Depuis 2007, la maison horlogère crée sur demande des montres au cadran peint à la main sur nacre représentant des icônes en miniature. Des pièces inestimables.
La première madone «made by Bovet», c'est Pascal Raffy, le président de Bovet, qui la conserve chez lui. Précieusement, comme on garde une toile de maître. «C'est moi qui en avais envie, explique-t-il, mais dans le but d'en proposer ensuite aux collectionneurs. D'ailleurs, je ne la porte jamais à l'extérieur; uniquement chez moi, dans des moments privilégiés.» Elle forme ainsi un triptyque sacré avec les deux icônes offertes par sa grand-mère paternelle. «Celles-ci représentent ce qu'elle avait de plus cher.» Pour Pascal Raffy, chrétien et pratiquant assidu, ces deux visages de la Vierge, catholique et orthodoxe, sont de la magie pure. Car au-delà de leur sens religieux, elles symbolisent l'amour entre une mère et son enfant. Un lien qui lui est très précieux. 
Si elle ne s'accroche pas au mur, la madone imaginée pour épouser un cadran d'une montre Bovet, n'en est pas moins lourde de sens. Sans doute est-ce pourquoi elle a fait tant d'émules, les commandes d'icônes emboîtant vite le pas sur les images sacrées traditionnelles. Peints à la main sur nacre de Polynésie, ces tableaux miniatures sont uniquement réalisés sur demande et relèvent chaque fois du chef-d'œuvre, que seuls une poignée d'artistes dans le monde sont capables d'exécuter (un seul artiste en l'occurrence pour Bovet). D'abord, parce que prévaut ce souci de l'adéquation parfaite avec la montre – uniquement de la ligne «Fleurier» –, son boîtier rond, ses matériaux (or ou platine). Ensuite, parce qu'il faut à la fois laisser s'exprimer le peintre et réaliser exactement ce que souhaite le commanditaire. Enfin, parce que plusieurs passages au four à 100 °C sont nécessaires afin de sécher chaque couche de peinture (jusqu'à 60 passages, les deux derniers devant durer cinq heures puis vingt-quatre heures à 120 °C). Et, bien sûr, parce que le sujet peint est si petit, qu'il oblige l'artiste à travailler, pour un seul cadran, de quarante à septante heures, les yeux rivés sur son binoculaire. «Cela peut prendre jusqu'à six mois pour que du vœu d'un collectionneur naisse LA montre rêvée. Or, chaque erreur est fatale… comme le moindre grain de poussière d'ailleurs. «Question peintures miniatures, Bovet a une vraie mission, souligne Pascal Raffy. Celle de perpétuer une maîtrise technique acquise au fil des siècles et de pérenniser un patrimoine historique qui, pour la marque, remonte au XIXe siècle, lorsque Bovet livrait à la cour impériale de Chine, friande de ce genre d'ornement, ses plus beaux garde-temps, devenant ainsi une référence mondiale en la matière.»
Suspens intenable
Pas étonnant que chaque nouvelle pièce soit attendue avec la chair de poule. Et que le «oui, c'est exactement ça!» lancé par le client soit vécu comme une libération, une victoire magistrale. Vous avez dit accouchement? Presque. Et c'est d'autant plus vrai quand on considère, comme Pascal Raffy, qu'une montre est quelque chose de charnel, un objet de vie. Ce qui n'empêche pas Bovet d'innover dans le domaine. Avec cette année, des peintures sur nacre rehaussées de feuilles d'or ou d'argent, qui sont appliquées, comme le veut la tradition, en utilisant un coussin à dorer et une palette en martre, après quoi les feuilles sont «brunies» ou polies à l'agate. Histoire de sublimer l'auréole de la sainte figure ou encore son vêtement. Exemple: le modèle illustré ci-dessus.
Quant à l'icône elle-même, elle est l'une des plus emblématiques du christianisme orthodoxe. Il s'agit de la Vierge Vladimirskaya qui serre affectueusement son enfant contre sa poitrine. Un geste d'une tendresse infinie malgré le visage impassible, voire grave, de Marie ainsi représentée pour montrer son respect envers la Majesté divine. Ce chef-d'œuvre absolu du XIIe siècle était à l'origine une icône byzantine envoyée par l'empereur de Constantinople à un prince de Kiev pour son mariage.
C'est la plus vénérée de toute la Russie, au même titre pratiquement que la Vierge Kazanskaya, également peinte par les artisans de Bovet, avec l'enfant Jésus de face, très droit, bénissant de la main droite. Cette icône aurait été trouvée en 1579 par une fillette dans les ruines d'une maison de Kazan, sur les indications de la Vierge elle-même, après un incendie qui ravagea une partie de la ville. Dès le XVIIe siècle, elle sera célébrée comme la «Libératrice de Russie» après la victoire de 1612 sur les Polonais et on construira une cathédrale en son honneur sur la place Rouge de Moscou pour qu'elle y soit vénérée. Comme quoi, chez Bovet, luxe et religion font bon ménage…
Sylvie Guerreiro
Tribune des Arts - Octobre 2008 - No 365

Montre «Fleurier Vladimirskaya» en or rose avec cadran en nacre blanche orné de la Vierge Vladimirskaya peint en miniature et rehaussé à la feuille d'or. Mouvement automatique à heures sautantes. Pièce unique.
Si elle ne s'accroche pas au mur, la madone imaginée pour épouser un cadran d'une montre Bovet, n'en est pas moins lourde de sens. Sans doute est-ce pourquoi elle a fait tant d'émules, les commandes d'icônes emboîtant vite le pas sur les images sacrées traditionnelles. Peints à la main sur nacre de Polynésie, ces tableaux miniatures sont uniquement réalisés sur demande et relèvent chaque fois du chef-d'œuvre, que seuls une poignée d'artistes dans le monde sont capables d'exécuter (un seul artiste en l'occurrence pour Bovet). D'abord, parce que prévaut ce souci de l'adéquation parfaite avec la montre – uniquement de la ligne «Fleurier» –, son boîtier rond, ses matériaux (or ou platine). Ensuite, parce qu'il faut à la fois laisser s'exprimer le peintre et réaliser exactement ce que souhaite le commanditaire. Enfin, parce que plusieurs passages au four à 100 °C sont nécessaires afin de sécher chaque couche de peinture (jusqu'à 60 passages, les deux derniers devant durer cinq heures puis vingt-quatre heures à 120 °C). Et, bien sûr, parce que le sujet peint est si petit, qu'il oblige l'artiste à travailler, pour un seul cadran, de quarante à septante heures, les yeux rivés sur son binoculaire. «Cela peut prendre jusqu'à six mois pour que du vœu d'un collectionneur naisse LA montre rêvée. Or, chaque erreur est fatale… comme le moindre grain de poussière d'ailleurs. «Question peintures miniatures, Bovet a une vraie mission, souligne Pascal Raffy. Celle de perpétuer une maîtrise technique acquise au fil des siècles et de pérenniser un patrimoine historique qui, pour la marque, remonte au XIXe siècle, lorsque Bovet livrait à la cour impériale de Chine, friande de ce genre d'ornement, ses plus beaux garde-temps, devenant ainsi une référence mondiale en la matière.»
Suspens intenable
Pas étonnant que chaque nouvelle pièce soit attendue avec la chair de poule. Et que le «oui, c'est exactement ça!» lancé par le client soit vécu comme une libération, une victoire magistrale. Vous avez dit accouchement? Presque. Et c'est d'autant plus vrai quand on considère, comme Pascal Raffy, qu'une montre est quelque chose de charnel, un objet de vie. Ce qui n'empêche pas Bovet d'innover dans le domaine. Avec cette année, des peintures sur nacre rehaussées de feuilles d'or ou d'argent, qui sont appliquées, comme le veut la tradition, en utilisant un coussin à dorer et une palette en martre, après quoi les feuilles sont «brunies» ou polies à l'agate. Histoire de sublimer l'auréole de la sainte figure ou encore son vêtement. Exemple: le modèle illustré ci-dessus.
Quant à l'icône elle-même, elle est l'une des plus emblématiques du christianisme orthodoxe. Il s'agit de la Vierge Vladimirskaya qui serre affectueusement son enfant contre sa poitrine. Un geste d'une tendresse infinie malgré le visage impassible, voire grave, de Marie ainsi représentée pour montrer son respect envers la Majesté divine. Ce chef-d'œuvre absolu du XIIe siècle était à l'origine une icône byzantine envoyée par l'empereur de Constantinople à un prince de Kiev pour son mariage.
C'est la plus vénérée de toute la Russie, au même titre pratiquement que la Vierge Kazanskaya, également peinte par les artisans de Bovet, avec l'enfant Jésus de face, très droit, bénissant de la main droite. Cette icône aurait été trouvée en 1579 par une fillette dans les ruines d'une maison de Kazan, sur les indications de la Vierge elle-même, après un incendie qui ravagea une partie de la ville. Dès le XVIIe siècle, elle sera célébrée comme la «Libératrice de Russie» après la victoire de 1612 sur les Polonais et on construira une cathédrale en son honneur sur la place Rouge de Moscou pour qu'elle y soit vénérée. Comme quoi, chez Bovet, luxe et religion font bon ménage…
Sylvie Guerreiro
Tribune des Arts - Octobre 2008 - No 365
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