En direct du Saskatchewan : c'est demain lundi que Michel Fournier doit devenir le premier homme àfranchir le mur du son en chute libre (sans avion) et le premier àsauter de la stratosphère, à quarante kilomètres d'altitude. A sonpoignet pour cet exploit, une BR 02 signée Bell & Ross.

BELL & ROSS : tout est paré pour « Le Grand Saut »

A croire que les Européens, et notamment les Français, boudent un peu leur plaisir. En Amérique du Nord, le déferlement médiatique est incroyable : une bonne dizaine de télévisions sont mobilisées sur place (et ce n'est pas évident de déplacer un camion-régie dans les grandes plaines du Canada central) et plusieurs dizaines des plus grands journaux nord-américains seront présents.
D'ailleurs, dès le passage de la douane, tout Français qui se rend dans le Saskatchewan est aujourd'hui questionné sur ce « Grand Saut » qui fait l'actualité…
Sur place, la fenêtre météo, qui prévoyait le saut dimanche après-midi heure de Paris), a été décalée à lundi après-midi (heure de Paris) grâce aux prévisions ultra-fines fournies – de façon officieuse : toujours des querelles bureaucratiques ! – par la NASA. Deux anticyclones devraient s'installer sur le nord canadien et le ciel bleu s'annonce éblouissant pour la montée du ballon et le saut.
Ce qui permettra de suivre d'encore plus près l'exploit de Michel Fournier, notamment l'instant décisif où il ouvrira la porte de sa nacelle, à 40 km de hauteur, pour se jeter dans le vide.
L'équipe de Clay Center, dirigée par Ron Dantowitz, est arrivée sur l'aérodrome de North Battleford avec une caméra télescopique unique au monde, qui sera capable de filmer le logo de Bell & Ross sur la combinaison de Michel Fournier à 40 000 mètres de hauteur, puis de le suivre à Mach 1,3.
Sur l'aérodrome dont il s'élancera et où a été installé le PC du « Grand Saut », on pourra suivre chaque seconde de cet exploit hors du commun.

Et on aura en plus les images de la caméra nichée sur le casque de Michel Fournier, qui a également prévu (il me le disait hier soir) de prendre un appareil photo numérique pour tenter de nous restituer ce qu'il verra quand il « passera la portière » (selon la vieille expression des parachutistes) : ce point précis où le noir de l'espace se fond avec la courbure de la terre éclairée par le soleil. Image encore jamais contemplée par un homme à cette altitude, où les cosmonautes ne font que passer à la vitesse d'une fusée.
Jamais aucun homme n'aura ainsi pu contempler en direct la stratosphère : le précédent record d'altitude pour un parachutiste était dix kilomètres plus bas, et les sorties dans l'espace quelques dizaines de kilomètres plus haut…
Hier, Michel Fournier a testé ses équipements. Entre autres, la liaison de la radio qui assurera des télémesures sur des capteurs physiologiques corporels, ainsi qu'une liaison vidéo pour la caméra placée sur le casque. De plus, la nacelle a été pesée afin de déterminer son poids exact. Toutes les vérifications se sont révélées positives.
J'ai dîné hier soir avec Michel Fournier, qui est dans une forme éblouissante. Il montrait avec fierté sa montre Bell & Ross, une BR 02 strictement de série, dont le mouvement a simplement été « délubrifié » : comme il portera cette montre à 40 km d'altitude, par-dessus sa combinaison pressurisée, à une température de –120°C, les « huiles » utilisées pour lubrifier les rouages auraient se figer.
Ce sera la première montre à évoluer à cette altitude, puis, après le saut, la première montre à avoir franchi le mur du son (et donc la montre la plus rapide du monde sans intervention d'une machine), puis la montre détentrice d'un maximum de records aériens (temps et altitude de chute libre, altitude de vol en ballon, etc.).

Son moral était au zénith, alors que son équipe commence à accuser le coup de la fatigue. Il a bu un des derniers verres de vin rouge que lui autorise un régime particulièremen strict, à la fois pour rester dans une forme idéale et surtout pour limiter les fermentations intestinales : il mettra deux heures pour monter à 40 000 m d'altitude, hauteur à laquelle la pression atmosphérique est 300 fois moins élevée qu'au sol. Ce qui fait se dilater d'autant la moindre poche d'air physiologique et le moindre gaz intestinal.
Même si Michel Fournier sera partiellement protégé de cette sous-pression mortelle par sa combinaison, ces données physiologiques de ce traumatisme barométrique sont encore mal connues : aucun homme vivant n'a jamais été de façon réfléchie et analysable (lui-même sera bourré de capteurs et d'électrodes) à cette altitude stratosphérique…
Nous étions à table avec le major général Claude Lafrance, un des héros de l'aviation canadienne, qui a apporté un soutien inestimable au projet de Michel Fournier et qui lui a permis de monter toute l'opération au départ de la base de North Battleford, dans le Saskatchewan profond, qui ne doit guère compter, dans ces parages, qu'un ou deux habitants au kilomètre carré. Donc aucun risque pour les populations locales quand l'énorme ballon gonflé à l'hélium (qui doit enlever la nacelle de Michel Fournier jusqu'à 40 km d'altitude) retombera sur terre.J'ai d'ailleurs appris que ce major général, qui était jeune lieutenant pendant la guerre de Corée, avait été le seul pilote de la coalition occidentale à abattre en combat aérien un Mig-15 de la coalition communiste…
Conversation entre militaires, qui m'a d'ailleurs permis de compprendre une des clés de la motivation de Michel Fournier, qui est un ancien parachutiste du « 11e Choc », une des plus prestigieuses anciennes unités d'élite des services spéciaux français. De façon un peu inattendue, on trouve d'ailleurs la « pucelle » (insigne) de ce « 11e Choc » dans la liste des commanditaires du « Grand Saut », placé ainsi sous le regard de cette fameuse panthère noire…Grégory Pons

A suivre : Michel Fournier et Bell & Ross...
L'actualité du Grand Saut sur Worldtempus : cliquez ici .
La montre du Grand Saut, BR 02 étanche à 1 000 m : cliquez ici .
Un excellent résumé du dossier, trouvé dans Le Figaro :
Le saut de l'ange de 40 km de Michel Fournier
Dimanche au Canada, le parachutiste français âgé de 64 ans devrait se jeter d'une nacelle pressurisée accrochée à un ballon.
«Il faut avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue pendant qu'on les poursuit.» À la veille de la réalisation de son rêve le plus fou, Michel Fournier aime à citer William Faulkner. Tel Icare, le voilà enfin prêt à s'élancer dans le vide, pour un saut en chute libre de 40 000 mètres d'une durée de plus de 7 minutes, au-dessus des mornes plaines de l'Ouest canadien. Mais ce vieux rêve que nourrit Michel Fournier depuis vingt ans va-t-il vraiment finir par se réaliser ? Le suspense durera jusqu'à dimanche ou plus vraisemblablement lundi matin à 9 h 05.
Pour sa troisième tentative, l'aéronaute, équipé d'une combinaison stratosphérique, devrait s'élancer, après deux heures d'ascension, depuis une nacelle pressurisée accrochée à un ballon gonflé à l'hélium de 600 000 m3 de volume et haut de 161 m.
Du côté de North Battleford, dans la province canadienne désertique du Saskatchewan, les deux hélicoptères, l'avion et les douze 4 × 4 des pompiers et de la police locale sont déjà aux aguets, tandis que l'équipe de Michel Fournier s'affaire pour les derniers préparatifs. «Tout se passe très bien. On est en train de contrôler tout le matériel, les tests vont bien, le moral est bon. Tout est OK», a-t-il déclaré à l'AFP jeudi soir.
Si elle aboutissait, cette troisième tentative historique de l'ancien officier parachutiste, âgé de 64 ans, couronnerait vingt ans de préparatifs acharnés pour devenir le premier homme à franchir le mur du son en chute libre.
Ce saut «contribuera au développement des techniques et à la sûreté des vols stratosphériques du futur, à un moment où le tourisme de l'espace entre dans le domaine du possible», a fait valoir l'astronaute français Jean-François Clervoy.
L'ancien officier avait dû renoncer à deux essais infructueux en 2002 et 2003, son ballon s'étant déchiré lors de la dernière tentative. Le colonel parachutiste de réserve va tenter de battre quatre records du monde : celui du plus haut saut en chute libre du monde pour un homme (40 000 mètres d'altitude), le plus long et le plus rapide, avec une vitesse en chute libre dépassant le mur du son (1 500 km/h). Le record est aujourd'hui détenu par le capitaine –Joseph Kittinger, qui a sauté en 1960 de 31 333 mètres, dans le cadre d'une expérience médicale et le Soviétique Evguéni Andreïev (24 483 mètres).
Ce projet fou est né en 1987 avec celui de la navette spatiale européenne Hermes. Si cette dernière n'a finalement jamais vu le jour, ce projet a perduré. L'idée était alors d'étudier les conditions d'évacuation des astronautes en conditions stratosphériques –réelles.
Après le retrait du ministère de la Défense de ce projet, Michel Fournier, l'un des trois hommes sélectionnés pour le « grand saut », a repris le flambeau à titre privé. Il y a consacré toute sa vie et investi tous ses biens personnels, sans qu'aucune institution publique ne vienne lui prêter –main-forte.
Un budgetde 11,8 millions d'euros
D'autres soutiens sont toutefois venus apporter leur concours à l'initiative. À commencer par l'astronaute de l'Agence spatiale européenne Jean-François Clervoy, parrain de l'exploit, et Nicolas Hulot, président du comité de soutien. Financièrement, le budget de 11,8 millions d'euros a été bouclé in extremis.
Michel Fournier, qui a déjà 8 600 sauts à son actif, suit une préparation médicale et technique intensive pour cette périlleuse épreuve. C'est le professeur Vanuxem, directeur scientifique du projet, qui le suit médicalement et l'entraîne.
Gageons que sa combinaison stratosphérique en tissu de synthèse avec scaphandre lui permettra bien de résister à la température de 120 °C pendant les longues minutes de sa descente. Le froid, en effet, est amplifié par le vent. Les autres risques majeurs encourus par l'aventurier sont de trois ordres. La diminution de la pression atmosphérique en altitude et son rapide retour à la normale lors de la chute libre présentent des risques d'aéroembolisme et de barotraumatismes de l'oreille et des sinus. D'où la dénitrogénation que subira l'impétrant à un tel exploit, à savoir une inhalation d'oxygène pur pendant quatre heures avant le décollage du ballon. Un test a déjà été fait l'an dernier dans un caisson hypobare. Le manque d'oxygène, ou hypoxie, lié à l'altitude, ne peut être surmonté, au-delà de 12 800 mètres, que grâce au port d'un équipement pressurisé.
Techniquement, aucun détail n'est laissé au hasard non plus, comme la trajectoire au sol du vol du ballon, les points de saut de l'athlète ou le site de largage de la nacelle ou de poser du ballon. Reste l'inconnue de la météo. Et toutes les autres.
Caroline de Malet
SOURCE : Le Figaro (23 mai 2008)Dans le Wall Street Journal :
A French Daredevil Hopes to Live to Tell Tale of 25 Mile Jump
BENDEJUN, France -- No human being has fallen farther than Joe Kittinger, but people keep trying. On Aug. 16, 1960, the U.S. Air Force test pilot floated in his 20-story-tall helium balloon to the edge of space, more than 19 miles up, higher than any man had ever gone. Clad in a space suit, he stood at the edge of his open-air gondola and said to himself: "Lord, take care of me now." Then he jumped.
He quickly accelerated to 714 miles an hour -- becoming the first person to break the sound barrier without a vehicle -- before a small parachute opened to stabilize his fall. Four minutes later, a bigger parachute opened, and soon after that he was safely back on Earth. His historic jump showed that, if necessary, future pilots or astronauts could survive ejecting at the top of the atmosphere.
Now a Frenchman named Michel Fournier aims to top the feat. In 1988, two years after the U.S. Space Shuttle Challenger exploded on ascent 11 miles up, managers of Europe's space program selected the paratrooper as one of three people to leap from 25 miles up. Scientists wanted to see whether an ejection higher than Col. Kittinger's jump is survivable. After doing initial tests with lifelike dummies, Europe abandoned its ambitions for manned spaceflight and scrubbed the jump.
Photo: Claude-Jean HarelMichel is flanked here by André Turcat, the test pilot of the Concorde (left) and Jean-François Clervoy, Astronaut at the European Space Agency who has flown three times on space shuttle missions. The picture was taken near Saskatoon. Look for the round bale in the back on the left.Mr. Fournier wasn't so easily grounded, and in 1992 he retired to pursue the plunge solo. He has since amassed $12 million in gear -- and impoverished himself. He sold his house, antique furniture and gun collection to buy the mothballed European jump equipment and a massive balloon capable of rising higher than planes can fly. He cajoled sponsors to pitch in high-tech gear, including a pressure suit and life-support system that took nearly three years to develop.
"He is further along than anyone in 46 years," says Col. Kittinger, who at age 77 gets frequent calls from people interested in breaking his record. But the tireless prep work may not be enough, Col. Kittinger notes: "The poor guy has been plagued by a string of bad luck."
Unfriendly French regulators, high winds, a key assistant's heart trouble and a ripped balloon have conspired to keep Mr. Fournier grounded for six years. Yet the 61-year-old marathoner and champion pistol marksman, who has more than 8,500 sky dives behind him and holds the French record for highest jump (more than 39,000 feet), remains focused on his pursuit.
"It is my passion," he says sitting in the kitchen of a rundown house near the French Riviera that he rents on the cheap from his lawyer.
Belly-flopping from the edge of space isn't just an incredibly long parachute ride. At that altitude, conditions quickly turn deadly. Above 40,000 feet, the atmosphere is so thin that unprotected people lose consciousness in around 12 seconds. Even with an air supply, nitrogen bubbles may form in the blood and soft tissue if the jumper hasn't prepared by inhaling pure oxygen for several hours. If the jumper is unprotected above 50,000 feet or so, saliva boils off the tongue, and body parts begin swelling painfully. Lungs may hemorrhage as they and the skull fill with liquid.
On Col. Kittinger's ascent to his record leap, his right glove broke, causing his exposed hand to balloon. A Soviet officer died two years later from pressure sickness in a similar attempt when his face mask cracked. An American sky diver died from decompression trying to beat the record in 1966.
Col. Kittinger is a hard act to follow. After breaking more ballooning records, he signed up for active duty in Vietnam, flying 483 missions before getting shot down in 1972. He says that during 11 months in the "Hanoi Hilton" prison, he stayed sane by plotting a balloon journey. In 1984, at age 56, he set a new record by ballooning across the Atlantic solo.
Now semiretired in Florida, he takes children for barnstorming rides in his 1920s open-cockpit biplane. He says he told Mr. Fournier the same thing he tells everyone who wants to outdo his record jump: "Space is hostile."
To prepare, Mr. Fournier has checked his equipment by spending hours locked in a pressure chamber at near-vacuum conditions. In another test, he donned his three-layer suit, which consists of a thermal skin that can keep him warm for 10 minutes at minus 150 degrees Fahrenheit. Over that he put on a pressure suit shielded by a windproof shell that remains pliable at low temperature. Then he stood in a wind tunnel as minus 22 degree air blasted him at 100 mph, producing an effective temperature of -238 degrees.
Mr. Fournier undergoes batteries of medical tests and avoids salt and sugar, in part because nitrogen bubbles form quickly in fat cells. He wakes daily around 5 a.m. for two hours of jogging in the ravines near his house, followed by an hour-long workout and yoga.
Then the harder part begins: working the phone. Mr. Fournier is scrounging for the last $150,000 he needs to fly his team of about 50 experts and technicians to the jump site in Saskatchewan, feed them and put them up in hotel rooms.
"It's nothing," he says of the sum. But aside from his jump equipment in storage, "I don't have one kopek left," he laughs. "I sold everything."
Mr. Fournier recalls that when he retired as colonel to pursue his dream, friends told him he was crazy. But contacts from his stint in the space project proved valuable. Mr. Fournier has befriended dozens of astronauts, engineers, doctors and technicians from as far away as Brazil. They contribute research, time and equipment.
Mr. Fournier was ready to jump in France in 2000, when French authorities grew worried about safety on the ground and refused permission. Through connections, Mr. Fournier met authorities in Canada, who welcomed the jump. But the move increased his costs.
In August 2002, Mr. Fournier's team assembled at the tiny airport of North Battleford, Saskatchewan. After three weeks of preparations and waiting for winds to calm, technicians began inflating the 614-foot-tall balloon early one September morning. As the one-ton plastic bag filled with helium, a hose snapped off. By the time repairs had been made, winds had picked up and didn't abate.
The next spring, a planned jump got postponed after the launch director suffered a heart attack. The team finally returned in August 2003.
Long before dawn on a breezeless morning, doctors taped electrodes on Mr. Fournier's body to monitor his vital signs, and technicians helped him don the 130-pound suit and life-support gear. At 3:30 a.m., a forklift truck hoisted him into his pressurized gondola, which looks like a cylindrical telephone booth covered in silver quilting. Mr. Fournier sat inside, breathing pure oxygen.
As the balloon started swelling and crews untethered the top, it tore. Mr. Fournier recalls that his only thought was of where to raise more money for another attempt.
Today, Mr. Fournier is back working his network to fund a jump as early as May. Examining a piece of the ripped balloon he keeps under his couch, he is certain he will eventually make the jump.
Col. Kittinger figures the Frenchman has a pretty good chance. "There are lots of wannabes," Col. Kittinger says. "But there aren't many Michel Fourniers.
Daniel Michaels
L'actualité du Grand Saut en direct (webcam live sur l'aérodrome de North Battleford, blog de Michel Fournier, etc.) : cliquez ici .
Marque