A quelques minutes du Grand Saut (suite)

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EN DIRECT DU SASKATCHEWAN... Sur le « pas de tir » de North Battleford, Michel Fournier s'avancelentement vers sa capsule stratosphérique. A son poignet, sur unbracelet spécial, sa Bell & Ross BR 02.
Bell & Ross_320522_0Quelques heures avant le départ, l'heure de la détente avec le timekeeping Bell & Ross

BELL & ROSS : à quelques minutes du Grand Saut (suite)

Bell & Ross_320522_1Les premiers tests de la combinaison en caisson pressurisé : tout à l'heure, le vrai équipement pesait cinquante kilos...
Suspense poignant : partira, partira pas ? Les caprices de la météorologie subarctique sont imprévisibles. Traqués par les radars des agences spatiales, les anticyclones promis – ceux qui dégagent le ciel tout en permettant à l'air polaire d'envahir les grandes plaines – vont-ils balayer les nuages et surtout chasser le vent, seul vrai ennemi de Michel Fournier pour réaliser son fantastique saut dans l'inconnu ?
Il est quatre heures du matin (heure locale) et Michel Fournier, qui était sur le pas de tir depuis minuit, vient de se réveiller d'une courte sieste de deux heures. C'est l'heure de mettre son « costume de scène » : d'abord les capteurs qui surveillent ses paramètres physiologiques et leur dédale de micro-câbles électroniques, des sous-vêtements adaptés, une combinaison anti-surpression mise au point pour les pilotes de l'armée de l'air et un légère combinaison spatiale anti-froid. Quelques millimètres d'un textile multi-couches spécial, dont l'efficacité – largement mesurée et testée, mais on ne sait jamais : le précédent recordman a failli perdre la main, vingt kilomètres plus bas, parce que son poignet s'était déganté – décidera de la vie et de la mort dans la stratosphère. Côté look, on dirait une combinaison de ski.
Avant de passer sa combinaison, Michel Fournier a discrètement enfilé une… couche-culottes pour adulte : ce n'est pas qu'il soit devenu soudain incontinent, mais il va devoir attendre plusieurs heures dans sa capsule, immobile, avec d'importantes variations de pression. Pas question de tout arrêter pour un détour par les toilettes ! La couche-culottes est la solution adoptée par les astronautes depuis les années soixante…
On ajuste les différents dispositifs électroniques, le détendeur qui lui fournira l'oxygène pendant sa chute, en veillant à ne pas emmêler les fils électriques et les différents câbles d'alimentation. Fermetures à glissière précautionneusement ajustées et refermées : si elles craquaient maintenant, toute la mission serait compromise. Fermetures par « velcro » étudiées pour résister à la vitesse de la chute.
On termine par les gants, après avoir ajusté le casque et branché les dispositifs d'alimentation en oxygène : pendant les quatre prochaines heures, pour « purger » son organisme et le « dénitrogéner » (le vider de son azote), Michel Fournier va devoir inhaler de l'oxygène pur, ce qui garantira un minimum de complications pour son organisme pendant la montée, puis la chute libre en très haute altitude (risque d'accidents liés à la décompression-recompression).
Après la mise en place des gants, la Bell & Ross BR 02 spéciale Grand Saut (voir les actualités précédentes) est fixée au-dessus du poignet pour rester lisible dans toutes les conditions de lumière, pendant l'ascension du ballon aussi bien que pendant la chute. « Délubrifiée », elle a été testée pour fonctionner par les plus hautes températures négatives (-130°C dans le quasi-vide spatial qui règne à 40 km d'altitude) jamais éprouvées en « direct stratosphérique ».
Puis, le parachute est ajusté sur le dos, comme un sac à dos rectangulaire et une sorte de gaine ventrale vient compléter l'équipement : tous les capteurs physiologiques et leurs émetteurs, mais aussi le GPS et une caméra tournée vers le visage du chuteur, y sont à l'abri – un peu précaire, en apparence – pour fonctionner sans incident pendant les deux heures de la montée du ballon et les quinze minutes de la plus longue extraordinaire descente jamais tentée par un homme…Bell & Ross_320522_2

RENTRER « À PIED » D'UNE MISSION SPATIALE ?
Tous les astronautes, qu'ils soient Russes, Américains, Européens ou Asiatiques, l'ont noté avec une certaine appréhension : pas question de rentrer à pied d'une mission spatiale, qu'elle soit orbitale ou à plus forte raison lunaire. Ces missions sont sans doute le seul moyen de transport jamais inventé par les hommes à ne pas avoir d'alternative en cas d'incident grave : on n'évacue pas une capsule orbitale comme on s'éjecte d'un jet en détresse !
Trop d'astronautes sont morts en vol pour que les agences spatiales n'aient pas envisagé ce type de situation urgente. Les risques pressentis étaient tels que les études menées dans ce sens ont été délaissées, prioritairement pour des raisons budgétaires. Dans le milieu des années quatre-vingt, il existait même un projet de mission franco-européenne, pour lequel Michel Fournier avait été officiellement sélectionné, grâce auquel on devait tester des évacuations d'urgence en orbite spéciale : éjection en hyper-altitude et survie en chute pré-atmosphérique étaient au programme de cette mission, abandonnée ensuite pour cause de restrictions financières au sein de l'agence spatiale française.
Relancé par des financements privés et grâce à des partenariats d'entreprises (elels aussi privées), le projet personnel de Michel Fournier est l'héritier de ce projet de tests, repris par un homme qui aura mis près de vingt ans à préparer ses quinze minutes de saut.Tout l'équipement pèse une cinquantaine de kilos et Michel Fournier gagne le site de départ de la nacelle en… ambulance. On est désormais à un peu plus de deux heures du départ du ballon et à près de quatre heures du saut final.Le suspense commence, sous un ciel saskatchewanais qui a décidé de se mettre au grand bleu, mais qui ne renonce pas à taquiner nos nerfs avec une aigre petite bise venue du Grand Nord. Les herbes des anciennes prairies à bisons en frissonnent. Ces grands herbivores ont tous massacrés et exterminés, sciemment et volontairement, en quelques années, vers 1885, par les agents du gouvernement canadien. Il s'agissait de permettre la colonisation agricole de ces grands espaces, où ne chassaient jusque-là que les Indiens des grandes nations des plaines…Grégory PonsBell & Ross_320522_3L'actualité du Grand Saut sur Worldtempus : cliquez ICI , ICI et encore ICI (présentation et dossier de presse ud projet)

La montre du Grand Saut, BR 02 étanche à 1 000 m : cliquez ICI .

L'actualité du Grand Saut en direct (webcam live sur l'aérodrome de North Battleford, blog de Michel Fournier, etc.) : cliquez ici .

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