L'Express-L'Impartial - 19 février 2010
Florence Kuenzi

Au poignet des amateurs de luxe, elle porte le nom de galuchat. Dans la mer, son ballet silencieux est menacé par la surpêche. La raie est très à la mode dans l'horlogerie. Biologiste marine bernoise, Monica Biondo tire la sonnette d'alarme pour inciter les marques à renoncer à ce type de cuir.
Florence Kuenzi: Monica Biondo, pourquoi cette croisade contre l'utilisation des peaux de raie et de requin dans l'industrie horlogère?
Monica Biondo: Les raies et requins ont une croissance très lente et une maturité tardive. Leur période de gestation est longue et ils n'ont que très peu de descendants. Un exemple: le requin épineux a une période de gestation de 24 mois! Ils réagissent donc très sensiblement à la pêche. Je ne m'attends pas à ce que l'industrie horlogère connaisse ces cycles de vie, c'est pourquoi je veux les informer: il ne faut pas utiliser ces peaux.
Peut-on estimer le nombre de bracelets qui sont fabriqués?
Justement pas: tout est importé comme «cuir», sans faire de différence selon les espèces.
Selon les fabricants de bracelets, la raie pastenague, principale «source» de bracelets en raie, est très commune. Avez-vous la même vision?
La raie flotte, plus grande raie pastenague des eaux européennes, est menacée d'extinction à cause de la surpêche. Elle a disparu de la Méditerranée et de l'Atlantique du nord-est. Le fait que la plupart des raies ne se trouvent pas sur la liste rouge des espèces menacées ne signifie pas que leur exploitation n'est pas problématique. Seules les espèces faisant l'objet d'un recensement figurent sur la liste rouge. Or, seulement 200 des 600 espèces de raies connues ont été recensées. Et selon un nouveau rapport de l'Union internationale de conservation de la nature, plus de 40% des espèces de requins et de raies de la Méditerranée sont menacées d'extinction... Lire la suite de l'article
