Aux fondations de l’esprit d’entreprise se trouve toujours la même conviction : celle de pouvoir « faire différemment ». Et, on l’espère, faire « un peu mieux ». Cédric Schiess ne fait pas exception. L’homme est à l’origine d’Art du Temps, jeune boutique horlogère à Bienne.
Pourtant, les vents de la vente au détail ne sont pas vraiment favorables. Les marques reprennent leur distribution en direct. Les détaillants multi-marques font grise mine. La concurrence internet est rude. Le prix du mètre carré en centre-ville atteint des sommets. Et le marché de l’occasion, lui, explose. Pourquoi, dans ce contexte, se lancer à son compte ? Parce que Cédric Schiess a de multiples arguments, et le sait.
Un homme de rouages
Le premier coule de l’évidence : il est horloger. Si l’on part du principe que l’on vend mieux ce que l’on connaît, personne n’est mieux placé que lui. L’intimité mécanique des montres qu’il propose à ses clients n’a plus de secrets pour lui. En revanche, son deuxième atout est plus ambivalent : Cédric Schiess est un pur Gen Z. Il appartient à cette génération née entre 1997 et 2012, et qui a donc aujourd’hui entre 14 et 29 ans.
Ce que d’aucuns auraient considéré comme une faiblesse, lui en fait une force. L’homme connaît et comprend nativement ces jeunes clients qui seront les collectionneurs de demain. Mêmes codes, même univers, même langage - raison pour laquelle Art du Temps est aussi présente sur Instagram, et a récemment lancé son propre podcast, « Lumen Society ». À ses contemporains, Cédric Schiess apporte la possibilité d’une discussion franche et amicale, d’égal à égal. Aux collectionneurs plus aguerris, il fournit la caution de l’horloger, expert de sa branche. Mais les deux se réunissent dans ce qui constitue le cœur du sujet d’Art du Temps : le client.
« Dans les grandes enseignes où il y a beaucoup de trafic, on ne peut pas passer suffisamment de temps avec chaque client. C’est quelque chose que j’ai toujours remarqué et que je voulais changer. Nous sommes une boutique indépendante, à l’initiative de divers projets conçus pour nous rapprocher de chacun de nos clients. Nous en avons d’ailleurs plusieurs qui commencent à acheter leur première montre chez nous. Ils se sentent bien accueillis, écoutés, conseillés », souligne Cédric Schiess.
Le jeune directeur ne cache pas avoir consacré le temps nécessaire à cet accueil. Les 220 mètres carrés d’Art du Temps ont ouvert en juillet 2024, avec 18 mois de retard sur le planning envisagé. Mais Cédric Schiess a préféré prendre son temps pour travailler chaque aspect de l’accueil client : matériaux, lumières, espaces, etc. Non sans sacrifice : le troisième étage de la boutique, un lieu dédié à l’organisation d’évènements en comité réduit, n’était autre que son appartement. Le jeune résident l’a cédé à la boutique avec l’objectif de préserver ce qui en faisait déjà le charme domestique : le fait de se sentir chez soi, coupé du monde. « Il n’est pas rare que certains clients ne fassent que passer, et restent finalement trois heures à discuter avec nous autour d’un café », s’amuse le gérant.
Un dîner de fiançailles
Plusieurs initiatives alimentent cette passion du client : des éditions limitées en collaboration avec certaines marques, des visites, des panels de discussion, un club de collectionneurs internes, parmi d’autres. Mais la connaissance fine de chaque client demeure au centre de la philosophie d’Art du Temps. Cédric Schiess cite l’exemple « d’un couple qui avait acheté ses alliances chez nous. Nous avons prêté attention à leur destination de voyage de noces, et avons contacté leur hôtel sur place afin de leur offrir un dîner d’exception, pour leur faire plaisir ». Un cas parmi d’autres.
Mais l’homme reste entrepreneur. Art du Temps est un projet profondément ancré à Bienne, sa ville natale et le poumon horloger que l’on connaît. Cédric Schiess y est viscéralement attaché, « très fier d’être biennois ». Mais non sans s’interdire, d’ores et déjà, de réfléchir au coup d’après...