptienne (1887/1878 av. J.-C.).
De son séjour chez Vacheron Constantin, Ibrahim a retenu la combinaison maîtrisée des métiers d’art tels que la gravure, l’émaillage et la peinture laquée ; des savoir-faire qui font partie intégrante de son propre cheminement artistique depuis qu’il a commencé à travailler l’argile. Le céramiste a été impressionné par l’engagement et la volonté d’innovation que les artisans de Vacheron Constantin intègrent au quotidien dans leur pratique de ces arts décoratifs.
** Dans l’Égypte antique, cette bouteille était offerte à l’occasion du jour de l’An. De forme lenticulaire, elle était remplie de la nouvelle eau du Nil, d’huile ou de parfum.
Ibrahim Said
Originaire d’une famille de potiers de Fustat en Égypte, Ibrahim Said est un céramiste américano-égyptien qui vit et travaille à Greensboro en Caroline du Nord (USA). Bercé par la richesse du patrimoine culturel de son pays natal et les céramiques de la période Naqada (4’000/3’000 ans avant notre ère), l’artiste repousse les limites de l’argile pour créer des récipients, des vases et des sculptures aux formes défiant les lois de la gravité ; des pièces qu’il décore de motifs complexes.
« Nous avons passé beaucoup de temps à échanger idées et points de vue. Nous avons parlé de patience. La patience fait partie de mon travail. Nous avons parlé de perfection. La perfection fait partie de mon travail. Nous avons aussi parlé de beauté. La beauté fait partie de mon travail. »
« Ruined Splendour » Bronze Diadem par Joy Harvey
« Splendeur en ruines » Diadème en bronze. Orfèvrerie martelée, ciselée et laminée en alliage de métaux précieux et semi-précieux.
Le diadème créé par Joy Harvey est composé d’une série de profilés rhombiques (en forme de losange) en bronze entrelacés de maillons qui rappellent le filigrane végétal des feuilles. Selon un procédé de granulation subtile, le bijou est orné de délicats pendentifs en forme de graines (observés par l’artiste sur d’anciens colliers grecs) et de fleurs de ronce dorées. Ce bijou de tête est réalisé à partir d’un alliage sur mesure. Pour conserver la malléabilité du bronze antique, Joy a utilisé l’argent au lieu du plomb et de l’arsenic et privilégié un alliage pauvre en cuivre composé à 60% d’or, de façon à faciliter les techniques de fusion nécessaires à la fabrication des graines et de la granulation. La dernière étape de création a consisté à donner un aspect dégradé au diadème en le perçant à l’aide de tiges fabriquées à la machine à froid puis d’enrouler délicatement autour de lui des fleurs de ronce dorées, ornées de motifs guillochés.
Pour Joy, la raison d’être de cette pièce provient de sa dégradation : dans la splendeur de son impermanence causée à la fois par la nature et la main de l’homme. L’artiste utilise différentes techniques artisanales traditionnelles qu’elle n’hésite pas à mixer avec des méthodes plus contemporaines, comme un scan 3D. C’est en créant un objet apparemment inachevé, voire abîmé, qu’elle affirme une de ses convictions intimes : les imperfections sont riches de significations profondes, en particulier dans une pratique artistique (et un monde) obnubilés par la perfection aussi formelle qu’artificielle.
Lors de ses visites au Met, Joy a eu un coup de cœur pour plusieurs bijoux qui ont traversé les temps et les cultures : un diadème en alliage de cuivre (Carpates – 1200/800 av. J.-C.), une paire de boucles d’oreilles royales en or révélant tout un travail d’orfèvrerie et joaillerie (Inde – 1er siècle av. J.-C.), un collier en or à pendentifs en forme de graines (Grèce – 330/300 av. J.-C.) et une parure de tête en or ornée de rubis, perles et œil-de-chat (Chine Dynastie Song – 960/1279 ou ultérieurement). L’artiste a aussi été profondément émue par une toile inachevée du peintre français Théodore Rousseau (1812-1867) qui représente un coucher de soleil dans la forêt de Fontainebleau en hiver. L’atmosphère sombre et paisible qui évoque un lendemain de catastrophe, fait écho à l’émotion que Joy a souhaité insuffler à son diadème.
L’artiste joaillière a passé de nombreuses heures dans les ateliers de Vacheron Constantin à admirer puis pratiquer elle-même l’art du guillochage qui orne les fleurs de son diadème. Les pétales des fleurs de ronce ont d’abord été gravés sur un tour à guilloché. Le motif a ensuite été volontairement déformé en frappant et martelant le métal de façon à ce que les pétales ne présentent plus aucune limite géométrique pour finalement apparaître dans une espèce d’imperfection élaborée, donnant corps à un objet déformé, patiné, magnifiquement détérioré.
Joy Harvey
Née en Italie où elle vit et travaille, Joy Harvey est une orfèvre qui crée des bijoux intimistes, fabriqués à la main et puisant leur inspiration dans les émotions brutes, la beauté sauvage, le combat de l’être humain face au temps qui passe. En 2021, elle co-fonde son atelier, La Luce (la lumière) avec le photographe et ingénieur Marco Rossi. Leur collaboration leur permet de venir à bout de défis techniques complexes grâce aux technologies numériques. Formée aux techniques traditionnelles de la joaillerie florentine, l’artiste, qui a suivi des études de chimie à l’université, propose une approche philosophique et émotionnelle de la joaillerie contemporaine. Son travail explore la mélancolie du temps qui passe en se concentrant sur les notions d’imperfection, d’immanence et de destruction.
« C’est une occasion unique de travailler avec des spécialistes de métiers artisanaux qui comprennent parfaitement ce qu’être artisan veut dire et ce dont vous avez besoin pour faire grandir vos compétences. Chacun a particulièrement mis en avant des techniques et relevé les défis nécessaires pour donner vie au fruit de ma vision et de mon inspiration créative. »
Une collaboration artistique et culturelle majeure
Vacheron Constantin et le Met ont engagé depuis 2023 une collaboration artistique et culturelle qui se concrétise à travers différents événements et missions de parrainage. Parmi ces initiatives, le programme « Un Chef-d’œuvre au Poignet » permet aux passionnés et collectionneurs de collaborer avec l’atelier Les Cabinotiers de Vacheron Constantin. L’objectif est de créer, suivant l’envie de son commanditaire, une montre à exemplaire unique dont le cadran reproduit, en émail, une œuvre choisie au cœur des collections du musée. Incarnant le lien vivant de ce partenariat, The Artisan Residency Programme reflète à un autre niveau l’engagement commun des deux institutions en faveur de la préservation et la transmission des arts, des savoir-faire artisanaux et de la culture sous toutes ses formes.
Pour Vacheron Constantin, le mentorat s’affirme comme une vocation et une valeur essentielle. C’est l’un des éléments clés de The Artisan Residency Programme qui rappelle l’acte fondateur de la plus ancienne manufacture horlogère toujours en activité : la signature par Jean-Marc Vacheron en 1755 du premier contrat d’apprentissage de la Maison. De génération en génération, Vacheron Constantin s’engage à assurer la pérennité de la tradition horlogère et artisanale tout en la nourrissant de techniques et chemins d’exploration inédits.
The Metropolitan Museum of Art
Le Metropolitan Museum of Art a été fondé en 1870 par un groupe de citoyens américains (hommes d’affaires, financiers ainsi que des artistes et penseurs reconnus de l’époque) qui souhaitaient créer un musée afin d’ouvrir le peuple américain à l’art et l’éducation. Aujourd’hui, le musée expose des dizaines de milliers d’objets en provenance du monde entier et couvrant 5’000 ans d’histoire de l’art pour combler le plaisir et l’expérience de chacun. Il se trouve sur deux sites emblématiques de la ville de New York : The Met Fifth Avenue et The Met Cloisters. Des millions de personnes participent également à l’expérience du Met en ligne. Depuis sa création, le Met exprime la volonté de ne pas être perçu uniquement comme un lieu exposant des objets aussi rares que magnifiques. Chaque jour, l’art prend vie dans les galeries du musée et à travers des expositions, des événements et des programmes d’éducation qui ouvrent de nouvelles perspectives et des liens inattendus à travers le temps et les cultures. Tout au long de l’année, le Met propose plus de 29’000 événements et programmes éducatifs destinés à rendre l’art accessible à tous les publics, quels que soient les origines, l’âge, le handicap ou l’expérience de chacun.