Cette montre, acquise par Blancpain lors d’une vente aux enchères en 2016, est une élégante création Art déco aux proportions allongées. Elle abrite un remarquable mouvement de forme baguette sous un cadran opalin entouré de 71 diamants taille brillant et de 2 diamants taille marquise. Produite entre 1945 et 1960, elle aurait vraisemblablement été offerte à Marilyn par Frank Sinatra. D’autres noms ont également été avancés, notamment Joe DiMaggio, Henry Miller ou encore son premier époux, James Dougherty. Cette dernière hypothèse paraît toutefois peu probable puisqu’ils se sont séparés en 1946, avant même que Norma Jean Mortensen ne devienne Marilyn Monroe aux yeux du monde entier.
Bien entendu, nous apprécions tous de pouvoir nous appuyer sur des faits historiques établis avec certitude. Pourtant, dans l’univers horloger, cette certitude n’est pas toujours facile à obtenir. De nombreuses archives ont disparu durant la crise du quartz, tandis que d’autres se sont simplement perdues au gré des rachats et des changements de propriétaires intervenus au fil des décennies.
C’est précisément pour cette raison que je souhaite saluer l’attitude de Blancpain. La marque n’hésite pas à distinguer clairement ce qui est connu de ce qui ne l’est pas. Elle sait dire : « ceci, nous le savons » et « ceci, nous l’ignorons ». Une telle transparence constitue une véritable bouffée d’air frais à une époque où certaines maisons n’hésitent pas à adopter une lecture révisionniste de leur propre histoire lorsque plusieurs sources historiques se contredisent quant à une date ou à un événement.
Je me souviens même d’un exemple particulièrement frappant. Une marque historique avait retrouvé une montre de poche vraisemblablement fabriquée par son fondateur. La découverte tombait à point nommé puisqu’elle ne possédait aucun exemplaire de ce type. Afin d’éviter toute remise en question de cette attribution, une gravure a été ajoutée au XXIe siècle tout en étant présentée comme d’origine.
Pour ma part, je préférerai toujours entendre un honnête « je ne sais pas » ou « je ne peux pas l’affirmer avec certitude » plutôt que de me laisser convaincre par un discours parfaitement huilé récité par des dirigeants soucieux de simplifier à l’extrême la réalité.
Mais nous le savons tous : la vérité est devenue une ressource plus rare encore que l’antimatière. Selon les estimations du CERN, produire un seul gramme d’antimatière coûterait environ 50 000 milliards de francs suisses.
Et pourtant, à l’image de l’antimatière, la vérité ne s’achète pas. Quel que soit le prix que l’on serait prêt à payer, elle demeure hors de portée de toute transaction. Sa valeur est infinie, mais elle n’a pas de prix.
La vérité vient de l’intérieur. Elle est intimement liée à l’honneur.
Contrairement à la morale, l’honneur suit une boussole personnelle. Il ne dépend ni du jugement des autres ni du respect mécanique d’un ensemble de règles prédéfinies.
Malheureusement, nous traversons une époque où la vérité semble s’être diluée. Elle s’est dissoute dans la quête du pouvoir pour le pouvoir. Elle s’est dissoute dans la recherche du profit. Elle s’est dissoute au point de creuser des fossés toujours plus profonds entre les individus.
Le monde connaît actuellement des transformations majeures. Les règles qui régissent les affaires, la politique, les médias et la communication sont en train d’être réécrites. Dans ce contexte, ne devrions-nous pas également œuvrer, chacun à notre manière, au retour de la vérité et de l’honneur ?