La méthode Pink Panthers

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Les deux cambriolages à main armée de cette semaine font monter la tension dans les bijouteries.
Le Matin - 20 juillet 2009
Julian PidouxBraquage_326145_0



Deux bijouteries vaudoises attaquées en deux jours. Mardi matin à Montreux, puis à Yverdon-les-Bains le mercredi après-midi. Et à chaque fois ce même aplomb dans le modus operandi: des braqueurs au visage découvert, armés, très organisés et agissant en pleine journée avec un sang-froid déconcertant. A chaque fois, des montres de luxe ont été volées.

Un butin et surtout une méthode qui font terriblement penser aux Pink Panthers; ce gang composé d'environ 200 membres. Des anciens militaires d'ex-Yougoslavie pour la plupart. On leur attribue une centaine de coups à travers le monde, dont «huit à dix en Suisse depuis l'automne dernier», révèle Eva Zwahlen, porte-parole de la police fédérale. Leur butin est estimé à quelque 160 millions.


Une méthode qui inspire?


En ce qui concerne les deux incidents de cette semaine, la police vaudoise se refuse pour l'heure à faire le lien avec cette organisation criminelle. Et ce, malgré son implication dans l'attaque de la bijouterie A l'Emeraude, à Lausanne, en mai dernier. «Je ne sais pas si ceux qui ont attaqué ma bijouterie étaient des Pink Panthers, mais ils semblent en tout cas s'être inspirés de leur méthode», témoigne François Gillet, agressé mercredi après-midi dans son magasin.

A Montreux comme à Yverdon, même si rien ne prouve que ce sont les mêmes individus qui ont agi, les opérations ont été soigneusement préparées. Comme le font les Pink Panthers. C'est-à-dire que les lieux sont repérés quelques jours avant d'entrer en action. Les voleurs se font par exemple passer pour des clients, afin d'évaluer les risques, de choisir les bijoux à emporter – souvent des montres de luxe faciles à écouler. Savoir s'il faut sonner avant de pouvoir entrer ou si un agent de sécurité est posté à la porte sont aussi des renseignements essentiels.


Audace, rapidité, maîtrise et fuite

«La propriétaire de la boutique d'en face m'a dit que le jour précédant l'incident des hommes fixaient étrangement sa vitrine, raconte François Gillet. Je me suis rendu compte que dans le reflet on voyait parfaitement dans ma bijouterie. De plus, des clients suspects y sont entrés deux jours avant. Puis, en visionnant les images de surveillance, j'ai vu passer mes agresseurs devant mon magasin trente minutes avant l'attaque.»

Le jour du braquage, audace, rapidité et maîtrise sont la clé de la réussite des Pink Panthers. A Yverdon et à Montreux, les braqueurs ont fait preuve du même sang-froid. «Jamais ils ne se sont énervés. Ils savaient exactement ce qu'ils voulaient, se souvient François Gillet. En partant, l'un d'eux a même encore pris le temps de glisser une montre dans sa poche. Puis l'autre lui a tenu la porte pour sortir et ils ont disparu dans la rue. Cela a duré à peine plus d'une minute.»

Cette fuite soigneusement planifiée est également une caractéristique de la méthode des Pink Panthers. Lors des deux attaques de la semaine dernière, après quelques mètres parcourus à pied, les malfrats étaient attendus par un complice au volant d'une voiture volée. Le véhicule ayant servi pour le cambriolage sur la Riviera a été retrouvé abandonné peu après l'attaque. Il avait été dérobé dans le canton de Neuchâtel quelques jours plus tôt.


Le mystère des bijoux subsiste

La police sait aussi que les Pink Panthères quittent ensuite rapidement le pays où elles ont sévi, au moyen des mêmes faux documents utilisés pour y pénétrer. Les auteurs des brigandages de Montreux et d'Yverdon sont d'ailleurs toujours en fuite à ce jour.

Mais le plus grand mystère reste celui des bijoux. Ces derniers sont très rarement retrouvés, même lorsque des suspects sont appréhendés. Interpol pense ainsi «qu'ils sont évacués par des hommes de main, rapidement revendus, puis l'argent est investi dans l'immobilier en ex-Yougoslavie». Difficile alors d'en retrouver la trace.

C'est ce qui s'est produit lors de l'arrestation de N. I., 36 ans, et de Z. K., 38  ans, arrêtés à Paris en mai dernier, suite au braquage de la bijouterie A l'Emeraude, à Lausanne. Seules deux des 94 montres volées ont été retrouvées. Les Pink Panthers préfèrent purger une peine de prison plus longue que de dévoiler les secrets de leur mystérieux réseau. Y


Les braqueurs de A l'Emeraude ont avoué


N. I., 36 ans, et de Z. K., 38 ans, tous deux d'origine serbe et membres des Pink Panthers, ont avoué. Arrêtés à Paris quelques jours après le braquage de la bijouterie A l'Emeraude, à Lausanne, ils ont ensuite été interrogés par les enquêteurs de la brigade criminelle de la PJ lausannoise. «Après audition des deux prévenus à Paris, ils ont reconnu avoir commis le délit», confirme Christian Pannatier, chef de la police judiciaire.

Les agents n'ont toutefois pas pu faire dire aux deux malfrats ce qu'ils avaient fait des 94 montres dérobées dans la capitale vaudoise, dont la valeur s'élevait à près 2 millions. «Lors des auditions, les versions ont été très différentes», explique Christian Pannatier.

La prochaine étape sera de faire extrader ces deux hommes, également recherchés par d'autres pays, pour qu'ils soient jugés en Suisse. Tâche difficile mais pas impossible. Arrêté le 15 octobre 2008 à Monaco, un autre Pink Panther, B. I., «a été extradé sur la Suisse le 9 juin dernier, confirme Eva Zwahlen, porte-parole de la police fédérale. Il a été emmené avec un Super Puma et un gros dispositif de sécurité.» Il était recherché pour plusieurs braquages dans la région de Zurich, dont un en 2005, où le butin avoisinait les 220 600 francs.